3 min de lecture Sexisme

Comment le sexisme entretient-il les inégalités de richesse (et vice-versa) ?

ÉCLAIRAGE - Selon le dernier rapport de l'ONG Oxfam publié lundi 20 janvier, les inégalités économiques mondiales sont favorisées par le sexisme. Et, en retour, le sexisme se nourrit de ces inégalités.

Le sexisme dans la rue, au travail, sur les bancs de l'université.
Le sexisme dans la rue, au travail, sur les bancs de l'université. Crédit : iStock
Marie Zafimehy
Marie Zafimehy

"Celles qui comptent". C'est le titre du rapport de l'ONG Oxfam, publié lundi 20 janvier. Sur une soixantaine de pages, l'étude révèle que les inégalités économiques mondiales qui se creusent d'année en année, favorisent et reposent en partie sur le sexisme qui imprègnent toutes les sociétés.

"Les femmes et les filles sont parmi les personnes qui profitent le moins du système économique actuel", explique Amitabh Behar, directeur général d’Oxfam Inde, chargé cette année de représenter l'ONG au Forum économique mondial qui s'ouvre à Davos (Suisse) mardi 21 janvier. Selon le rapport annuel d'Oxfam, qui reconnaît que son travail s'inscrit dans une perspective de genre binaire, il existe aujourd'hui 2.153 milliardaires qui se partagent plus de richesses que 4,6 milliards de personnes. Parmi eux, une majorité d'hommes.

"Notre système économique a été bâti par des hommes riches et puissants qui continuent de définir les règles et de se garder la part du lion", explique le rapport d'Oxfam. Ainsi, dans le monde, les hommes détiennent 50% de richesses de plus que les femmes et "les 22 hommes les plus fortunés au monde possèdent plus que l’ensemble de la population féminine d’Afrique".

Le travail des femmes est dévalorisé

Ces inégalités économiques doublées d'inégalités de genre trouvent en partie fondement par la dévalorisation du travail des femmes. Notamment, note le rapport d'Oxfam, "dans le monde, 42% des femmes en âge de travailler n'occupent pas un emploi rémunéré du fait de leurs responsabilités en matière de soins non-rémunéré". Parmi les activités comprises dans ce travail de soin non-rémunéré sont comprises la garde d'enfant ou la prise en charge des personnes âgées. À cela s'ajoutent les tâches domestiques qui ne sont pas comptabilisées comme productrices de richesse. 

La responsabilité du travail de soin (...) perpétue les inégalités de genre et économiques

Rapport "Celles qui comptent", Oxfam
Partager la citation
À lire aussi
"C'est très compliqué de transmettre un savoir, même quand soi-même on le maîtrise", détaille Natacha Polony, qui a elle même été enseignante. féminisme
Natacha Polony s'inquiète des dérives "d'une partie du féminisme"

"La responsabilité du travail de soin aussi lourde qu’inégale, perpétue les inégalités de genre et économiques, éclaire Oxfam. Elle fragilise la santé et le bien-être des personnes assurant un travail de soin (majoritairement des femmes) et entrave leur prospérité économique en creusant les disparités entre les femmes et les hommes en matière d’emplois et de salaires." Au total, l'ONG estime que le travail de soin non-rémunéré représente 10.800 milliards de dollars chaque année. 

Les femmes exclues du pouvoir

Si ces inégalités persistent, insiste Oxfam, c'est que les hommes dominent les pouvoirs économiques et politiques. Sur 149 pays étudiés par le Global Gender Gap Report (2018) sur lequel se base l'ONG, 17 ont une femme à leur tête, seuls 18% des ministres et 24% des parlementaires sont des femmes, et les femmes occupent seulement 34% des postes à responsabilités. 

Les hommes ont la possibilité de façonner les pratiques et les politiques pour servir leurs propres intérêts

"Celles qui comptent", Oxfam
Partager la citation

"Autrement dit, là où les hommes ont la possibilité de façonner les pratiques et les politiques pour servir leurs propres intérêts, les femmes sont souvent totalement exclues du processus décisionnel ou privées de l’opportunité de demander des comptes aux décideurs", explique l'ONG.

Et la France ?

La France est loin d'être épargnée par ces observations. Oxfam souligne notamment les discriminations qui persistent sur le marché du travail. Malgré les différentes lois qui visent à garantir des salaires égaux entre hommes et femmes, "à poste et compétences égales, l’écart de salaire est de 9%".

Le marché du travail est par ailleurs ségrégué : les femmes occupent davantage des postes peu rémunérés et, comme au niveau mondial, ont tendance à se concentrer dans les domaines professionnels relatif au soin. Autre facteur de discrimination : le congé de maternité est considéré comme un "risque" et freine l'embauche des femmes.

Face à ces inégalités, Oxfam met en garde. "La réforme des retraites actuellement en discussion et qui sera présentée le 24 janvier en Conseil des ministres risque d’accentuer encore davantage les inégalités existantes en France, et en particulier celles entre les femmes et les hommes", prévient-elle. Qualifiant le système de retraites de "miroir grossissant des inégalités", elle recommande, pour contrer ces effets négatifs, l'augmentation des pensions ou la réduction des écarts de salaire.

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Sexisme Égalité hommes-femmes Économie
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants