4 min de lecture Énergie

Nucléaire : qu'est-ce que l'Iter, le réacteur à fusion dont l'assemblage démarre ?

ÉCLAIRAGE - L'assemblage du réacteur à fusion nucléaire du projet international Iter a été lancé ce mardi 28 juillet à Saint-Paul-lès-Durance (Bouches-du-Rhône).

L'intérieur du chantier ITER (Réacteur expérimental thermonucléaire international) où sera installé le Tokamak, dispositif de confinement en cours de développement pour produire de l'énergie de fusion thermonucléaire contrôlée, en octobre 2018.
L'intérieur du chantier ITER (Réacteur expérimental thermonucléaire international) où sera installé le Tokamak, dispositif de confinement en cours de développement pour produire de l'énergie de fusion thermonucléaire contrôlée, en octobre 2018. Crédit : CHRISTOPHE SIMON / AFP
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Paul Turban et AFP

Promesse d'une "énergie propre et sûre d'ici à 2050" selon le président sud-coréen Moon Jae-In, espoir d'une "énergie non polluante, décarbonée, sûre et pratiquement sans déchets", estime Emmanuel Macron... Ce mardi 28 juillet, à Saint-Paul-lès-Durance dans les Bouches-du-Rhône, a débuté l'assemblage de l'Iter, le réacteur thermonucléaire expérimental international

"Le plus grand projet scientifique de l'humanité", selon les mots de Moon Jae-In, a été lancé par un traité de 2006. 35 pays (toute l'Union européenne avec le Royaume-Uni, la Suisse, la Russie, la Chine, l'Inde, le Japon, la Corée du Sud et les États-Unis) veulent, grâce à ce réacteur, maîtriser la fusion de l'hydrogène, la réaction nucléaire qui se produit naturellement au cœur du Soleil et des étoiles.

Contrairement à la fusion nucléaire avec laquelle fonctionne les centrales nucléaires actuelles, la fusion de l'hydrogène ne produit pas de déchets de longue vie. Elle peut être déclenchée grâce à de l'eau et du lithium, disponibles en quantité suffisante pour "assurer l'approvisionnement d'un parc de réacteurs pendant des millions d'années, un gramme de combustible libérant autant d'énergie que huit tonnes de pétrole", a expliqué Bernard Bigot, le directeur général d'Iter.

Une technologie inaboutie pour l'instant

Pour obtenir une fusion nucléaire, un mélange de deux isotopes (atomes avec un nombre de neutrons différents) de l'hydrogène sera porté à une température de l'ordre de 150 millions de degrés et transformé à l'état de plasma. Iter pourrait produire son premier plasma fin 2025 début 2026 et le réacteur pourrait atteindre sa pleine puissance en 2035. 

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En tant que réacteur expérimental, Iter ne produira pas d'électricité. Dans les centrales à fusion commerciales, pour générer de l'électricité, la chaleur produite sur les parois de leur réacteur par le bombardement des neutrons nés de la fusion sera récupérée grâce à un circuit d'eau sous pression. Cela permettra de faire tourner une turbine et un alternateur, qui produiront de l’électricité. Un tel réacteur ne sera pas raccordé avant 2060 au réseau électrique

Iter, s'il était raccordé au réseau électrique, ne produirait que 200 MW d'électricité, de quoi alimenter quelque 200.000 foyers. Les futurs réacteurs à fusion disposeraient eux d'un volume de plasma permettant d'alimenter deux millions de foyers. Cela pour un coût de construction et un coût opérationnel "équivalent à ceux d'un réacteur nucléaire conventionnel", selon Bernard Bigot, le directeur général d'Iter. 

Une prouesse architecturale et technique

Ces derniers mois, plusieurs composants de ce réacteur expérimental baptisé "Tokamak" ont été livrés sur le site en provenance d'Inde, de Chine, du Japon, de Corée du Sud ou encore d'Italie. L'arrivée du million de pièces se fait progressivement. Le montage devrait durer jusqu'en 2024. 2.300 personnes travaillent sur le site

Ce puzzle a en effet des dimensions extraordinaires. Certains de ces éléments sont hauts comme un immeuble de quatre étages et pèsent plusieurs centaines de tonnes. À lui seul, le plus puissant des aimants d'Iter, celui qui initiera le courant électrique au sein du plasma, pourrait ainsi soulever un porte-avions.    

Ces "soleils artificiels" font cependant l'objet de critiques récurrentes de la part d'écologistes, notamment français, qui y voient "un gouffre financier" et "un mirage scientifique". Le projet a ainsi déjà pris cinq ans de retard, avec un triplement du budget initial, à près de 20 milliards d'euros désormais. 

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