4 min de lecture Année 2017

2017 signe la fin (territoriale) de l'État islamique

RÉCIT - Avec les batailles des Kurdes, de l'armée irakienne, des alliés de Bachar al-Assad et de la coalition internationale, Daesh a vu son territoire diminuer de jour en jour, pour finir par disparaître sur place. La bataille idéologique, elle, est loin d'être gagnée.

Des forces de l'antiterrorisme irakiennes brandissent un drapeau de Daesh à l'envers dans la vieille ville de Mossoul, le 2 juillet 2017
Des forces de l'antiterrorisme irakiennes brandissent un drapeau de Daesh à l'envers dans la vieille ville de Mossoul, le 2 juillet 2017 Crédit : AHMAD AL-RUBAYE / AFP
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Cécile De Sèze
Journaliste RTL

L'État islamique en Irak et au Levant proclame l'instauration d'un califat dirigé par un chef, Abou Bakr al-Baghdadi. Nous sommes le 29 juin 2014. À l'époque, la communauté internationale est loin d'imaginer de quoi il est capable. Personne ne se doute de la répercussion internationale de cette fracture entre les nouveaux jihadistes de Daesh et la branche irakienne d'al-Qaïda. Cet État autoproclamé va s'installer politiquement, administrativement, territorialement, militairement et surtout idéologiquement, et ce bien au-delà des frontières irakiennes et syriennes. 

Une capitale syrienne : Raqqa. Une capitale irakienne : Mossoul. Police, justice, commerces, écoles, hôpitaux... Les jihadistes du califat organisent le tout à la manière d'un état ordinaire, sauf qu'il répond strictement aux lois islamiques, régit par la chariaLe quotidien des habitants qui n'ont pas pu fuir avant la prise des zones s'assombrit sous une dictature islamiste intransigeante. 

La fin d'un règne de la terreur

Homosexuels jetés des toits, mains coupées, habitants fouettés en place publique, rues décorées de têtes humaines sur des pics... Daesh terrorise. Il veut mettre en application des préceptes salafistes à la lettre, au plus près des textes du Coran et des hadiths. Contre ses ennemis, avec ses otages, l'organisation ne respecte pas non plus les règles internationales. 

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Décapitations et otages brûlés vifs, exécutions par des enfants, rapts de toute une population yézidie, massacrée ou réduite en esclavage, le tout mis en scène dans des vidéos de propagande produites à la sauce des gros films américains, participent à la notoriété mondiale du groupe terroriste. Il parvient à attirer des milliers de nouveaux combattants étrangers, dont beaucoup de Français. Certains iront se former là-bas pour revenir massacrer leurs concitoyens, comme le soir tragique du 13 novembre 2015.

D'abord, la chute de Mossoul en Irak

Début 2016, soit deux ans après son installation, les terres du califat s'étendent sur 78.000 km². Un an plus tard, le territoire s'établit sur 60.400 km² selon le cabinet d'analyse IHS Markit, soit une perte de 23% de son étendue. Après de nombreuses défaites en 2016, la chute de Daesh se poursuit en 2017. Et le recul continue, que ce soit face aux Kurdes, à l'armée irakienne, à la coalition internationale menée par les États-Unis ou aux alliés iraniens et russes du régime syrien.

En Irak d'abord. Le 10 juillet 2017, l'armée nationale annonce la libération du fief de l'État islamique. L'organisation "perd son poumon économique" avec cette défaite, explique Jean-Charles Brisard à RTL. La prise de Mossoul est hautement symbolique puisqu'il s'agit de la deuxième plus grande ville d'Irak. Mais le spécialiste en antiterrorisme rappelle que la "guerre est loin d'être finie" puisqu'il reste encore des villes à prendre à la fois en Irak et en Syrie. Cependant, c'est le début de la fin, du moins territoriale, de Daesh.

Les défaites s'enchaînent avec Raqqa et Deir Ezzor

À la même époque, en Syrie, la coalition encercle Raqqa et ses jihadistes. Les terroristes se servent lâchement des civils comme de boucliers humains pour éviter les bombardements sur les points stratégiques. Ce qui n'empêche pas les forces anti-Daesh de pénètrer dans la ville truffée de mines pour annoncer la libération de l'ancien fief syrien le 17 octobre 2017. Mais les lions du califat n'ont pas dit leur dernier mot et sont toujours présents sur le territoire, malgré les pertes de leurs capitales.

La bataille de Deir Ezzor sera éminemment stratégique. Menée début septembre par les forces du régime syrien, elle marque un tournant pour le groupe terroriste. Après Deir Ezzor, il n'aura plus de main mise sur la région de l'Euphrate qui était pourtant "leur point fort", selon Gérard Chaliand, interrogé à l'époque par RTL.fr. "C'est la quasi défaite des troupes de l'EI en Syrie", a-t-il ajouté.

Les combats continuent

Le 9 décembre 2017, le Premier ministre irakien proclame la "fin de la guerre" contre l'EI en Irak. En Syrie, les villes tenues par les jihadistes ont été libérées. Mais les combats sur le terrain perdurent, malgré l'annonce victorieuse de Vladimir Poutine le lendemain de la déclaration irakienne. "Les jihadistes de l'État islamique continuent de tenir huit zones entre la Syrie et l'Irak (...) donc ce n'est pas du tout la fin des combats", expliquait Wassim Nasr, auteur de L'État islamique, le fait accompli, sur France 24 le 11 décembre dernier. De plus, sur place les experts estiment que l'EI garde une capacité de nuisance, relate l'AFP.

Et pas seulement sur place. Les chutes des fiefs de Daesh impliquent la fuite de ses combattants, notamment étrangers. Nombre d'entre eux rentrent alors dans leur pays d'origine, mais n'ont pas abandonné en chemin leur idéologie radicale. Certains espèrent y commettre des attentats, même s'ils sont systématiquement placés en détention.

L'idéologie jihadiste loin d'être vaincue

La véritable force de l'État islamique n'est toutefois pas son aspect militaire. Le président du Centre d'Analyse du Terrorisme, Jean-Charles Brisard, doute que "l'on puisse venir à bout de cette organisation et surtout de son idéologie". "On porte un coup à Daesh territorial, administratif, pour autant il y a toujours l'État islamique virtuel sur internet, celui qui recrute, celui qui inspire les attentats, et celui-là il faudra sans doute plusieurs générations pour le voir disparaître", explique-t-il.

Cette idéologie n'est pas uniquement portée par la voix de Daesh. Considérée comme "plus intelligente, mieux structurée, plus crédible", par de nombreuses personnes comme l'indique Charles Lister, chercheur au Middle East Institute, dans Foreign Policy, al-Qaïda attire toujours des combattants. Rappelons que les frères Kouachi qui ont commis les attentats à Paris contre Charlie Hebdo se sont revendiqués de la branche yéménite de l'organisation.

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2017-12-27 07:10:00
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