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Le Pen, Mélenchon, Bertrand : ce qu'ils proposent pour lutter contre l'islamisme

ÉCLAIRAGE - Des opérations de police sont menées et se poursuivront dans les prochains jours contre "des dizaines d'individus" de la mouvance islamiste, a annoncé Gérald Darmanin. Le reste de la classe politique multiplie les propositions, trois jours après la mort de Samuel Paty.

Copie de Copie de Design sans titre (3)
Copie de Copie de Design sans titre (3) Crédit : AFP
Marie-Pierre Haddad
et AFP

Des réponses politiques. La classe politique entière a apporté son soutien à la communauté éducative, touchée en plein cœur après l'assassinat de Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine. Son assaillant, un Russe tchétchène de 18 ans né à Moscou, Abdoullakh Anzorov, a été tué de neuf balles par la police.

Emmanuel Macron a promis des "actions concrètes" et souhaite déclaré la "guerre contre des ennemis de l'intérieur". Plusieurs rassemblements comptant des dizaines de milliers de personnes ont eu lieu le 18 octobre à Paris et partout en France en hommage au professeur.

Jean Castex était présent dans le cortège parisien, avec à ses côtés le ministre de l'Éducation Jean-Michel Blanquer et la ministre déléguée à la Citoyenneté Marlène Schiappa. Les patrons de La République En Marche, Stanislas Guerini, de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, du Parti socialiste, Olivier Faure, et d'Europe-Ecologie-Les Verts, Julien Bayou, étaient aussi présents.

LR : épreuve sur la laïcité et service national pour les jeunes

Les Républicains ont fait une série de propositions pour lutter contre l'islamisme et soutenir les enseignants après l'assassinat d'un professeur. "Avec cet attentat, on s'est attaqué au plus sacré de la République : l'école. Ce n'est pas un acte de séparatisme, c'est une déclaration de guerre", estime Damien Abad, le patron des députés LR, dans un entretien au Parisien. Pour "aller plus loin et plus vite" que ce que prévoit le projet de loi sur les séparatismes du gouvernement, il en appelle à "fermer des mosquées et les salles de prière radicalisées" et expulser les imams radicaux étrangers avant même le vote de la loi.

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À l'école, il estime que les élèves à partir du collège devront lors de la rentrée du 2 novembre avoir "des débats sur ce qui s'est passé à Conflans-Sainte-Honorine", pour "crever l'abcès". Le député souhaite aussi la mise en place d'un numéro vert d'urgence relié à une cellule interministérielle Éducation nationale-Intérieur "pour que les enseignants puissent signaler toutes les atteintes à la laïcité qui existent dans nos écoles". Le député, qui souhaite par ailleurs la fin des menus confessionnels à l'école, propose en outre d'"instaurer des cours sur les valeurs de la République et la laïcité et que ces cours soient sanctionnés par une épreuve obligatoire au brevet pour être certain qu'ils soient donnés".

Il faut aussi selon lui "une épreuve de laïcité dans le concours d'enseignant" et "une enquête administrative préalable à l'embauche de tout agent de service public dans les écoles". Hors de l'école, Damien Abad prône "la mise en place pour les jeunes d'un service à la Nation obligatoire de 4 à 6 mois dans les armées, la police, la justice ou les pompiers".

Un RIP pour "mettre la pression au gouvernement" ?

Les Républicains travaillent aussi sur un projet de référendum d'initiative partagée (RIP) pour lutter contre l'islamisme qu'ils déposeront au Parlement s'ils jugent insuffisantes les mesures prises par le gouvernement, a indiqué leur patron Christian Jacob. "C'est un moyen de pression, car c'est une procédure longue, mais quand on est dans l'opposition nous n'avons pas d'autre possibilité", a-t-il expliqué dans l'émission Le Talk du Figaro.fr.  

LR, qui aura un texte prêt "sous 15 jours", "attend de voir si le gouvernement a pris la mesure de la situation et si oui ou non un texte avec des mesures précises va être déposé ou pas", a-t-il dit à propos du projet de loi sur les séparatismes que le gouvernement présentera en conseil des ministres le 9 décembre et qu'il entend "enrichir".

Pécresse : une cellule police-justice de signalement

À droite, Valérie Pécresse a demandé la création de "cellules police-justice" pour qu'enseignants et élèves puissent faire des "signalements" en cas de menace. Comme Les Républicains, la présidente de la région Ile-de-France souhaite "frapper très vite, très fort, il va falloir assurer la protection de nos enseignants". Et "ce n'est pas l'Éducation nationale qui arrivera à le faire, c'est la police et la justice", a-t-elle déclaré sur Europe 1.

"C'est pour cela que je demande une cellule police-justice de signalement" pour "nos enseignants, dès qu'ils font l'objet de menaces, de pressions de la part des élèves ou de leur famille", a-t-elle poursuivi. Ces cellules devraient aussi être à la disposition des élèves, a précisé l'ancienne membre des Républicains, rappelant le cas de Mila, adolescente harcelée pour avoir critiqué l'islam sur les réseaux sociaux

Au-delà, Valérie Pécresse juge qu'"il faut faire reculer l'islamisme, aujourd'hui il est dans nos écoles". "Il faut assumer des principes très forts" et dès la rentrée "le lundi 2 novembre, il devrait y avoir une journée pédagogique entièrement consacrée à la liberté d'expression dans chaque classe", pour pouvoir "parler du droit de caricaturer et montrer des caricatures".

En outre, "on doit interdire toute association qui se réclame de l'islam et qui ne condamnerait pas publiquement ce crime abject" commis vendredi, prône la présidente de région. De même "on doit fermer toute mosquée qui ne condamnerait pas clairement" cette décapitation. 

Bertrand : un référendum sur la laïcité

Organiser un référendum en faveur de la laïcité, durcir les sanctions en cas d'atteinte à ce principe, notamment sur les réseaux sociaux : le président ex-LR des Hauts-de-France Xavier Bertrand veut "entrer en guerre contre les islamistes", après la décapitation d'un enseignant vendredi. "On est à un point de bascule dans notre pays. Les discours, les rassemblements (comme dimanche dans plusieurs villes de France, ndlr), ça a son importance", mais "oui ou non, on entre en guerre contre les islamistes?", a demandé dimanche M. Bertrand lors de l'émission Le Grand Jury RTL/ Le Figaro/ LCI.

"Ce que je propose est une voie très différente" de celle tracée par Emmanuel Macron, dont le discours récent sur les séparatismes "allait dans la bonne direction" mais est "dépassé", estime l'ancien ministre, possible futur candidat à l'élection présidentielle. "Nous prenons conscience que si nous ne mettons pas un coup d'arrêt maintenant, ce sont nos enfants qui pendant 10 ans, 20 ans, 30 ans vont vivre avec le poids des islamistes parce que nous n'aurons pas fait preuve de courage supplémentaire", selon Xavier Bertrand.

Il plaide pour que l'"on mène une véritable offensive républicaine : que la France retrouve toute sa place partout, sur tout le territoire". D'après le président de région, "il faut créer de nouvelles sanctions judiciaires pour celles et ceux qui s'en prennent au principe de laïcité et aux valeurs de la République", par exemple pour les parents d'élèves "qui disent qu'il ne faut pas aller aux cours sur l'histoire de la Shoah", ou pour ceux qui ne respectent pas l'égalité hommes-femmes.

Les sanctions existantes "ne sont pas suffisamment faciles à utiliser", donc "il faut changer le droit", prône-t-il. "Cela passe par une modification de la Constitution sur certains points": il faudrait ainsi par référendum "consacrer le principe de laïcité au même niveau que l'égalité, la liberté, la fraternité". Eric Ciotti (LR) a également suggéré un tel référendum.

Le Pen : "Législation de guerre" et moratoire sur l'immigration

Du côté du Rassemblement nationalMarine Le Pen a demandé la mise en place d'une commission d'enquête parlementaire pour "faire la lumière sur les responsabilités" dans la mort de Samuel Paty. La candidate à la présidentielle et députée du Pas-de-Calais veut "comprendre si, et dans quelles conditions, ce professeur consciencieux, a pu être abandonné par sa hiérarchie, livré à la vindicte de fanatiques religieux, par certains de ses propres collègues, et laissé sans protection par l'État".

"Ces comportements indignes qui rendent ces personnes complices du lynchage qu'il a subi, et peut-être même de son assassinat, ne doivent plus pouvoir se reproduire", a estimé Marine Le Pen, qui demande que "de nombreux établissements scolaires puissent porter (le) nom" de l'enseignant, Samuel Paty. "Il faudra aussi comprendre les défaillances administratives et la responsabilité personnelle éventuelle des agents de l'État ou de services qui ont permis l'admission en France de l'assassin et de sa famille", a ajouté la présidente du Rassemblement national. 

Marine Le Pen a aussi réclamé une "législation de guerre" contre l'islamisme qui s'inscrit à ses yeux dans une "stratégie de reconquête" républicaine et pas seulement "d'endiguement". "L'islamisme est une idéologie belliqueuse dont le moyen de conquête est le terrorisme. Puisque le terrorisme est un acte de guerre, il exige une législation de guerre", a asséné la présidente du Rassemblement national dans une allocution solennelle au siège de son parti à Nanterre.

"Face à une force organisée et déjà installée, prosélyte et conquérante, notre président n'a proposé qu'une insuffisante et anachronique stratégie d'endiguement. La situation appelle une stratégie de reconquête", qui repose "sur trois piliers : la restauration de l'État, la réaffirmation de la République, l'unité de la nation", a estimé la candidate à la présidentielle. Elle a réclamé "un moratoire immédiat sur l'immigration et sur les naturalisations", estimant que "la politique migratoire nourrit le communautarisme, terreau de l'islamisme", et redemandé une "réforme du code de la nationalité". 

Mélenchon : "expulser" les Tchétchènes qui agissent sur le terrain de "l'islamisme politique"

La gauche elle fait face à ses propres démons. "La République s'affaisse" en raison des "discours ambigus" d'un "certain nombre de groupes gauchistes", parmi lesquels des "députés insoumis", a estimé Bernard Cazeneuve. "Je parle bien entendu d'un certain nombre de députés insoumis qui ne se comportent pas de façon républicaine (et) sont grandement responsables de ce qui existe dans ce pays", a jugé l'ancien premier ministre et ministre de l'Intérieur de François Hollande sur France Inter

Jean-Luc Mélenchon a répondu sur BFMTV en jugeant que "tous ces gens se défaussent de leurs propres responsabilités", et en faisant valoir que "ce n'est pas le moment de la dispute". "Une bonne fois pour toutes : Jean-Luc Mélenchon n'est ni islamiste ni gauchiste !", a lancé dans un entretien à Libération lundi le député et numéro deux de LFI Adrien Quatennens. "Nous avons la République au cœur, sans la géométrie variable et les petits arrangements de ceux qui nous insultent !".

Le chef de file de La France insoumise a appelé à "expulser" les Tchétchènes qui agissent sur le terrain de "l'islamisme politique", au surlendemain de la décapitation d'un enseignant dans les Yvelines. "Ils sont arrivés en France car le gouvernement français, qui était très hostile à M. Poutine, les accueillait à bras ouverts", mais désormais, "il faut reprendre un par un tous les dossiers des Tchétchènes présents en France et tous ceux qui ont une activité sur les réseaux sociaux, comme c'était le cas de l'assassin ou d'autres, qui ont des activités de l'islamisme politique (...), doivent être capturés et expulsés", a-t-il estimé en faisant valoir que "la loi le permet".

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