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Édouard Philippe et Gabriel Attal, à Saint-Denis le 6 avril 2025
Crédit : Thomas SAMSON / AFP
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Ils revendiquent le même espace politique mais il n'y aura peut-être pas de place pour deux dans la course pour l'Élysée. Édouard Philippe et Gabriel Attal avancent leurs pions en vue de l'élection présidentielle de 2027. Tous deux sont anciens Premiers ministres, tous deux ont émergé avec l'arrivée d'Emmanuel Macron au pouvoir et tous deux se revendiquent d'un bloc central. À en croire la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, "les électeurs de Gabriel Attal, d'Édouard Philippe et d'une partie des Républicains sont sensiblement les mêmes". Selon elle, ils partagent "un corpus idéologique commun".
Selon un sondage Elabe pour BFMTV publié mercredi 28 janvier, les électeurs qui ont voté pour Ensemble lors des législatives de 2024 croient en Gabriel Attal à 42% pour représenter ce fameux bloc central. Ils sont 40% à plébisciter Édouard Philippe. Suivent ensuite Sébastien Lecornu, qui s'est toujours dit à distance de toutes ambitions présidentielles, à la troisième place avec 30% des intentions de vote, et le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, avec 20%.
Si Édouard Philippe a déjà déclaré sa candidature, Gabriel Attal lui se montre plus patient, même s'il n'y a guère de doutes sur ses ambitions présidentielles. Mais tous les deux ont un point commun : ils tentent de se détacher du macronisme pour incarner un nouvel élan, sans pour autant renier ces dix dernières années.
Le point d'orgue de cette stratégie pour Édouard Philippe a été marqué par une coupure nette et franche. L'ancien Premier ministre a demandé l'organisation d'une présidentielle anticipée, appelant même au départ d'Emmanuel Macron avant la fin de son mandat en 2027. Avec cette phrase qui sonnait comme une prise définitive d'indépendance : "Je ne lui dois rien". Une proposition qui a entrainé un décrochage dans les sondages d'opinion. Une période "qui n'était pas facile" sur le terrain, comme le confie un membre d'Horizons ,"et c'est peu de le dire", ajoute-t-il à RTL.fr. "C'est un poison lent", estimait un élu EPR.
Édouard Philippe a depuis réajusté sa ligne. Lors de son entrée en campagne pour les municipales au Havre le 28 janvier, le Premier ministre a esquissé un mea culpa à destination du président de la République et de ses potentiels électeurs froissés. "Pendant trois ans, j'ai essayé d'être maire du Havre entre 2017 et 2020, puisqu'il n'en réchappe à personne qu'à ce moment-là, j'étais Premier ministre et que le président de la République m'a fait l'honneur de me nommer. Je lui dois ça et parfois je m'exprime de façon trop brutale. Je ne devrais pas", a déclaré le candidat. "Il m'a fait l'honneur de me proposer de servir mon pays pendant trois ans à Matignon, ce que j'ai fait avec à la fois plaisir dans une période qui n'a pas toujours été facile, mais j'ai beaucoup appris, beaucoup, et j'ai fait de mon mieux", ajoutait-il.
Désormais, l'ancien Premier ministre se "concentre sur son programme", à en croire un élu Horizons. "Édouard Philippe sait exactement ce qu'il fait. Il ne subit pas. S'il est silencieux, c'est qu'il a ses raisons", défend-t-il à RTL.fr.
La rupture entre Emmanuel Macron et Gabriel Attal ne s'est pas faite sur le terrain des mots. Elle a été actée dès la dissolution puisqu'elle a entrainé la chute du gouvernement dont Gabriel Attal était le Premier ministre. En octobre dernier, après la démission de Sébastien Lecornu, pourtant fraîchement nommé à Matignon, puis son maintien par Emmanuel Macron, Gabriel Attal passait à l'offensive : "Je ne comprends plus les décisions du président de la République". Selon lui, elles "donnent le sentiment d'une forme d'acharnement à vouloir garder la main". Et d'ajouter : "Il faut maintenant partager le pouvoir".
Depuis, Gabriel Attal s'attèle à estomper discrètement mais surement l'héritage d'Emmanuel Macron. À commencer par son parti dont il a repris les rênes. "Les jeunes avec Macron" s'appellent désormais "Les Jeunes en Marche" et "Renaissance" sera rebaptisé "Nouvelle République", selon nos informations. Le patron des députés Ensemble pour la République s'est aussi disputé la paternité d'une mesure phare avec Emmanuel Macron : l'interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans. Un coup avec le chef de l'État, un coup contre le chef de l'État, puisque Gabriel Attal a aussi soutenu l'action d'Emmanuel Macron face à Donald Trump en parallèle.
"En parlant régulièrement du président de la République, Donald Trump montre que sur les questions internationales, la France a une parole qui est entendue", soulignait-il sur Franceinfo. Et quand l'ancien Premier ministre apporte un soutien au président, il en profité surtout pour tacler son prédécesseur à Matignon. "Imaginez vous si, en novembre dernier, comme cela lui était demandé par certains, le président avait annoncé qu'il démissionnerait au lendemain des municipales, c'est à dire en avril. Toute la période entre les deux, c'est à dire en ce moment, le président de la République aurait été vu à l'étranger comme un président sur le départ. Et donc sa parole aurait évidemment beaucoup moins de poids", insistait-il.
La campagne n'est pas encore lancée mais "le duel s'installe", comme le soulignait dans un entretien à Challenges publié le 28 janvier Frédéric Dabi, directeur général de l'Ifop. Selon lui, "ce ne sera pas une lutte à mort, comme celle qui avait opposé Jacques Chirac à Edouard Balladur en 1995 ou Dominique de Villepin à Nicolas Sarkozy entre 2005 et 2007". Plutôt une bataille "à bas bruit". "Pour l’instant, Édouard Philippe a pris une longueur d’avance, notamment parce qu’il performe mieux au sein de l’électorat LR, qui ne l’a jamais lâché depuis son passage à Matignon. Mais Gabriel Attal n’a pas dit son dernier mot, et s’apprête à livrer une guerre de mouvement en s’appuyant sur ses qualités : le dynamisme, la proximité, la réactivité. Rien n’est joué", analyse-t-il.
Les deux hommes pourraient être départagés par une primaire. Si Édouard Philippe a assuré ne pas en vouloir, Gabriel Attal lui laisse planer le doute. Il n'a "jamais exclu cette possibilité-là", indiquait-il le 27 janvier.
Côté Les Républicains, l'une des composantes du socle commun, on peine à voir Édouard Philippe comme le candidat de ce bloc. "J'ai vu en direct la rupture entre Édouard Philippe et Les Républicains en 2017 quand il a rejoint Emmanuel Macron. Et c'était définitif. Maintenant, il ne peut pas gagner tout seul...", assure un élu Les Républicains à RTL.fr qui plaide pour une primaire de la droite et du centre sur le modèle de celle de 2016. Même argument pour Gabriel Attal dont la candidature fait craindre chez LR une division des voix pour l'élection présidentielle. "Tous ceux qui ont été plus ou moins proches du président de la République sont lestés par la situation. C’est Squid Game : il faut juste ne pas se tuer", résume un ancien ministre à RTL.fr.
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