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Réforme des retraites : l'histoire secrète d'un dossier explosif

RÉCIT - À l'origine promesse de campagne, le projet de loi sur les retraites arrive ce vendredi 24 janvier en Conseil des ministres. Le fameux "âge pivot" n'y figure plus même si la mesure n'a pas officiellement été écartée. Retour sur les étapes qui ont conduit à cette version du texte.

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L'histoire secrète de la réforme des retraites Crédit Image : CHARLES PLATIAU / POOL / AFP | Crédit Média : RTL | Date :
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Pauline de Saint-Remy
Pauline De Saint-Rémy
édité par Charles Deluermoz

C'était une promesse de campagne assortie d’un engagement : "Je ne modifie pas l'âge de départ à la retraite durant le quinquennat" avait dit Emmanuel Macron. Mais, à peine installé à l'Élysée, le président va découvrir qu'il n'est pas tenable. 

Dès juin 2017, le Conseil d'orientation des retraites révèle qu’il y aura un trou d’une douzaine de milliards d’euros en 2025 dans le système. Le président doit donc se résoudre à prendre une mesure d’économie et il ne veut pas attendre la fin de son quinquennat. C’est donc une fois la crise des "gilets jaunes" passée, au printemps 2019 qu’a lieu la première offensive. Le Premier ministre et des membres du gouvernement évoquent l’idée de toucher à l’âge légal de départ. Agnès Buzyn dégaine, notamment sur RTL.

À l’Assemblée, les députés qui ont suivi les négociations depuis 18 mois se mobilisent aussitôt en contre. Parmi eux, Jacques Maire, explique : "Il y a eu une espèce de ballon d’essai en contradiction totale avec les engagements de campagne du président de la République". À ce moment-là effectivement, les parlementaires ont tous exprimé le fait que c'était vraiment une remise en cause complète du travail fait depuis 18 mois avec les partenaires sociaux et qu’on irait à une crise.

La surprise du chef

Le gouvernement va donc faire marche arrière. Mais l’idée d’une mesure d’âge d’équilibre ou pivot s’impose petit à petit, malgré l’opposition du patron de la CFDT, Laurent Berger. Et puis l'été se passe comme ça. Jusqu'au 26 août lorsque Emmanuel Macron donne une interview télévisée depuis Biarritz. Là, c'est la surprise du chef. Son propre conseiller en communication, devant sa télévision depuis Paris, écarquille les yeux en entendant le président dire : "Je préfère qu'on trouve un accord sur la durée de la cotisation plutôt que sur l'âge."

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Une sortie complètement improvisée de l’aveu même d’un ministre à qui j’en parlais cette semaine. Quant à Laurent Berger, lui, se réjouit, mais pas trop vite. Il le raconte aujourd’hui : "Il y avait en tout cas le sentiment qu'on était compris sur le fait qu'on ne pouvait pas imposer une mesure aveugle en terme d'âge. Mais on le découvre et très vite dans les semaines qui ont suivi dans les concertations avec le haut-commissaire et les discussions, on sent que cette question revient finalement et il y a des contradictions énormes."

Cette réforme a marqué un tournant dans les relations entre le Président et le Premier ministre. C’est à ce moment-là que s’opère la reprise en main du dossier par Matignon et notamment par le fameux directeur de cabinet d’Édouard Philippe, un polytechnicien venu de la droite, Benoît Ribadeau-Dumas. Et, comme le Premier ministre, il communique mal avec un autre conseiller, celui du président, le très politique Philippe Grangeon, qui lui est passé par la CFDT.

Mais attention, tous s’accordent bien sur le principe de la responsabilité budgétaire mais ils ne sont pas en phase sur la méthode. Résultat, en même temps que la température monte dans la rue, la tension monte entre les cabinets et l'étape suivante c'est le 7 décembre. Emmanuel Macron s’entretient avec Laurent Berger au téléphone et lui fait part de son intention de maintenir l’âge pivot. "Vous ne nous laissez pas le choix", lui répond le patron de la CFDT. Les deux hommes ne se sont pas reparlé depuis.

Douche froide

Trois jours plus tard, le président réunit quelques-uns de ses plus proches à l’Élysée pour un dernier dîner d’arbitrage. L’un d’entre eux remarque un détail : le Président et le Premier ministre, assis l’un à côté de l’autre, ont chacun devant eux la même pochette bleue sur laquelle on peut lire : "Discours d’Édouard Philippe". Preuve s’il en fallait, que, eux, sont parfaitement alignés.

Le lendemain, Édouard Philippe prononce son fameux discours. Pour la CFDT, c’est la douche froide. Il avait beau l’avoir vue venir, la réaction de Laurent Berger est très brutale et face caméra : "Cette ligne rouge est franchie, elle est clairement franchie."

La suite, vous la connaissez. Tout le mois de décembre la mobilisation se durcit et la pression des parlementaires augmente aussi. Les syndicats sont reçus le 18 à Matignon et ce n’est que début janvier que la situation va vraiment se débloquer quand Laurent Berger propose l’organisation d’une conférence de financement.

Édouard Philippe répond le surlendemain sur RTL : "Je trouve que c'est une bonne idée, il faut qu'on en détermine le contenu." En moins d'une semaine, gouvernement et syndicats réformistes vont s’accorder sur ses modalités. 

C’est le fameux compromis qu’avait réclamé Emmanuel Macron : l’âge pivot reste une option en cas d’absence d’accord entre partenaires sociaux. Édouard Philippe, lui, sort largement renforcé de cette séquence. Reste encore à transformer l’essai au Parlement.

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