4 min de lecture Islamophobie

Attentat de Conflans : qu'est-ce que le CCIF, association menacée de dissolution par Darmanin ?

ÉCLAIRAGE - Le Collectif contre l'islamophobie en France est accusé d'avoir participé à la campagne de haine dirigée contre Samuel Paty, professeur décapité lors de l'attentat de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines). Il a été désigné comme "ennemi de la République" par Gérald Darmanin.

Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, le 12 juillet 2020, au Mans
Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, le 12 juillet 2020, au Mans Crédit : JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP
Nicolas Marischaël avec sa famille dans son atelier-boutique
La rédaction numérique de RTL

Son acronyme est partout depuis l'attentat survenu vendredi 16 octobre à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines). Le Collectif Contre l’Islamophobie en France (CCIF) est accusé d'avoir participé au harcèlement et aux menaces qui ont conduit à l'assassinat de Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie dans un des collèges de la ville. L'organisation, elle, se défend de toute implication, et regrette d'être associée à ce qu'elle désigne comme une "horreur".

Dans une interview accordée à Europe 1 lundi matin, Gérald Darmanin a désigné le CCIF comme "ennemi de la République" et a fait part de sa volonté de le dissoudre. "Le père qui a lancé une 'fatwa' contre ce professeur fait référence clairement à cette association, c'est une association qui touche des subventions d'État, des déductions fiscales et qui dénonce l'islamophobie d'État", a expliqué le ministère de l'Intérieur. Des propos dans la lignée des accusations portées par Zineb El Rhazoui et la députée Aurore Bergé qui accusent le CCIF d'avoir participé à la "chasse à l'homme" dirigée contre Samuel Paty après que ce professeur a montré les caricatures du prophètes Mahomet en classe.

Contacté par RTL.fr pour réagir à ces accusations, le CCIF n'a pas donné suite à nos sollicitations, mais dans un communiqué publié sur son site internet, l'organisation annonce déposer plainte contre Aurore Bergé et Zineb El Rhazoui. Elle y reconnaît aussi avoir été saisie par un parent d'élève. "Au stade où en était l’affaire ce 16 octobre, l’équipe du CCIF était à l’étape des vérifications d’informations", écrit l'association. "Aucune action n’avait été entamée, et même si cela avait été le cas, c’est l’occasion pour nous de rappeler notre premier principe dans la lutte contre l’islamophobie : la médiation se basant sur le droit."

Défendre les droits des musulmans français

Le CCIF a été fondé en 2000. Dans son manifeste, il se définit comme "une association apolitique et areligieuse" avec pour mission "de combattre l’islamophobie" qu'il définit comme "l’ensemble des actes de discrimination ou de violence contre des individus ou des institutions en raison de leur appartenance réelle ou supposée à l’Islam". L'organisation s'illustre ainsi en s'opposant à la loi de 2004 interdisant le port de signes religieux - dont le port du voile - dans les établissement scolaires et contre la loi de 2010 en dénonçant l'interdiction du voile intégral dans l'espace public. 

À lire aussi
éducation nationale
Lyon : un parent d'élève accuse un prof d'islamophobie, une enquête menée

Mais c'est en 2016 que le CCIF apparaît sur le devant de la scène médiatique en saisissant la justice administrative face à la multiplication des arrêtés municipaux interdisant le burkini sur les plages. Interrogé sur RTL à cette époque, Marwan Muhammad alors directeur de l'association, remplacé par Jawad Bachare depuis, dénonçait une "restriction des libertés fondamentales" des citoyens et citoyennes, et des "mesures discriminatoires" puisque dirigées sans équivoque contre les femmes musulmanes.

Plus récemment le CCIF s'est illustré en accompagnant et soutenant une mère accompagnatrice voilée priée de quitter le conseil régional de Bourgogne-Franche Comté par un élu du Rassemblement national.

Association reconnue par l’ONU

Enregistré comme association de défense des droits humains, le CCIF est partenaire d'autres organisations comme Amnesty International, la Ligue des droits de l'Homme ou même le bureau du Défenseur des droits. Depuis 2011, il est même reconnu internationalement : l'association est enregistrée en tant que membre consultatif auprès du Conseil économique et social des Nations Unies.

Au-delà de son travail de sensibilisation et d'accompagnement juridique, chaque année depuis 2004, l'organisation publie un rapport sur "L'islamophobie en France". Elle y comptabilise les actes anti-musulmans recensés sur le territoire sur la base des témoignages, signalements et demandes de renseignement qu'elle reçoit, et non sur les chiffres officiels du ministère de l'Intérieur, ce qui lui est régulièrement reproché.

Pourquoi le CCIF est-il contesté ?

L'emploi du terme "islamophobie" dans les travaux et missions du CCIF est lui-même source de polémiques. Utilisée par le collectif pour définir les actes racistes perpétrés contre les musulmans, il est revendiqué par certaines personnes pour désigner "la critique de l'islam". "Plutôt qu’islamophobie, il faudrait parler d’actes anti-musulmans et le CCIF ne sera pas 'blanchi' tant qu’il ne sera pas sur le même registre sémantique que la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme, NDLR) ou que la LDH (Ligue des droits de l'Homme, NDRL)", estimait ainsi l'année dernière Bernard Godard, chercheur spécialiste de l'islam de France, auprès de 20 Minutes

Depuis sa fondation, le CCIF est également accusé d'entretenir des liens avec les Frères Musulmans, organisation prônant un islam politique originaire d'Égypte. Des accusations, que les responsables de l'association démentent régulièrement mais qui ont des répercussions significatives sur la portée de ses démarches. L'année dernière par exemple, c'est précisément pour ces raisons que de nombreuses personnalités politiques se sont retirées d'un appel à marcher contre l'islamophobie, dont le CCIF était un des initiateurs.

Selon Bernard Godard interrogé à cette époque par Regards.fr, de telles accusations sont fausses. Le CCIF a été créé indépendamment de l'Union des organisations islamiques en France (UOIF) - devenue aujourd'hui Musulmans de France - qui elle était connue pour ses liens avec les Frères Musulmans. "Dire que les Frères musulmans, aujourd’hui, seraient à la manœuvre (...) C’est dangereux", expliquait-il.

Ces soupçons d'islamisme radical pèsent aujourd'hui sur l'existence du CCIF et celle d'autres associations : Gérald Darmanin a annoncé lundi qu'une cinquantaine d'entre elles étaient ciblées par des opérations. Parmi elles : BarakaCity dont le fondateur Idriss Sihamedi est accusé d'adhérer aux thèses de l'islam radical. En 2019, une enquête qui visait cette organisation caritative pour "financement du terrorisme" et "association de malfaiteurs" avait été classée sans suite.

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Islamophobie Gérald Darmanin Musulmans
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants