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Égalité, PMA, harcèlement : Macron a-t-il tenu ses promesses ?

ÉCLAIRAGE - De sa campagne aux premiers mois de son mandat, le président de la République a promis de nombreuses mesures pour l'égalité entre les femmes et les hommes. On fait le point sur 12 promesses.

Emmanuel Macron le 6 mai 2019 à l'Élysée
Emmanuel Macron le 6 mai 2019 à l'Élysée Crédit : Ludovic MARIN / AFP
Arièle Bonte
Arièle Bonte
Journaliste

Elle est la Grande cause nationale : l'égalité entre les femmes et les hommes est depuis la campagne d'Emmanuel Macron l'un des sujets que le président de la République met sur le devant de la scène politique nationale comme étrangère. En témoigne, la volonté de la France de faire du prochain G7 un grand moment de "diplomatie féministe" et la création d'un fonds de 120 millions d'euros pour lutter contre les inégalités à l'étranger et notamment dans les pays "du Sud".

De ses premiers discours de candidat à ses prises de parole en tant que président de la République, le fondateur de La République en Marche ne cesse de réaffirmer son engagement pour les droits des femmes aux côtés de Marlène Schiappa, secrétaire d'État en charge de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations.

Alors qu'Emmanuel Macron célèbre ses deux ans à la tête de l'État français, ce mardi 7 mai, qu'en est-il des promesses énoncées avant et après le scrutin ? Réponses.  

Emmanuel Macron le 3 mai 2019 à l'Élysées
Emmanuel Macron le 3 mai 2019 à l'Élysées Crédit : Ludovic MARIN / AFP

1. La parité en politique

C'est un principe cher à la politique de Emmanuel Macron : ce dernier souhaite impliquer davantage les femmes dans les décisions politiques. La parité est acquise dans le gouvernement actuel puisque 18 femmes et 18 hommes entourent le premier ministre Édouard Philippe. À noter qu'il y a cependant plus d'hommes à la tête d'un ministère (12) que de femmes (9) et plus de femmes en charge d'un secrétariat d'État (9) que d'hommes (7).

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Dans son programme présidentiel, Emmanuel Macron s'engageait également à tout mettre en œuvre pour que "la parité dans les nominations des grands postes de l’État (agences et directeurs d’administration)" soit une réalité. Les femmes sont toujours sous représentées dans ces instances et plusieurs d'entre elles ont d'ailleurs été sanctionnées par la loi en décembre 2017, dont les ministères de la Justice et des Armées.

Ces deux derniers ministères ainsi que Bercy, l'Intérieur et les Affaires étrangères ont également été rappelés à l'ordre en mars dernier avec une pénalité s'élevant à 90.000 euros par unité d'emplois manquant. Marlène Schiappa leur a envoyé à cette occasion une lettre pour les avertir que "les femmes représentent 52% de la population française et seulement 33% des nominations en Conseil des ministres". 

2. L'égalité femmes-hommes, une "cause nationale"

"L’égalité entre les hommes et les femmes sera une cause nationale", avait déclaré Emmanuel Macron lors de la conférence de presse présentant son projet présidentiel. La promesse a bel et bien été tenue.

Cette année, le label "Grande Cause" a bien été attribué à la Fédération Nationale Solidarité femmes, qui lutte contre les violences faites aux femmes. Une action saluée par ce groupe d'associations mais critiquée par d'autres. Ces dernières demandent des financements et plus d'actions concrètes pour mener à bien le combat contre ce fléau national.  

Les locaux de la Fédération Nationale Solidarité Femmes en novembre 2017 lors d'une visite de Marlène Schiappa
Les locaux de la Fédération Nationale Solidarité Femmes en novembre 2017 lors d'une visite de Marlène Schiappa Crédit : Tristan Reynaud/SIPA

3. La création d'un ministère des Droits des femmes

Le président de la République s'était engagé, alors qu'il était candidat à la présidentielle, à créer un ministère dédié aux Droits des femmes. "Il y aura un ministère plein et entier des Droits des femmes", avait assuré Emmanuel Macron. 

Dix jours après son élection, le fraîchement élu président de la République a fait défaut à cette promesse en créant non pas un ministère mais un secrétariat d'État dépendant du Premier ministre.

En plus de l'égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa a vu son porte-feuille ministériel étendu à la lutte contre les discriminations. Selon un proche de son entourage, la secrétaire d'État bénéficie aujourd'hui "de larges moyens supplémentaires" pour mener à bien sa mission. 

4. L'ouverture de la PMA à toutes les femmes

Sur les questions LGBTQ+ justement, Emmanuel Macron est depuis qu'il est candidat favorable à l'ouverture de la PMA pour les femmes seules et les couples de femmes. En septembre 2017, Marlène Schiappa avait annoncé que le gouvernement prévoyait l'instauration de cette mesure "d'ici 2018".

Mais depuis cette annonce, le sujet ne cesse d'être repoussé. Aux dernières nouvelles, le projet de loi ne sera finalement pas présenté avant l'été 2019, au grand désespoir des associations. 

Lors de la 40e Marche des fiertés, samedi 24 juin 2017, la "PMA pour toutes" a été réclamée
Lors de la 40e Marche des fiertés, samedi 24 juin 2017, la "PMA pour toutes" a été réclamée Crédit : XAVIER VILA/SIPA

5. De nouvelles mesures pour lutter contre les inégalités salariales dans les entreprises

Après avoir nommé les entreprises qui respectaient le moins l'égalité salariale, le gouvernement a mis en place de nouvelles mesures, notamment en augmentant le nombre de contrôles de l'inspection du travail et via la loi Avenir professionnelle du 5 septembre 2018.

Les entreprises françaises de plus de 250 salarié-e-s ont alors, depuis le 1er janvier dernier,  trois ans pour régler leurs écarts de salaires entre les femmes et les hommes. Ce délai passé, les entreprises qui n'auraient pas réglé le tire pourront recevoir une amende selon un système de nation basé sur cinq critères. 

Pour les entreprises de 50 à 250 salarié-e-s, l'entrée en vigueur du décret a été annoncé dans les textes de loi au 1er janvier 2020. Cette mesure suffira-t-elle à obliger les entreprises à appliquer la loi ? 

6. La punition par la loi du harcèlement de rue

Encore candidat à la présidentielle, Emmanuel Macron avait annoncé qu'il ne tolérerait plus les "incivilités" et les violences faites aux femmes, citant notamment le "harcèlement".

La verbalisation de "l'outrage sexiste", comme le gouvernement l'appelle aujourd'hui, est inscrite dans la loi depuis l'été dernier. Ce comportement est puni d'une amende de 4ème classe, allant de 90 à 750 euros, et de 5ème classe (jusqu'à 1.500 euros) dans certains cas particuliers (si la victime a moins de 15 ans, ou si l'infraction est commise en groupe par exemple). 

Depuis l'entrée en vigueur de la loi, 447 amendes ont été délivrées en France, a annoncé Marlène Schiappa à la fin du mois d'avril dernier. 

Marlène Schiappa s'est exprimée à propos de la polémique sur la commercialisatoin d'un hijab par Decathlon
Marlène Schiappa s'est exprimée à propos de la polémique sur la commercialisatoin d'un hijab par Decathlon Crédit : TRISTAN REYNAUD/SIPA

7. Un meilleur accompagnement des femmes victimes de violences

C'est une problématique qui apparaissait déjà dans son programme présidentielle : Emmanuel Macron veut mieux accompagner les femmes victimes de violences.

Outre l'entrée en vigueur d'une loi à ce sujet, le gouvernement a mis en place en novembre dernier une plateforme numérique pour signaler des violences sexistes et sexuelles en ligne et mis aux mains des entreprises des outils pour accompagner les victimes. Il s'est également donné l'objectif de répondre à 100% des appels passés au 3919, le numéro d'écoute national dédié aux victimes de violences et aux témoins.

8. La défense du droit à l'IVG

"Défendre le droit à l'IVG" était écrit dans le programme présidentielle d'Emmanuel Macron. Aucune mesure n'a pour l'instant été mise en place par le gouvernement pour garantir ce droit aux Françaises.

Quand Laurence Rossignol, sénatrice de l'Oise et ancienne ministre des Droits des femmes, proposait en novembre dernier de supprimer de la loi la clause de conscience spécifique à l'IVG, Marlène Schiappa avait estimé que cette proposition relevait d'un choix "de facilité"

Une manifestation en faveur du droit à l'IVG à Paris en janvier 2015
Une manifestation en faveur du droit à l'IVG à Paris en janvier 2015 Crédit : LIONEL BONAVENTURE / AFP

9. La transparence des communes pour l'attribution des crèches

Obliger "les communes à publier en ligne leurs critères d’attribution des places de crèche", était également une proposition du candidat de La République en Marche. Aucune mesure n'a été mise en place ou été annoncée mais en novembre dernier, un rapport a été remis au gouvernement à ce sujet avec comme objectif d'être un guide de bonnes pratiques destiné aux municipalités, explique Le Parisien

10. La création d'un congé maternité unique

Le candidat Macron avait annoncé dans son programme vouloir créer "un congé de maternité unique garanti pour toutes les femmes quel que soit leur statut (...) aligné sur le régime le plus avantageux".

Depuis l'entrée en vigueur de la loi de financement de la sécurité sociale, le 1er janvier 2019, les conditions d'indemnisation du congé maternité des agricultrices, des travailleuses indépendantes et des cheffes d'entreprises ont bien changé : elles bénéficient désormais de 8 semaines de congé et 16 au maximum. 

11. La lutte contre l'excision

L'excision est une pratique"barbare" selon Emmanuel Macron et pour l'éradiquer et accompagner les Françaises qui en sont victimes (53.000 en France environ), ainsi que les femmes et petites filles fuyant leur pays pour fuir l'excision, le président de la République n'a pas encore communiqué de mesure concrète.

À noter cependant que la France est déjà un pays acteur dans la lutte contre ce fléau mondial puisque l'excision est interdite sur le territoire, elle propose par exemple l'asile aux mineures non mutilées (selon certaines conditions), offre le remboursement des frais chirurgicaux de réparation et sensibilise la population sur les dangers de ces pratiques. 

12. L'éducation contre le sexisme dès le plus jeune âge

S'attaquer à la racine des discriminations et stéréotypes de genres, c'est aussi l'un des projets annoncés par Emmanuel Macron quand il était candidat. Plusieurs mesures ont été annoncées depuis : la mise en place d'un "référent Égalité" dans chaque établissement, la formation des professionnels, la sensibilisation des parents, notamment concernant les questions de harcèlement en ligne et enfin l'instauration de la parité dans les instances représentatives des élèves et le promotion de la mixité des filières et des métiers.

Mais les progrès dans le domaine restent à faire, comme nous l'expliquaient plusieurs professeures lors d'une enquête

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