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Élisabeth Borne : la première semaine compliquée de son premier gouvernement

À peine nommée à Matignon, Élisabeth Borne s'est retrouvée empêtrée dans l'affaire Damien Abad, à laquelle s'ajoutent ensuite les problèmes de communication des travaux sur la loi pouvoir d'achat.

Elisabeth Borne, le 27 mai 2022 après la réunion avec ses ministres opur distribuer les feuilles de route de chacun d'entre eux.
Elisabeth Borne, le 27 mai 2022 après la réunion avec ses ministres opur distribuer les feuilles de route de chacun d'entre eux.
Crédit : EMMANUEL DUNAND / AFP
Marine Derquenne & AFP

Le nouveau gouvernement a été nommé il y a une semaine. Et tout juste ont-ils eu le temps de s'installer que l'affaire Abad a fait des dégâts. Les révélations de Mediapart sur les accusations de viol contre le nouveau ministre des Solidarités a entaché les débuts du premier gouvernement d'Élisabeth Borne. Ensuite, après avoir dû retourner les flèches des oppositions à l'encontre du nouveau ministre de l'Éducation, Pap Ndiaye, la voilà contrainte de monter encore au front, quelques jours seulement après sa nomination.  

Tout remonte-t-il à Matignon ? "Non, seulement les emmerdes", avait répondu en son temps Édouard Philippe, un bon mot qu'Élisabeth Borne a rapidement pu éprouver. À ce bizutage dont elle "se serait bien passée", tel que l'a soufflé une conseillère de l'exécutif, s'ajoutent aussi des tâtonnements de communication sur ses mesures pour lutter contre l'inflation.

La rentrée du gouvernement Borne perturbée par l'affaire Abad

L'Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique avait adressé un signalement au Parquet de Paris, qui a déclaré mercredi  25 mai qu'il n'ouvrirait pas d'enquête "en l'état", faute d'éléments suffisants. Dès le lundi, lors du premier conseil des ministres Damien Abad clamait son innocence : "un homme innocent doit-il démissionner ? Je ne crois pas", lançait-il.

Tout remonte au lendemain de la nomination du nouveau gouvernement. Au terme d'une journée de campagne dans sa circonscription du Calvados et 24 heures après la formation de son gouvernement, Élisabeth Borne a pris connaissance de des accusations de viols contre le ministre des Solidarités Damien Abad, transfuge des Républicains. La cheffe du gouvernement était alors placée dans une "position compliquée", de l'aveu d'un ministre, entre respect du "principe de présomption d'innocence" et "respect de la parole des femmes".  "S'il y a de nouveaux éléments, si la justice est à nouveau saisie, on en tirera toutes les conséquences", avait alors assuré la Première ministre.

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Duex jours après, c'est le premier conseil des ministres qui a été entaché par l'affaire Abad : la nouvelle porte-parole du gouvernement, Olivia Grégoire, a dû répondre aux nombreuses questions des journalistes à ce sujet. "L'établissement de la vérité, c'est à la justice de le faire (...) Elle est la seule à pouvoir trancher", assurait-elle. La porte-parole soulignait qu'"aucune procédure n'est en cours contre Damien Abad", et que de ce fait, elle ne souhaitait pas commenter "des hypothèses". Alors que dans l'opposition, l'écologiste Sandrine Rousseau, invitée de RTL le même jour, assurait que Damien Abad devait être "démis de ses fonctions". De son côté, le dirigeant des LR Christian Jacob s'est interrogé sur RTL : "est-il capable de se regarder dans la glace ?".

Un premier défaut d'information au sein de l'équipe de Borne

Élisabeth Borne a aussi dû affronter un procès dont elle sortira perdante dans tous les cas, autour d'une question : avait-elle connaissance, avant de confier un portefeuille à Damien Abad, qu'existaient deux plaintes classées sans suite en 2012 et 2017 ? "Non", clame-t-elle, quand son cabinet confirme simplement avoir reçu sur l'adresse du service de presse de Matignon un mail de Mediapart "vendredi à 19h45", soit la veille de la publication de l'article, sans avoir eu le temps de le traiter. À l'inverse, de sources concordantes dans l'exécutif, l'entourage d'Emmanuel Macron, qui comprend d'anciens LR comme le conseiller politique Thierry Solère, était au courant de ces anciennes procédures, évoquées par ailleurs dans un article de Closer en mars 2017 qui ne citait pas Damien Abad. 

Comment dès lors expliquer ce défaut d'information d'Élisabeth Borne concernant sa propre équipe ? Et cette asymétrie entre l'Élysée et Matignon ?  "Qu'on ne me dise pas que quand on nomme un ministre qui a eu ce genre d'article, la Première ministre, le président de la République ne sont pas au courant", s'est ainsi délecté le patron des sénateurs LR Bruno Retailleau mercredi sur France Inter le 25 mai dernier. 

De quoi peut-être expliquer l'agacement manifeste d'Élisabeth Borne qui a reçu Damien Abad dimanche 22 mai dernier. "Elle ne fait pas dans la dentelle, si elle a une conviction, elle n'hésitera pas à trancher", confirme un ministre. Qui se désole aussi de la séquence : "politiquement, ça pollue". 

La présentation des mesures pour faire face à l'inflation abrégée à cause de la période de réserve

À cela s'ajoute des annonces fluctuantes sur l'arrivée du paquet de mesures pour faire face à l'inflation, alors que le sujet du pouvoir d'achat est le nœud des élections législatives des 12 et 19 juin prochains. Un sujet qu'Élisabeth Borne qualifie de la "première" des urgences des Français à l'issue de la réunion avec ses ministres de ce vendredi 27 mai. Désireux de montrer qu'il veut répondre à "l'urgence", le gouvernement, par la voix de sa porte-parole Olivia Grégoire, a avancé l'idée lundi 23 mai d'un "premier projet de loi (...) adopté en Conseil des ministres avant les élections législatives". 

Un calendrier sur lequel il a fallu rétropédaler et apporter des précisions. Ce seront finalement deux projets de loi dont l'un portant sur les mesures, l'autre sur leur financement, qui seront présentés après les législatives, l'exécutif se cantonnant à une simple "communication" en Conseil des ministres en amont du scrutin. Mais, période de réserve oblige, "il n'y aura pas de montant précis" dévoilé, selon une source gouvernementale, mais seulement "la philosophie, les modalités" des mesures.  

Déjà dans la tempête, Élisabeth Borne poursuit en parallèle son installation. En recevant notamment en bilatérales tous les partenaires sociaux, dont le patron de la CFDT Laurent Berger mardi, préfiguration d'autres secousses à venir avec l'inflammable réforme des retraites. Sur ce point, là aussi le flou demeure, alors qu'Emmanuel Macron avait assuré vouloir agir rapidement. "On va temporiser. Parce qu'il y a la nouvelle méthode de concertation, je ne suis pas sûr que ça se fasse tout de suite", glisse un ministre. 

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