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Enseignant tué : Samuel Paty victime d'une "fatwa", qu'est-ce que cela signifie ?

ÉCLAIRAGE - Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a affirmé qu'une "fatwa" a été "manifestement" lancée contre le professeur décapité par un Russe tchéchène.

Rassemblement place de la République à Paris
Rassemblement place de la République à Paris Crédit : Bertrand GUAY / AFP
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Paul Turban Journaliste

Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur, a affirmé ce lundi 19 octobre que le père d'une collégienne de Conflans-Sainte-Honorine et le militant islamiste radical Abdelhakim Sefrioui "ont manifestement lancé une fatwa contre le professeur" décapité ce vendredi 16 octobre, Samuel Paty, bien que l'entourage du ministre précise qu'il s'agit d'une "interprétation" d'une vidéo par Gérald Darmanin. La "fatwa" est ainsi un élément traditionnel de l'islam détourné par les islamistes

La fatwa est "une décision formelle ou une interprétation sur un point de la loi islamique donnée par un juriste qualifié (connu sous le nom de mufti), explique l'Encyclopedia Britannica. Les fatwas sont généralement émises en réponse à des questions d'individus ou de tribunaux islamiques."

Traditionnellement, il s'agit d'un "avis jurisprudentiel", abonde l'Encyclopedia Universalis : "une fatwa sert au juge à se forger une opinion éclairée et à trancher l'affaire qui lui a été présentée." Ainsi, il s'agit souvent d'un avis religieux sur une question précise. Elle n'est pas, à l'origine, une condamnation à mort

"Bien que considérées comme faisant autorité, les fatwas ne sont généralement pas traitées comme des jugements contraignants ; un demandeur qui trouve une fatwa peu convaincante est autorisé à demander un autre avis", précise l'Encyclopedia Britannica

Une nouvelle approche de la fatwa depuis 1989

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En 1989, toutefois, la "fatwa", et plus encore l'expression "lancer une fatwa", a pris un sens nouveau. Cette année-là, l'ayatollah Khomeiny a promulgué une fatwa contre l'écrivain britannique Salman Rushdie, auteur des Versets sataniques, pour blasphème. Toujours d'actualité, celle-ci invite les musulmans à tuer l'auteur. L'autorité de Khomeiny, chiite, est loin d'être reconnue par tous les musulmans. 

"Cette décision est révolutionnaire du point de vue du droit musulman, note l'Encyclopedia Universalis. Elle étend la compétence des docteurs de la loi musulmane aux citoyens d'un État laïque, situé en dehors du dar al-Islam (les territoires traditionnellement considérés comme musulmans). La fatwa de l'imam Khomeyni internationalise un système juridique jusque-là territorialisé, elle 'globalise' le droit musulman, en donnant à la Loi de Dieu un statut de prééminence absolue sur les autres droits, nationaux ou internationaux."

Une pratique qui va à l'encontre de l'islam ?

Depuis, de multiples "fatwas" ont été prononcées contre les journalistes de Charlie Hebdo par exemple, ou encore contre Samuel Paty, l'enseignant assassiné à Conflans-Sainte-Honorine. Toutefois, certains spécialistes du droit en islam estiment que de telles fatwas ne sont pas "légales" même dans le cadre islamique

Ainsi, Jeanne Favret-Saada, qui a beaucoup travaillé sur le blasphème, avait estimé en 2016 sur France culture que "du point de vue du droit musulman, y compris chiite, [la fatwa de Khomeiny est] complètement frauduleuse à mille égards." Selon elle, une fatwa "ne peut en aucun cas être un jugement de mort", jugement qui ne peut être prononcé qu'au tribunal. 

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