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Gérald Darmanin multiplie les prises de parole… au risque de brouiller le débat ?

DÉCRYPTAGE - Le patron de la place Beauvau continue de mettre en place sa stratégie d'hyper-ministre omniprésent sur le terrain et dans les médias. Et prend le risque d'être au centre d'une polémique.

Gérald Darmanin, le 20 octobre 2020
Gérald Darmanin, le 20 octobre 2020 Crédit : Ludovic MARIN / POOL / AFP
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Une polémique le jour d'un hommage national. Gérald Darmanin a déclenché l'ire de ses adversaires politiques et l'incompréhension au sein de son propre camp, ce 21 octobre. Quatre jours après l'assassinat de Samuel Paty près de son collège de Conflans-Sainte-Honorine, le ministre de l'Intérieur a expliqué sur BFMTV être "toujours choqué d'entrer dans un hypermarché, de voir qu'il y avait en arrivant en rayon de telles cuisines communautaires". Avant d'ajouter : "C'est comme ça que ça commence, le communautarisme"

Le lendemain, jour de l'hommage national rendu au professeur d'histoire-géographie, la réponse du porte-parole du gouvernement Gabriel Attal laisse entrevoir des tensions au sein de l'exécutif. "Le jour où la question des rayons de supermarchés sera prioritaire pour le gouvernement, c'est que nous aurons réglé un certain nombre d'autres questions auparavant", a-t-il déclaré lors du compte-rendu du Conseil des ministres. 

Gérald Darmanin est-il dans la surenchère ? Quelques heures après le drame dans les Yvelines, Emmanuel Macron, son ministre de l'Éducation Jean-Michel Blanquer et son ministre de l'Intérieur se sont rendus sur les lieux. Depuis, le président a annoncé des "actions concrètes" afin de lutter contre l'islamisme radical. En charge du dossier en tant que locataire de la place Beauvau, l'élu de Tourcoing a multiplié les interventions médiatiques et de terrain. Avec à chaque fois, son lot d'annonces pouvant créer une certaine confusion.

Un hyper-ministre de l'Intérieur

Dès le 19 octobre, Gérald Darmanin a martelé toute la journée des annonces concernant l'enquête en cours. Il a ainsi annoncé que des opérations de police étaient menées contre des "dizaines d'individus" de la mouvance islamiste et que plus de 80 enquêtes avaient été ouvertes pour haine en ligne. Quelques heures plus tard, le ministre de l'Intérieur a demandé la fermeture de la mosquée de Pantin et a réclamé la dissolution du CCIF et de BarakaCity.

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À cela vient s'ajouter les déclarations sur l'assassinat sauvage de Samuel Paty. "Une fatwa" lancée contre le professeur, a-t-il dénoncé. Gérald Darmanin assume sa stratégie d'hyper ministre de l'Intérieur. "Des opérations de police ont lieu et auront lieu. Elles concernent des dizaines d’individus, pas en lien forcément avec l’enquête mais avec l’envie de faire passer un message", déclarait-il.

Un message rabâché par le ministre de l'Intérieur aussi sur son compte Twitter. Cette stratégie d'omniprésence médiatique et sur le terrain est mise en place depuis son arrivée à Beauvau, mais s'est intensifiée ces derniers jours. Gérald Darmanin devient ainsi plus visible que ses collègues de l'Éducation Jean-Michel Blanquer et de la Justice, Éric Dupond-Moretti, qui sont aussi intervenus dans les médias après l'assassinat de Samuel Paty.

Une accumulation d'annonces... jusqu'à la polémique

En parallèle des propos du ministre de l'Intérieur et des annonces du gouvernement, la France insoumise, Les Républicains, le Rassemblement national ont fait part de leurs mesures à mettre en place pour lutter contre l'islamisme radical. Ce à quoi Gérald Darmanin répondait sur Europe 1 : "L'État de droit répond à la barbarie. J'entends beaucoup de propositions depuis ce week-end mais je trouve que la décence fait partie de l'hygiène républicaine". 

Comme le soulignent nos confrères de Chez Pol, le ministre a poursuivi en voulant prendre ses distances avec la surenchère sécuritaire : "C'est quoi la différence entre les terroristes et les démocrates ? (...) Nous ne mettons pas la liberté dans notre poche et nous n'instaurons pas une dictature pour répondre à une autre dictature. Les démocraties ont eu raison d'Hitler, elles ont eu raison de Staline, elles auront raison de l'islamisme radical, elles auront raison dans l'honneur. Il ne faut pas faire tout le temps du droit, mais il faut respecter le droit".

Mais tout semble se télescoper le 20 octobre. Après avoir évoqué déclenché la polémique à la suite de ses déclarations sur BFMTV, Gérald Darmanin confirme ses propos. "Je n'ai pas un mot à retirer à mes propos, a tweeté le ministre. Pas un. Oui le capitalisme a aussi une responsabilité dans la société, tout ne peut pas faire objet d'argent. Merci d'écouter mes propos en entier. Ils sont éminemment républicains".

Le député LR Éric Ciotti a, lui, apporté son soutien à l'ancien membre de sa famille politique. L'existence de rayons halal "traduit cette lente et certaine dérive communautaire, cette pression communautaire", a-t-il indiqué.

L'entourage du ministre insiste dans Le Parisien sur le caractère "personnel" de ses propos. "Ce qu'il a exprimé, c'est une opinion personnelle et ce n'est pas les consommateurs mais le comportement de certains grands groupes multinationaux qu'il a déploré, ceux qui ne font leur marketing éhonté que sur des rayons, voire des espaces entiers consacrés exclusivement à la vente de produits communautaires", explique-t-on.

Quelques mois plus tôt, Gérald Darmanin s'était lancé dans un bras de fer avec le garde des Sceaux sur l'emploi du mot "ensauvagement". Le premier assumait son "parler vrai". Quant au second, il a dénoncé les "bas instincts" qui "nourrissent le sentiment d'insécurité". 

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