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Coronavirus et déconfinement : récit d'une semaine sous haute tension pour l'exécutif

RÉCIT - Écoles, transports, soignants, municipales... Après plusieurs semaines de confinement et tout autant de pistes évoquées pour l'après crise, le gouvernement était attendu au tournant la semaine du 11 mai.

Emmanuel Macron, vêtu d'un masque, dialogue avec des enfants à Poissy mardi 5 mai 2020
Emmanuel Macron, vêtu d'un masque, dialogue avec des enfants à Poissy mardi 5 mai 2020 Crédit : Ian LANGSDON / POOL / AFP
Marie-Pierre Haddad
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Un étrange mélange d'impatience et de crainte. Le lundi 11 mai est rentré dans l'Histoire moderne comme l'instant où la France s'est déconfinée après deux mois de restrictions pour lutter contre l'épidémie de Covid-19. Emmanuel Macron avait fixé le cap du 11 mai, comme un objectif à atteindre, laissant le soin au gouvernement de préparer jusque dans les moindres détails le plan de déconfinement. 

Une "ligne de crête", selon Édouard Philippe. "Un peu trop d’insouciance et c’est l’épidémie qui repart. Un peu trop de prudence et c’est l’ensemble du pays qui s’enfonce", expliquera le premier ministre devant la représentation nationale. La pression et l'impatience des Français sont bien présentes. Trois jours avant le premier jour de déconfinement, la cote de confiance d'Emmanuel Macron a chuté de cinq points (34% des Français interrogés lui font confiance). Celle de son premier ministre s'effrite de deux points (34%), selon un sondage mensuel Elabe. 

C'est donc après des semaines de confinement, de couacs, de conférences de presse, de pistes évoquées et de ministres parfois désavoués que le moment de vérité du 11 mai est arrivé pour l’exécutif. 

L'attente de la décision du Conseil constitutionnel

L'enjeu est tellement crucial qu'Emmanuel Macron avait envisagé de s'exprimer à la veille du déconfinement. Finalement, le président de la République a renoncé à s'adresser à la nation, "pour ne pas en rajouter", raconte Le Point. Mais en ce lundi de reprise, tout le gouvernement est sur le pont : Jean-Michel Blanquer a visité une école dans l'Essonne, Bruno Le Maire s'est rendu sur un chantier à Saint-Germain-en-Laye, Jean-Baptiste Djebbari, le secrétaire d'État en charge des Transports, était à la station de métro Nation à Paris. 

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Tout semble préparé au millimètre près sur le plan de la communication. Pourtant, un premier couac a déjà lieu. Le Conseil constitutionnel n'a pas rendu sa décision concernant le plan de déconfinement du gouvernement. Conséquence : la loi sur l'état d'urgence sanitaire n'est pas promulguée à temps pour la première journée de déconfinement. 

Un moment de flottement qui pouvait entraîner un vide juridique. C'est d'ailleurs afin d'éviter cela, que le premier ministre a envisagé l'option de reporter d'une journée le déconfinement. Mais Emmanuel Macron s'y est opposé, comme l'ont révélé nos confrères du Figaro

L'équation complexe des transports en commun

Sur le terrain, la question des transports en commun a fait couler beaucoup d'encre : nombre de trains, de métros, mesures de distances physiques, désinfection des wagons, distributions des masques, heures de pointe. Si le sujet est aussi sensible, c'est parce qu'il représente à la fois une angoisse pour certains Français et la condition d'un retour au travail et donc d'une amorce de la reprise de la vie économique. 

Selon un sondage CSA, plus de la moitié (54%) de ceux qui comptent continuer à emprunter les transports en commun ont la peur au ventre : 20% l'appréhendent beaucoup, 34% assez, et 24% un peu. Seuls 37% des utilisateurs des transports publics sont sûrs de les reprendre pendant la période de déconfinement, tandis que 23% veulent trouver un mode de déplacement alternatif. 

Les premières images diffusées sur les réseaux sociaux et dans les médias font état de wagons bondés sur la ligne du 13 du métro parisien. Un coup dur en terme de communication pour le gouvernement, déjà critiqué pour avoir décidé de fermer 60 stations dans la capitale. Mais il s'agissait des infiltrations d'eau dues aux fortes précipitations de la nuit qui ont provoqué un ralentissement sur la ligne. Aucun incident majeur n'avait été constaté sur le réseau francilien, tant à la RATP qu'à la SNCF.

L'heure est à l'apaisement au gouvernement. La ministre des Transports Élisabeth Borne et la présidente de la région Île-de-France ont annoncé la volonté de monter l'offre de transports à 100% d'ici le 2 juin

Une reprise de l'école, après des tensions avec les maires

L'autre volet sensible de ce déconfinement a été le retour à l'école pour les maternelles et les classes élémentaires. Environ un million d'enfants ont repris le chemin de l'école. Lavage de mains à répétition, port du masque recommandé pour les enseignants, respect "en permanence" des gestes barrières, limitation du nombre d'élèves par classe : le protocole établi par le gouvernement doit permettre "une remise en marche" de l'école, selon le ministre de l'Éducation.

Ces garanties n'ont pas suffi à rassurer les enseignants et les syndicats qui dénoncent une rentrée "prématurée". Très remontés, les syndicats rappellent que le conseil scientifique chargé d'éclairer le gouvernement s'était lui-même prononcé pour la fermeture des établissements jusqu'en septembre. Début mai, 332 maires de communes d’Île-de-France, dont Anne Hidalgo à Paris, avaient déjà dénoncé dans une tribune commune un "calendrier intenable et irréaliste".

Cette reprise sera aussi marquée par un faux pas de Jean-Michel Blanquer. Le matin même, le ministre a déclaré : "Il y a plus de risques à rester chez soi que d’aller à l’école". Cette phrase a provoqué l'incompréhension sur les réseaux sociaux. Au micro de RTL, l'ancien recteur d’académie persiste et signe : "C'est une phrase que j'assume totalement (...) Toutes les personnes de bonne foi ont parfaitement compris cette phrase". 

Des soignants dans l'attente d'une prime

À chaque jour, son enjeu : Emmanuel Macron préside mercredi 13 mai le premier Conseil des ministres depuis le déconfinement. La prime pour les personnels hospitaliers se fait attendre. Édouard Philippe et le ministre de la Santé Olivier Véran avaient annoncé mi-avril une prime de 1.500 euros nets sans cotisations ni impôts, pour les personnels des hôpitaux "dans les départements les plus touchés". En dehors de ces zones, "les agents ayant travaillé dans les services Covid des hôpitaux de référence percevront également la prime de 1.500 euros", tandis que ceux "des autres services percevront une prime de 500 euros", rappelle le ministère.

Le ministre de la Santé avait affirmé que ces sommes seraient payées "dès le mois de mai", mais le versement reste suspendu à la parution d'un décret en précisant les modalités. Ce texte "est sur le point d'être signé", a assuré la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, évoquant un règlement "sur les paies de mai ou juin".

Une nouvelle qui a éclipsé la volonté d'Emmanuel Macron de faire "que la fête nationale soit une occasion supplémentaire de manifester l'hommage et la reconnaissance de la nation à tous ceux qui se sont engagés dans la lutte contre la Covid-19". La porte-parole a également indiqué qu'une promotion unique de l'Ordre national du mérite et de la Légion d'honneur sera publiée le 1er janvier 2021, et non comme d'usage les 15 mai et 14 juillet, et qu'elle comprendra "une part importante de personnes ayant contribué à la lutte contre le virus à tous les niveaux et dans tous les domaines d'activité".

L'enjeu du deuxième tour des municipales

En filigrane de cette actualité dense pour le gouvernement, reste la question du second tour des élections municipales. La décision sera prise en juin ou son renvoi à l'automne "sera partagée par le gouvernement avec les forces politiques et le Parlement", a indiqué Jacqueline Gourault, la ministre de la Cohésion des territoires.

"Nous attendons le rapport du Conseil scientifique" d'ici le 23 mai, sur lequel le premier ministre va s'appuyer pour décider de la poursuite du processus électoral, a-t-elle rappelé devant la Délégation aux collectivités du Sénat. "Prévu initialement le 22 mars, le second tour, qui concerne environ 5.000 communes, a été reporté au lendemain du premier en raison de la crise sanitaire", rappelle l'AFP.

"On sent bien qu'aujourd'hui, dans la situation où nous sommes au début du déconfinement, un certain nombre de gens ont plutôt l'air de penser que si on pouvait faire les élections avant l'été ce serait une bonne chose", a souligné la ministre. D'autant que "le Conseil d'État a pris position très clairement en disant que si les élections avaient lieu après l'été, il faudrait, pour les communes qui n'ont pas terminé leur élection, refaire deux tours". Seuls 154 conseils communautaires (d'agglomérations, communautés de communes...) sur un total de 1.259 ont été élus au complet le 15 mars et vont pouvoir entrer en fonction avant la fin mai. Le gouvernement pourrait faire face à une semaine tout aussi dense à l'approche du 2 juin, deuxième étape du déconfinement. 

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