4 min de lecture Coronavirus

Coronavirus : logement, fracture numérique... Comment le confinement révèle les inégalités

INTERVIEW - Le confinement instauré mardi 17 mars pour lutter contre la propagation du coronavirus met en lumière des inégalités sociales de différentes natures, analyse la sociologue Léa Mestdagh.

Les rues désertes de Saint-Denis, le 21 mars 2020
Les rues désertes de Saint-Denis, le 21 mars 2020 Crédit : Wafaa ESSALHI / AFP
Marie Zafimehy
Marie Zafimehy

Télétravailler depuis sa maison de vacances, étudier à la maison entre deux parties de jeux vidéos, revoir ses films préférés, se dépenser grâce aux vidéos du ministère des Sports, cuisiner des bons petits plats, lire des dizaines de livres. Depuis le début du confinement mardi 17 mars, nombre de récits sur la manière de vivre et de profiter de cette période particulière s'accumulent sur les réseaux sociaux et dans les médias. 

Du journal de Leïla Slimani dans Le Monde à celui de Marie Darieussecq dans Le Point, artistes et écrivaines sont les premières à s'être emparées de cette période pour raconter leur expérience confinée. Une manière, certes, de faire oublier avec poésie l'atmosphère anxiogène provoquée par la crise sanitaire du coronavirus qui a déjà fait plus de 1.000 morts en France

Problème : ces récits tranchent avec la manière dont une large partie de la population, silencieuse, vit cette situation. Logement, accès internet, revenus : "Les conditions de confinement sont inégalitaires", insiste auprès de RTL.fr Léa Mestdagh, sociologue et chercheuse affiliée au Cerlis. Plus encore, cette situation inédite met la lumière sur des disparités sociales qui existent depuis longtemps mais dont "on ne parle jamais".

Rester chez soi quand on est mal-logé ?

"Ce qui est particulier dans cette crise, c'est l'immobilité et le fait de rester dans un espace contraint. Ce qui ne nous arrive quasiment jamais dans la vie quotidienne", analyse Léa Mestdagh. 

À lire aussi
Le directeur de cet Ehpad a également été testé positif au Covid-19. vieillesse
Coronavirus en France : 10 morts dans un Ehpad du Loir-et-Cher

Une contrainte qui ne s'applique pas de la même manière à toutes et tous. "Le confinement empêche les gens de circuler, explique Léa Mestdagh. Or il y a des quartiers où d'habitude les familles circulent beaucoup, parce que leur lieu de vie quotidien est approprié le soir pour dormir mais pas pour y rester toute la journée, parce que l'équipement est mauvais, parce que c'est surpeuplé ou qu'il n'y pas d'eau courante par exemple".

Imaginez certaines familles nombreuses enfermées dans des appartements parfois insalubres

Étienne Baudu
Partager la citation

C'est ce que décrit Étienne Baudu, correspondant de RTL à Marseille, au sujet de la vie dans les quartiers Nord de la ville. "Imaginez certaines familles nombreuses enfermées dans des appartements parfois insalubres, qui ne sont pas conçus pour, raconte-t-il. On cite l'exemple d'une famille de 7 personnes dans un T3. Les chambres servent de dortoirs, on y étale les matelas la nuit et c'est la salle de séjour qui sert de salle commune où on regarde la télé, où on mange, où les enfants font leurs devoirs".

Au total, près de 4 millions de Français et Françaises souffrent du mal-logement selon la Fondation Abbé-Pierre. Rien qu'en Île-de-France, 10% des habitants de la région ne sont pas logés correctement ou sont sans domicile. Pour combattre ces situations précaires pendant le confinement, le gouvernement a décidé le report de la trêve hivernale.  Pour héberger les personnes sans-abris, la région Île-de-France a elle annoncé la réquisition des lits d'internats, désertés par les milliers d'élèves repartis chez leurs parents.

Internet et la fracture numérique

Au total, 12 millions d'élèves sont priés de faire l'école à la maison et les salariés, lorsqu'ils le peuvent, doivent télétravailler. "On demande aux gens de garder leur mode de vie tout en restant au même endroit", résume Léa Mestdagh. Pourtant, tout le monde n'en a pas les moyens. À commencer par l'accès au réseau internet. "Parmi mes étudiants, j'en ai qui n'ont pas accès à Internet, d'autres qui ont une mauvaise connexion", illustre la sociologue. Dans ces conditions, difficile d'assurer la continuité pédagogique souhaitée par le ministère de l'Éducation nationale, sans briser l'égalité des chances entre les élèves, inscrite dans le Code de l'éducation.

"L'inégalité ce n'est pas seulement le fait de ne pas posséder un ordinateur mais c'est aussi le fait de pas savoir bien s'en servir", ajoute Léa Mestdagh. En France, on estime que l'illectronisme (contraction d'"illettrisme" et d'"électronique") touche 13 millions de personnes. Un problème qui se pose par exemple lorsqu'il s'agit de télécharger l'attestation de déplacement sur le site du ministère de l'Intérieur. "La fracture numérique et administrative, elle existe tout le temps, mais on n'en parle jamais alors que là, elle devient problématique", résume Léa Mestdagh.

Une solution : rétablir l'ISF ?

Toutes ces inégalités viennent s'ajouter et renforcer les inégalités de revenus, qui ne cessent de se creuser depuis une dizaine d'années. Pour réparer ces inégalités criantes, la sociologue Anne Lambert suggère d'instaurer un impôt spécifique à l'issue de la période de confinement. "Il faudra lever un impôt spécial sur la fortune pour réparer, rattraper, compenser les inégalités, et payer les soins sans faille apportés par les personnels soignants et l’ensemble des fonctionnaires (police, professeurs, gardiens) mobilisés dans la gestion de la crise et la continuité de la vie sociale", écrit-elle dans une tribune publiée sur le Huffington Post.

Autre piste évoquée par Anne Lambert, et partagée par Léa Mestdagh : un réinvestissement massif dans les services publics. "Et dans un monde parfait, organiser des assises pour discuter de la manière dont on rémunère les gens, souffle Léa Mestdagh. Surtout les caissières, les éboueurs et tous ces gens qui auront fait qu'on aura survécu au covid-19". Ces employés, pour la plupart éligibles à la prime de 1.000 euros encouragée par le ministre de l'Économie Bruno Le Maire, sont aussi les plus exposés au virus. Dans un tweet posté mercredi, Emmanuel Macron leur a promis qu'ils seraient bientôt fournis en masques et gel hydroalcoolique, produits aujourd'hui en pénurie.

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Coronavirus Confinement Société
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants