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Tariq Ramadan dépose plainte contre ses trois accusatrices françaises

INFO RTL - Le prédicateur suisse affirme que les trois femmes qui l’accusent de viol en France ont volontairement menti et que leurs relations sexuelles étaient librement consenties.

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Tariq Ramadan dépose plainte en "dénonciation calomnieuse" contre ses trois accusatrices françaises Crédit Image : Michel Spingler/AP/SIPA | Crédit Média : Thomas Prouteau / RTL | Durée : | Date : La page de l'émission
Thomas Prouteau édité par Eléanor Douet

Cela était annoncé depuis plusieurs mois par ses avocats, Tariq Ramadan a finalement déposé vendredi 22 février trois séries de plaintes pour "dénonciation calomnieuse" et "dénonciation d’une infraction imaginaire", à Montpellier, Rouen et Lille, villes de résidence de ses accusatrices, selon les informations de RTL.

Tariq Ramadan dépose aussi bien plainte contre les accusations de "Christelle*" et de Henda Ayari, pour lesquelles il est mis en examen, que contre celles de Mounia Rabbouj, dont la plainte pour neuf viols n’a pas donné lieu à ce jour à des poursuites par les juges d’instruction.

Acculé cet automne à admettre devant les juges une relation sexuelle avec "Christelle" qu’il avait toujours niée, l’islamologue multiplie désormais les démarches offensives pour fragiliser les accusations des plaignantes et imposer sa version des faits, en l’espèce des relations sexuelles violentes mais totalement consenties.

Dans les plaintes que RTL a pu consulter, Emmanuel Marsigny, l’avocat de Tariq Ramadan, se livre donc à un réquisitoire en règle contre les "fausses accusations de viol" dont son client serait l’objet, en s’appuyant sur les résultats provisoires de l’enquête menée par la brigade criminelle de la PJ parisienne.

Le témoignage de "Christelle" mis à mal par une expertise

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Concernant "Christelle", la femme qui affirme avoir été violée dans un hôtel de Lyon le 9 octobre 2009 avant une conférence de l’islamologue, la plainte dénonce à la fois le récit et la chronologie des faits livrés par la plaignante. Dans son témoignage, "Christelle" raconte avoir été violée, humiliée et frappée en début de soirée, puis séquestrée dans sa chambre d’hôtel pendant que Tariq Ramadan partait faire sa conférence.

Or une expertise récente, ordonnée par le juge d’instruction, vient appuyer l’hypothèse que "Christelle" aurait pu se trouver à la conférence. Le visage d’une femme, repéré par les avocats de Ramadan dans une photo du public, a été comparé avec des clichés d’époque de la plaignante par l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale.

Les conclusions de l’expertise considèrent avec un indice de confiance "modéré à fort" que les deux visages sont les mêmes. "Christelle" a toujours démenti formellement sa présence avec force, et encore récemment dans un interrogatoire de la juge d’instruction, mais fort de cette expertise, l’avocat de Tariq Ramadan considère désormais comme acquis qu’elle a menti et que tout le récit de la soirée s’en trouve discrédité.

La plainte pour "dénonciation calomnieuse" s’appuie également sur un SMS, connu depuis plusieurs mois, où "Christelle" écrit : "Si je n’avais pas aimé je serais partie". Selon la plaignante, il a été envoyé deux mois avant la nuit du viol, dans le contexte d’un échange de sextos alors Tariq Ramadan la draguait par messages interposés.

L’islamologue affirme qu’il a été écrit le lendemain des faits, ce qui là encore fragilise la thèse du viol. Or la brigade criminelle écrit dans ses conclusions récentes qu'"il semble que le SMS ait été envoyé après les faits".

Des mails envoyés à Tariq Ramadan fragilisent la version d'Henda Ayari

Concernant Henda Ayari, qui affirme avoir été violée elle aussi dans un hôtel, mais à Paris et en 2012, la plainte s’appuie essentiellement sur un échange de mails consécutifs à la nuit visée par la plaignante, où elle écrit notamment : "Tu sais que j’ai beaucoup aimé… J’espère que tu as gardé un bon souvenir de moi comme moi de toi, même si c'était court".

Dans ses conclusions récentes, la brigade criminelle écrit que ces messages "mettent à mal les déclarations et les accusations de la plaignante". La plainte de Tariq Ramadan relève également que Henda Ayari, après cette nuit de 2012, "n’a de cesse de lui écrire et de le solliciter pour avoir des rapports sexuels, et cela jusqu’en 2014".

"Une relation consentie mais pas voulue", pour Mounia Rabbouj

Concernant enfin Mounia Rabbouj, qui accuse Tariq Ramadan de neuf viols entre 2013 et 2014 à Paris, Lille, Bruxelles et Londres, la plainte s’appuie d’une part sur les centaines de vidéos et de messages à caractères sexuels librement échangés pendant toute la période entre les deux amants.

D’autre part, sur des écoutes téléphoniques postérieures à la plainte où Mounia Rabbouj explique à un interlocuteur inconnu qu’elle ne voulait pas porter plainte pour viols mais qu’elle a été manipulée, qu’elle veut retirer sa plainte qu’elle "dira qu’elle a menti". Et sur une déclaration devant les juges le 12 décembre dernier où Munia Rabbuj déclare : "C‘était une relation consentie mais pas voulue". 

Dix huit mois d'affrontement judiciaire

Ces trois plaintes déposées par Tariq Ramadan, libéré de prison en octobre et placé depuis sous contrôle judiciaire en région parisienne, n’auront pour l’heure aucun effet sur la procédure. La "dénonciation calomnieuse" ne peut en effet être instruite que si la justice prononce un non-lieu, une relaxe ou un acquittement concernant les accusations initiales.

Or l’instruction des plaintes se poursuit et Tariq Ramadan est toujours mis en examen pour viol en ce qui concerne "Christelle" et Henda Ayari. Le 14 mars prochain la justice se prononcera d’ailleurs sur deux nouvelles demandes de "démise en examen" déposées par l’islamologue - et qui reposent sur les mêmes arguments que ces plaintes pour dénonciation calomnieuse.

Mais rien ne dit que la chambre de l’instruction lui donnera raison. Seulement pour les plaignantes, c’est une pression supplémentaire dans un dossier où les parties s’affrontent durement depuis plus de 18 mois.

Pour Me Szpiner, ces plaintes pour "détourner l'attention

Pour Me Francis Szpiner, l'avocat de deux des plaignantes, contacté par RTL, ces accusations contre les quatre victimes constituent "une gesticulation médiatique et judiciaire destinée à détourner l'attention"

Confiant dans le fait que ces plaintes "ne pourront pas prospérer", car "il faudrait démontrer que les faits sont faux, donc que l'instruction soit terminée, et qualifiés de faux par les juges", l'avocat dit attendre la conclusion de l'instruction "avec sérénité".

Il revient également sur la personnalité de Tariq Ramadan : "Je rappelle que, si quelqu'un a beaucoup menti c'est monsieur Ramadan, qui ne connaissait pas ces femmes, les traitait de menteuses, de mythomanes, pour finalement reconnaître qu'il avait eu des relations sexuelles avec elles mais qu'elles étaient consenties (...) Nous avons affaire à quelqu'un dont l'instruction démontre qu'il est un prédateur, qu'il a des pratiques violentes, méprisantes et humiliantes pour les femmes".

*Nom d'emprunt

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