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Élections municipales 2020 à Paris : le récit d'une campagne imprévisible faite de revanche

RÉCIT - La campagne des municipales à Paris a connu une succession d'événements venus rebattre les cartes de l'élection. De la surprise Dati à l'abandon de Griveaux, en passant par la dissidence de Villani... Retour sur une campagne inédite.

Benjamin Griveaux a annoncé qu'il abandonnait la course pour les municipales à Paris, ce 14 février 2020
Benjamin Griveaux a annoncé qu'il abandonnait la course pour les municipales à Paris, ce 14 février 2020 Crédit : Lionel BONAVENTURE / AFP
Marie-Pierre Haddad
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Endurance, tactique et terrain. Voici les trois aspects nécessaires pour mener à bien une élection en politique. Ils deviennent indispensables lorsqu'il s'agit des élections municipales à Paris. En effet, le scrutin se jouant sur trois tours, avec les élections des maires d'arrondissement, puis du maire de la ville et donc sur des alliances, rien ne semble jamais figé ou acquis.

Une fois n'est pas coutume, la capitale devient une prise de guerre stratégique, avec un enjeu élevé que ce soit pour la majorité, mais aussi pour l'opposition avec le Parti socialiste, Les Républicains et Europe Écologie-Les Verts.

Ces élections 2020 à Paris ont la spécificité d'intervenir après les attentats qui ont marqué la capitale en 2015 et la crise des "gilets jaunes", qui restera incontestablement un marqueur du quinquennat Macron. Le coronavirus est quant à lui l'invité surprise de ce scrutin avec la crainte d'un taux d'abstention élevé.

Hidalgo et LaREM prêts à 3 ans du scrutin

Même si la campagne officielle a été lancée le 3 février dernier, l'élection, elle, est dans tous les esprits depuis... trois ans. Dès décembre 2017, Anne Hidalgo planche sur sa réélection et lance déjà une contre-offensive. La maire de Paris avait officialisé le lancement d'une plateforme collaborative à destination des Parisiens. 

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Anne Hidalgo n'est pas la seule à anticiper les municipales à Paris. Au gouvernement, la tentation parisienne de Benjamin Griveaux n'est plus un secret. Un mois après la maire de Paris, le 20 janvier 2018, La République En Marche commence aussi à se positionner. Plusieurs dizaines de "marcheurs" parisiens se réunissent à "La Bellevilloise", dans le XXe arrondissement de Paris, pour un séminaire intitulé "Paris, chapitre 2". Un titre évocateur qui en dit long sur les envies d'alternance de la macronie.

Le parti créé par Emmanuel Macron l'ignore encore à ce stade, mais la campagne des municipales à Paris sera un long et pénible chemin de croix. Tout d'abord, par les envies qu'elle suscite. Benjamin Griveaux, à l'époque porte-parole du gouvernement, mais aussi Mounir Mahjoubi, secrétaire d'État en charge du Numérique, Hugues Renson, vice-président de l'Assemblée nationale et Cédric Villani, député LaREM, ont jeté leur dévolu sur la capitale. 

La campagne de Griveaux patine

La République En Marche sort amochée de cette multiplication des candidatures. Emmanuel Macron perd deux fidèles au gouvernement avec les départs de Benjamin Griveaux et Mounir Mahjoubi. À cela vient s'ajouter la publication de propos offensants tenus en privé par l'ancien porte-parole sur ces concurrents macronistes. Il lui est reproché d'avoir qualifié d'"abrutis" ses rivaux pour l'investiture, parmi d'autres propos peu amènes. Il s'excusera mais ça ne suffira pas à apaiser la campagne. 

Les choses ne vont guère s'arranger par la suite. Benjamin Griveaux et Cédric Villani vont s'affronter dans une guerre fratricide pour obtenir l'investiture de La République En Marche. Le premier finira par obtenir officiellement l'étiquette du parti, mais pas question pour le second de revoir ses ambitions. 

Après un certain temps de réflexion qui alimentera le suspens, le député LaREM maintiendra sa candidature. Pendant ce temps-là, la candidature de Griveaux ne prend pas dans les sondages. Des rumeurs évoquent un plan B, comme Buzyn. L'option Villani est même évoqué en renfort et même la candidature d'Édouard Philippe se murmure dans les couloirs... 

L'exclusion de Cédric Villani

Cette campagne avait tout de gagnable pour La République En Marche. À Paris, la majorité avait recueilli près de 33% des suffrages lors des élections européennes, il y a moins d'un an. "Et si on gagne Paris, on donne l'impression de gagner les municipales : il n'y a que ça qui compte", martelait un ministre.

La campagne parisienne prend la forme d'une épine dans le pied d'Emmanuel Macron. Le président décide d'intervenir à sa façon et d'organiser une réunion avec le candidat dissident Cédric Villani. Mais même le président de la République n'a pas réussi à convaincre le candidat de se retirer. Une séquence qui résonne comme une humiliation pour Emmanuel Macron. 

Les propos de Cédric Villani tenus à la sortie même de son rendez-vous avec le chef de l'État étaient un "gigantesque bras d'honneur", selon les mots d'un proche du président cité dans Le MondeIl finira par être exclu de La République En Marche

Dati se place en candidate du "vote utile"

Pendant ce temps... L'opposition s'organise. Rachida Dati veut réveiller la droite et se voit candidate Les Républicains à Paris. Le 6 novembre 2019, c'est officiel, même si certains dans les rangs LR s’inquiètent de sa candidature. Ils craignent de voir le scénario de Fillon et du "Penelope gate" en 2017 se reproduire. Le Parquet national financier mène en effet une enquête sur elle, pour "abus de biens sociaux" et "corruption".


Malgré les critiques, Rachida Dati est déterminée à prendre la place d'Anne Hidalgo - qui à ce moment n'a pas officialisé sa candidature à sa réélection. L'ancienne ministre de la Justice se pose en candidate du "vote utile", mais doit toujours faire face aux craintes de certains maires LR. Dans le XVème arrondissement, Rachida Dati se bat bec et ongle contre le maire sortant de droite Philippe Goujon

Il refuse de s'engager clairement derrière elle, et de lui donner des garanties pour le troisième tour. Rachida Dati, elle, exige que des candidats clairement étiquetés LR soient présents dans tous les arrondissements et que tous la soutiennent publiquement et sans réserve. La commission nationale d’investiture (CNI) des Républicains décidera d’investir dans Agnès Evren, députée européenne et présidente de la Fédération LR de Paris

D comme dynamique Dati

Mais pour Rachida Dati, la campagne va basculer le 19 janvier. Un sondage donne Anne Hidalgo largement en tête pour remporter les municipales à Paris. Mais Rachida Dati arrive en deuxième place et devance Benjamin Griveaux pour la première fois. La dynamique Dati est enclenchée. Sondage après sondage, la candidate LR grignote des points sur Anne Hidalgo. Désormais, un seul point les sépare, tantôt à la faveur de l'ancienne ministre de Nicolas Sarkozy, tantôt à la faveur de la maire socialiste. 

Nicolas Sarkozy justement. Rachida Dati s'entoure des ténors de la droite pour ancrer encore plus sa campagne. L'ancien président, toujours très plébiscité à droite, mais aussi Xavier Bertrand et François Baroin participent à des meetings avec la candidate

À gauche, le 11 janvier Anne Hidalgo officialise être candidate à sa réélection. La maire PS est attendue sur des problématiques précises, comme la sécurité et la propreté de la première ville de France. Deux des plus importantes insuffisances pointées pour les détracteurs de ses six années à la mairie de Paris.

Fin de course brutale pour Griveaux

La campagne parisienne va vivre ensuite au rythme du "Griveaux gate". Le 14 février au matin, Benjamin Griveaux abandonne la course après la publication de vidéos à caractère sexuel. Une fin de campagne brutale pour le candidat de La République En Marche. Le parti, lui, se concentre sur l'après-Griveaux. Agnès Buzyn reprend les rennes de la campagne en devenant la candidate du parti, après avoir quitté son poste de ministre des Solidarités et de la Santé. 

Entre quatre semaines, la nouvelle candidate de la majorité a affiné son programme. Contrairement à Benjamin Griveaux, elle ne proposera pas aux Parisiens modestes un apport de 100.000 euros pour qu’ils puissent acheter un appartement, mesure "qui présente un risque inflationniste pour l’immobilier". "Je préfère remettre sur le marché au moins 20.000 logements vacants, sur les plus de 100.000 existants, au cours de la mandature en garantissant le paiement des loyers", explique-t-elle.

La candidate insiste sur deux priorités : la sécurité et la propreté. Sur le volet sécurité, l’ancienne ministre de la Santé maintient la proposition de créer une police municipale à Paris. Si cette mesure est mise en place, les agents disposeront d’armes létales, alors que la police est accusée de violences non-légitimes, depuis plusieurs mois. "Au moins un agent par patrouille portera une caméra-piéton", poursuit-elle.

Agnès Buzyn monte au front

Première action de campagne : rencontrer Cédric Villani afin d'évoquer une possible alliance. Là encore, le projet échouera avec des réponses par média interposé. Le premier débat entre les 7 principaux candidats à Paris vient donner un nouveau coup d'accélérateur à la campagne. 

L'enjeu était particulièrement important pour Agnès Buzyn. Critiquée pour son manque d'expérience en politique, Agnès Buzyn s'en est pris dès les premières secondes du débat au bilan d'Anne Hidalgo. La candidate LaREM n'a pas hésité à lui reprocher son bilan en matière de propreté à Paris, mettant en cause sa volonté écologiste pour Paris.

Anne Hidalgo a concentré les critiques durant ce premier débat. Le sujet des voies sur berge est venu rompre cette entente de façade. "Je cours en apnée sur les berges qui sont des latrines à ciel ouvert", a lâché la candidate LR, qui a dénoncé une "anarchie partout (...) dans la circulation, dans les travaux, dans l'espace public".

Un premier tour qui s'annonce serré

En deux jours, les sondages ont indiqué deux dynamiques différentes. Mercredi, selon l'enquête BVA réalisée du 2 au 6 mars pour Orange et Europe 1, la candidate LR Rachida Dati serait en tête des intentions de vote (25%), devant la maire socialiste sortante Anne Hidalgo (24%), la candidate LREM Agnès Buzyn (19%), l'écologiste David Belliard (12%) et l'ex-LaREM, Cédric Villani (7%). 

Mais un sondage Ipsos-Sopra Steria diffusé la veille relevait à l'inverse que la liste d'Anne Hidalgo (26%) creuserait l'écart sur celle de Rachida Dati (23%), devant Agnès Buzyn (19%). Cette enquête pour franceinfo, France TV et France Bleu Paris a été réalisée ultérieurement, du 6 au 9 mars. 

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