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"On avait un doute sur le fait que les reliques soient authentiques" : ce médecin légiste a autopsié les restes d'Adolf Hitler

Philippe Charlier, médecin légiste, anthropologue et archéologue, utilise ses compétences pour faire parler les morts. De Henri IV à Picasso, en passant par Hitler, il raconte son exploration de l'Histoire à travers les restes humains.

Philippe Charlier, médecin légiste dans "Un jour, une vie" sur RTL

Crédit : RTL

Philippe Charlier, le médecin légiste qui autopsie les plus grands personnages de l'Histoire

00:23:20

Alban Tardy

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Philippe Charlier se définit comme un explorateur des corps, appliquant des méthodes scientifiques rigoureuses pour reconstituer les vies de personnages historiques. Son travail ne se limite pas aux enquêtes judiciaires, mais s'étend à l'analyse de figures emblématiques de l'Histoire. "Mon métier, c'est faire parler les morts", explique-t-il.

Dans ce travail hors du commun, le médecin, invité de Un jour, une vie souligne l'importance d'un élément en particulier dans l'analyse des corps humains : les cheveux. Ils constituent en effet de véritables archives biologiques, et permettent à Philippe Charlier de remonter le temps pour découvrir des détails intimes sur la vie des individus. Il arrive par exemple à déterminer l'exposition à des substances toxiques et peut reconstituer des habitudes de vie : "Avec une mèche de vos cheveux, on pourrait dire le nombre de cafés que vous avez bu chaque matin depuis 3 ans", précise-t-il à Faustine Bollaert. 

Cette passion pour l'autopsie, Philippe l'éprouve depuis sa tendre enfance. Alors qu'il n'a que 7 ans, il voyage à Pompéi, la ville détruite par l'éruption du Vésuve, et développe une fascination pour les morts et ce qu'ils peuvent dire du passé : "j'ai vu ces squelettes recouverts de plâtre semblables à des fantômes. Pour moi, c'était un véritable voyage dans le temps", raconte-t-il au micro de RTL. Un engouement qui va le suivre au fil des années, jusqu'au moment des études : "je voulais faire médecine, mais je tenais aussi absolument à faire de l'archéologie." 

De multiples connaissances sur les morts… et sur les vivants

Une vraie vocation, qui lui permet aujourd'hui d'avoir de multiples connaissances sur les morts… et sur les vivants ! Le médecin explique que son travail lui permet de déterminer une grande quantité d'éléments sur les maladies, les infections que l'on peut contracter en 2026 : "On sait que le virus de telle chose va aller dans telle direction. Ça nous permet d'anticiper, d'avoir toujours un coup d'avance", explique-t-il. 

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Grâce à ces informations sur le corps humain, Philippe peut par exemple affirmer qu'il serait extrêmement compliqué de vivre au 18ème siècle pour un être humain du 21è siècle. L'anthropologue montre notamment que le métabolisme d'une personne en 2026 est adaptée à une vie de son époque, mais absolument pas aux conditions de vie sous Napoléon Bonaparte : "Si je vous ramène au temps des calèches, vous allez avoir une diarrhée monumentale, une grosse infection et vous ne tiendrez pas plus de deux jours", note-il avec humour.

L'occasion pour le médecin d'évoquer son travail actuel sur les cheveux de Robespierre, qu'il a brigué lors de ventes aux enchères. "C'est le moment où ses cheveux ont été coupés qui va beaucoup compter. Est-ce que c'est au moment de son passage en guillotine ? Il y a tout un travail à la fois historique et scientifique".

Un travail d'analyse au cœur de l'histoire

Parmi ses travaux les plus marquants, Philippe a notamment pu étudier les restes d'Adolf d'Hitler. La raison : "On avait un doute sur le fait que les reliques conservées à Moscou soient authentiques ou pas". Un travail évidemment particulier, qui a permis au médecin de déceler plusieurs détails sur la santé du dictateur : "Grâce à sa dentition, on a pu déterminer un régime strictement végétarien, une prise de médicaments, de l'argile en l'occurrence, parce qu'il avait des brûlures d'estomac". Cette analyse a particulièrement marqué l'anthropologue, qui a dû travailler avec le corps d'un des personnages les plus horribles du 20ème siècle : "En tant que médecin, on n'aime pas tous ces patients, et lui en l'occurrence, c'est une abomination complète. Mais même si ce type est une ordure absolue, il y avait une vraie gageur à la fois scientifique et historique", confie-t-il à Faustine. 

Le médecin a également mis en lumière des faux historiques, comme les prétendues reliques de Jeanne d'Arc, qui se sont avérées être des fragments de momies égyptiennes : "C'est un apothicaire qui va récupérer dans sa pharmacie des fragments de momies qu'on prenait à l'époque pour arrêter les saignements. Il va mettre ça dans un bocal et il va faire croire à tout le monde que ce sont les reliques de Jeanne d'Arc". Philippe a pu travailler avec des corps plus ou moins connus durant sa carrière, mais certains personnages historiques ont aidé le travail de l'anthropologue : "Picasso, qui était très superstitieux, envoyait des morceaux de ses ongles, de ses cheveux et même de la peau de ses croûtes de pied à sa femme. Ca nous a permis de rentrer vraiment dans la vie quotidienne et dans l'intimité du peintre, de savoir ce qu'il mangeait, ses habitudes, etc.." raconte-t-il. 

À travers ses recherches, Philippe Charlier a pu mettre en évidence la fragilité et la résilience des êtres humains. Ses études sur des personnages comme Agnès Sorel et Diane de Poitiers révèlent les dangers des pratiques médicales anciennes. Passionné par son métier, qui lui permet de "voyager dans le temps", le médecin a pour projet de créer un musée et un centre de recherche où l'on pourra observer tous ces patients et découvrir toutes les études scientifiques qu'il a mené jusqu'alors. Une belle idée, permettant de dédramatiser la mort et de rendre accessible cette discipline encore méconnue de la paléopathologie

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