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Qui sont les onze Français condamnés à mort en Irak?

Onze Français ont été condamnés à mort en Irak depuis le 26 mai. Courts portraits de ces islamistes partis combattre au côté de Daesh en Syrie et en Irak.

Un combattant de Daesh (illustration)
Un combattant de Daesh (illustration) Crédit : DELIL SOULEIMAN / AFP
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Paul Turban et AFP

Ils sont onze. Onze Français condamnés à mort par la justice irakienne pour appartenance au groupe État islamique (EI). Pour des pays qui, comme la France, refusent de rapatrier et de juger leurs ressortissants liés à l'EI, leur procès en Irak est une alternative qui permet de régler un casse-tête juridique. Mais elle inquiète fortement les défenseurs des droits humains, même si le gouvernement affirme agir "au plus haut niveau" pour éviter la peine capitale à ces Français. 

Bilel Kabaoui, 32 ans, et Mourad Delhomme, 41 ans, ont été lundi 3 juin les derniers à entendre leur sentence: la mort par pendaison. C'est ce que prévoit  la loi irakienne pour quiconque a rejoint une organisation "terroriste", qu'il ait ou non combattu

Ancien militaire, ex-étudiant en psychologie, sans emploi… On en sait plus sur les profils très variés de ces hommes aujourd’hui aux mains de la justice irakienne. Voici ce que l'on sait de leur parcours. 

1. Léonard Lopez

Condamné à mort le 26 mai, il est parti en juillet 2015, malgré son contrôle judiciaire, avec sa femme et leurs deux enfants en direction de Moussoul en Irak, capitale de Daesh. Il s'est ensuite rendu en Syrie selon les enquêteurs français.  

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Ce converti de 32 ans, qui se faisait appeler Abou Ibrahim al-Andaloussi, était au début des années 2000 un des principaux animateurs du site jihadiste francophone Ansar Al-Haqq. En juillet 2018, et ce malgré son absence, Léonard Lopez est condamné à 5 ans de prison en France avec quatre autres animateurs du site. 

Il est aussi le cofondateur de l'association Sanabil. Elle a été dissoute fin 2016 en France car "tous ceux qui ont été impliqués directement ou indirectement dans les attentats depuis janvier 2015 ont été en lien direct ou indirect avec Sanabil", selon un enquêteur interrogé par l'AFP. 

2. Kévin Gonot

Kévin Gonot a été arrêté en Syrie avec son demi-frère Thomas Collange, sa mère et son épouse. Il a été condamné à mort le 26 mai. Son épouse est une des nièces des frères Fabien et Jean-Michel Clain. Ils ont revendiqué en 2015 les attentats du 13-Novembre. Tous font partie de la filière dite "d'Artiguat", groupes d'islamistes radicaux du sud-ouest de la France. 

Âgé de 32 ans, Kévin Gonot a d'abord rejoint le Front al-Nosra (ex-branche d'Al-Qaïda en Syrie), avant de se ranger derrière Daesh. Il a combattu en Syrie et en Irak. Abou Sofiane, comme on l'appelait au sein de l'organisation terroriste, a déclaré au juge "regretter" son départ pour la Syrie. Son père y a perdu la vie. 

Kévin Gonot dit avoir été blessé au ventre en 2015 à Kobané, en Syrie, avant d'être transféré à Mossoul pour y être soigné. En France, il a été condamné à neuf ans de prison en son absence. 

3. Salim Machou

Salim Machou, 41 ans, est le troisième Français condamné à mort le 26 mai. Il a appartenu à la brigade Tariq ibn Ziyad, une unité de Daesh menée par un ancien légionnaire français, Abdelilah Himich. Cette "cellule de combattants européens, vivier d'auteurs d'attaques en Irak, en Syrie et à l'étranger", a compté jusqu'à "300 membres", d'après Washington cité par l'AFP. 

4. Mustapha Merzoughi

37 ans, originaire de Tunisie, Mustapha Merzoughi a été condamné à mort le 27 mai. Cet ex-militaire français a servi dans l'armée de 2000 à 2010, notamment en Afghanistan en 2009. Il est originaire de Toulouse, a vécu à Metz qu'il a quitté après avoir divorcé et perdu son emploi. 

Il est père d'une famille recomposé de cinq enfants. Abou Omrane al-Faranssi, comme il se faisait appeler, a expliqué devant la cour de justice avoir suivi "des formations obligatoires religieuses et militaires à Mossoul" avant de se voir remettre "une Kalachnikov et un salaire mensuel de 200 dollars" en tant que "médecin des armées". 

Lors de ses interrogatoires, il dit avoir "prêté allégeance devant un chef de Daesh au visage masqué à Mossoul" parce que "les chefs avaient peur d'être reconnus ou identifiés par les combattants étrangers dont ils redoutaient qu'ils soient des espions". 

5. Karam El Harchaoui

Français de 33 ans installé à Bruxelles (Belgique), Karam El Harchaoui a été condamné à mort le 28 mai. Il part de Belgique en 2014, alors qu'il est sans emploi. De là, il se rend en bus jusqu'en Italie, puis en bateau jusqu'en Albanie, avant de rejoindre la Turquie en avion d'où il gagne la Syrie grâce à un passeur

Abou Abdallah, son nom au sein de Daesh, s'est marié avec deux femmes belges, rencontrées sur Facebook et enrôlées pour qu'elles rejoignent la Syrie. Il s'est rendu aux forces kurdes en Syrie en 2018, après que son frère a été tué dans un bombardement. 

6. Brahim Nejara

Brahim Nejara, 33 ans, a été condamné à mort le 28 mai lui aussi. Il a facilité l'envoi de jihadistes en Syrie selon le renseignement français. Il est orginaire de Meyzieu, près de Lyon. 
 
Celui que l'on appelait Abou Haydar dans les rangs de Daesh s'est fait connaître dans une vidéo intitulée "Paris s'est effondrée", peu après l'attentat du 13-Novembre. En Syrie, il a fréquenté Foued Mohamed-Aggad, l'un des terroristes kamikazes ayant attaqué le Bataclan. 

7. Yassine Sakkam

A 29 ans, Yassine Sakkam a été condamné à mort le 29 mai. Il a quitté en 2014 la France pour rejoindre en Syrie son frère Karim. Celui-ci est mort dans un attentat suicide à la frontière irakienne en 2013. Recruté par un Marocain, Yassine Sakkam a prêté allégeance devant un Égyptien et s'est porté volontaire pour être combattant en première ligne, selon ses dires. 

Tout comme Salim Machou (troisième condamné à mort), il a appartenu à  la brigade Tariq ibn Ziyad. Il a déclaré lors de son procès avoir "participé à des combats contre l'Armée syrienne libre", force rebelle opposée à Bachar el-Assad. On le voit en ligne sur des photos où il pose avec des armes. 

Le jeune homme originaire de Lunel (Occitanie) a aussi indiqué au juge avoir fait venir une jeune Française, Saïda. Il l'a épousée et ils ont eu un fils. Saïda, son fils et une fille qu'elle a eue d'un premier mariage sont aux mains des Kurdes en Syrie selon le jeune homme. 

Celui qui se faisait appeler Abou Salmane al-Faranssi a assuré avoir tenté de fuir. "Mais c'était dur de trouver un passeur, car je n'étais pas un civil, mais un terroriste, un type de Daesh", a-t-il dit au juge. 

8. Fodil Tahar Aouidate

Fodil Tahar Aouidate, 32 ans, originaire de Roubaix dans le Nord, a été condamné à mort le 2 juin. Le tribunal a rejeté ses allégations de torture lors de ses interrogatoires. Il a rejoint la Syrie en 2014, comme l'ont fait 22 membres de sa famille. A son procès, il a déclaré: "Mon beau-frère là-bas me disait, viens, ici tu peux vivre en musulman, alors qu'en France, ils combattent l'islam". 

Abou Mariam, comme il se fait appeler, a été enregistré par Daesh comme "combattant" selon un document estampillé de l'organisation terroriste présenté par le juge. Il est décrit comme violent, autoritaire, et prêt à mourir pour l'idéologie radicale de Daesh. 

Il était connu par les services de renseignement français pour avoir des liens avec Abdelhamid Abaaoud, un des organisateurs des attentats du 13-Novembre. Fin 2015, il était apparu dans une vidéo faisant l'apologie de ces attaques. Il y disait son "grand plaisir et grand bonheur de voir ces mécréants souffrir comme nous souffrons ici". Il menaçait : "on continuera à frapper chez vous". Il est aussi la tête pensante de l'attaque du Thalys en 2015

En France, deux soeurs de Fodil Tahar Aouidate ont été condamnées pour "financement du terrorisme". Elles ont envoyé 15.000 euros en Syrie, venus notamment d'allocations familiales reçues par des membres de leur famille partis combattre avec Daesh. 

9. Vianney Ouraghi

A 28 ans, Vianney Ouraghi est le benjamin des Français condamnés à mortSon procès a eu lieu dimanche 2 juin. Sa mère est française, son père franco-algérien. Cet ancien étudiant en psychologie de Lille s'est adressé à la cour en arabe classique, langue qu'il a apprise lors de séjours linguistiques du Caire. 

Il est parti en Syrie avec Lyes Darani, condamné à huit ans de prison en France pour avoir voulu préparer un attentat à son retour en 2013. Il a rejoint le Front al-Nosra en Syrie, avant de rejoindre Daesh. 

Vianney Ouraghi a été marié à deux Syriennes. Bien que blessé au ventre à deux reprises, il a déclaré n'avoir été qu'un "fonctionnaire administratif de Daesh", en charge "des veuves et des familles" de jihadistes. Un emploi pour lequel il a gagné 200 dollars chaque mois. Un document de Daesh qui le présente comme "combattant" a néanmoins été montré au procès. 

10. Mourad Delhomme

Mourad Delhomme, un "vétéran du jihad" selon le renseignement français de 41 ans, a été condamné à mort le 3 juin. D'origine algérienne, il a vécu en Syrie de 2009 à 2012, avant la guerre. 

Abou Ayman, comme il se faisait appeler, a rejoint comme plusieurs des condamnés à mort la brigade Tariq Ibn Ziyad. Il a déclaré avoir intégré Daesh pour sauver la femme d'un ami, proche des mouvements jihadistes algériens et mort au combat en Syrie dans les rangs de Daesh, prisonnière des rebelles syriens. 

Il épouse cette femme, avec qui il fait un enfant. Il avait par ailleurs deux autres épouses, l'une Palestinienne de Syrie rencontrée en 2009, l'autre rencontrée en Syrie en 2014. 

11. Bilel Kabaoui

Bilel Kabaoui, 32 ans, a été condamné à mort le 3 juin. Selon ses dires, c'est un ami qui l'a convaincu de rejoindre la Syrie. Il a convaincu sa femme de partir avec lui. Celle-ci serait détenu par les Kurdes en Syrie. "C'était il y a cinq ans, j'étais super bête", a-t-il déclaré. 

Il a déclaré au juge n'avoir été qu'un "aide-soignant", avant d'être "geôlier" pour l'un des tribunaux de Daesh. Tribunaux connus pour leur cruauté, on y ordonnait régulièrement des châtiments corporels, et leurs exécutions sommaires. Il affirme en effet souffrir d'asthme et avoir à ce titre été déclaré inapte au combat par l'organisation terroriste. 

En octobre 2017, c'est sur les conseils de la DGSE qu'il dit s'être rendu aux Kurdes. Sa belle-mère serait entrée en contact avec le service de renseignement extérieur français pour connaître la marche à suivre pour le faire rentrer et juger en France avec sa famille. 

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