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Coronavirus : qui sont les décrocheurs, victimes du confinement des écoles ?

REPORTAGE - De nombreux enfants souffrent de la fermeture des écoles. En Île-de-France, faute de moyens, de nombreux élèves sont dans l'incapacité de poursuivre leur scolarité.

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Coronavirus : qui sont les décrocheurs, victimes du confinement des écoles ? Crédit Image : ALESSANDRO RAMPAZZO / AFP | Crédit Média : Nicolas Burnens / RTL | Durée : | Date : La page de l'émission
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Nicolas Burnens édité par Paul Turban

Ils sont des victimes collatérales et invisibles du confinement. En France, des milliers d'enfants sont en train de perdre le fil de l’école, en raison de la fermeture des établissements scolaires, en particulier dans les quartiers populaires d’Île-de-France. 4 % des élèves seraient même injoignables, selon le ministère de l’Éducation.


Dans le Val-d’Oise, dans un des quartiers populaires d’Argenteuil, peu d’élèves ont repris le chemin de l’école. Dans les tours d’immeubles, l’éducation repose souvent sur un vieux smartphone, que l’on se repasse entre frères et sœurs, depuis la fermeture des écoles.

Méissa, 12 ans, étudie dans sa chambre, sans imprimante et sans ordinateur. "Les profs m'envoient un lien, je clique sur le lien, ça m'emmène directement sur la page d'exercice, détaille-t-elle. Et après, je le fais, je remplis. Je n'ai pas d'imprimante, donc à chaque fois, je suis obligé d'écrire. Ça saoule."

Des élèves perdus...

Après plus de deux mois, sans avoir vu de professeur, l’adolescente perd le fil avec l’école. "D'habitude, quand on est en classe, il y a le prof qui est là pour nous aider, explique Méissa. Quand là, on fait à la maison, il n'est pas là pour nous expliquer." Elle reconnaît n'être "pas trop" rigoureuse.

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"Tous mes camarades sont comme moi, ils sont perdus, ils sont démotivés, selon la jeune fille. Quand on est à l'école, tous les jours, on a l'habitude. Là, c'est comme si on allait arrêter l'école." Méissa ne fait ses devoirs qu’un jour sur deux. Elle ne donne pas toujours de nouvelles à son professeur.

... et des parents désemparés

Sabrina, sa maman, reconnaît être dépassée par la situation. "Parfois, il y a des devoirs qu'il faut rendre en temps et en heure, mais parfois, on a pas la capacité de le faire parce qu'on n'a pas les moyens, regrette-t-elle. On ne comprend pas le devoir en lui-même. Internet a été coupé pendant un mois. Le temps pour eux paraît long. On a arrêté l'école au mois de mars. Ce n'est pas évident."

Dans ce quartier, des dizaines d’élèves suivent un programme spécifique contre le décrochage scolaire et sont donc prioritaires au retour en classe. Mais Nabilla, mère de trois enfants, a trop peur du virus.

"Ils disent qu'ils vont se mettre à un mètre, qu'il n'y aura que 13 enfants dans une classe, raconte-t-elle. On ne sait pas si les professeurs ne l'ont pas eux-mêmes. Les enfants vont rentrer chez nous, on va l'attraper, c'est compliqué. On n'était pas préparé à cela en tant que parents." Elle ne remettra donc pas sa fille, au collège, avant la rentrée de septembre, au risque d’un retard dans son apprentissage.

Des associations à la rescousse

A Argenteuil, une association nommée "La Dictée pour Tous" s’est donc donné comme objectif de tout faire pour éviter que les enfants décrochent. Chaque semaine, son fondateur, Abdellah Boudour, fait le tour des familles, pour distribuer des cahiers d’exercices et du matériel informatique. 

Dans un minuscule salon, 4 enfants regardent la télévision, alors que les plus grands font leurs leçons. La mère de famille n’avait pas d’ordinateurs jusque-là. "C'était un peu compliqué pour faire les devoirs, raconte-t-elle. Avec ces équipements, on va voir ce qu'on peut faire pour que ça s'améliore un peu."

Depuis le début du confinement, 85 tablettes et 40 ordinateurs portables ont ainsi été distribués à des familles d'Argenteuil.

Un retard qu'il faudra prendre en compte

Ce matériel est financé par des entreprises, l’État et des particuliers. Les bénéficiaires sont désignés par les écoles et les éducateurs. "On a des grandes familles, avec plusieurs enfants, et c'est dur pour les parents qui ne parlent pas trop bien le français, qui n'ont pas un niveau scolaire élevé", explique Abdellah Boudour.

"Il y a de plus en plus d'élèves qui décrochent, ajoute-t-il. On le voit à travers les professeurs. On ne peut envoyer tous ces enfants en classe supérieure qui ont raté deux trimestres." Malgré le déconfinement qui se poursuit, à Argenteuil, sur les 14.000 élèves, 10 % seulement reprendront ce lundi 18 mai au matin le chemin de l’école.

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