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5 solutions pour combattre le sexisme en politique

Le Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes publie lundi 2 mars son rapport intitulé "L'état du sexisme en France". Il y fait une série de recommandations fortes et concrètes pour réduire les inégalités de genre en politique.

Marlène Schiappa à l'Assemblée nationale le 18 juin 2019, à Paris
Marlène Schiappa à l'Assemblée nationale le 18 juin 2019, à Paris Crédit : Eric FEFERBERG / AFP
Marie Zafimehy
Marie Zafimehy

Deux ans et demi après le mouvement #MeToo, le sexisme est toujours criant en France. C'est la conclusion du dernier rapport du Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes (HCE) publié lundi 2 mars. Dans ce document de 150 pages, l'institution dresse un panorama de "L'état du sexisme en France en 2019". Plus spécifiquement, elle dédie toute une partie de son étude au domaine de la politique, décrit comme un "bastion incontesté des hommes". 

Dans cette grande enquête qui se concentre également sur le monde de l'entreprise et le milieu de l'audiovisuel, le HCE fait un constat peu surprenant mais sans appel. "Si le sexisme vécu par les Françaises prend différentes formes (remarques, blagues etc.) il est subi par la quasi-totalité d'entre elles : 99% des femmes disent avoir été victimes d'un acte ou commentaire sexiste en 2019". Une observation d'autant plus flagrante en politique, domaine concernant lequel le HCE n'hésite pas à dénoncer "un fratriarcat" (contraction de "frères" et "patriarcat") ou un "boys' club", c'est-à-dire un groupe fermé réservé aux hommes.

À la veille des élections municipales, le HCE cite ainsi l'enquête #EntenduALaMairie sur les violences sexistes et sexuelles menée par le collectif Nous-Toutes et l'association Élues Locales : 40,1% des personnes ayant répondu ont déclaré subir du sexisme et 29 agressions sexuelles ont été recensées. Face à ce fléau qui gangrène les instances politiques locales mais aussi nationales et internationales, le HCE fait une série de recommandations fortes et concrètes.

1. Aller plus loin avec la parité

Le HCE définit la parité comme "une exigence de justice et de démocratie". Les dispositifs paritaires sont aujourd'hui imposés au niveau local dans les intercommunalités et les communes de plus de 1.000 habitants : pour les élections municipales, chaque liste doit y avoir un nombre égal de candidats et candidates avec une alternance stricte. Le HCE suggère d'aller plus loin et d'étendre les obligations paritaires aux aires géographiques qui n'entrent pas dans cette catégorie, appelées "zones blanches"

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Plus encore, l'institution déplore que trop de hautes fonctions n'aient jamais été occupées par des femmes (elle en cite une quarantaine). C'est le cas de la Présidence de la République bien sûr, mais aussi de la Présidence de l'Assemblée nationale, du poste de Procureur de la République de Paris, de la Gouvernance de la Banque de France ou encore de Secrétaire général de l'ONU. Une conséquence de la proéminence des "réseaux masculins" qui favorise la "cooptation entre hommes"

C'est pourquoi, afin de briser ce phénomène de "boys' club", le HCE propose "d'instaurer des règles paritaires au sein des assemblées parlementaires, aux postes de vice-présidence des assemblées et nommer systématiquement un binôme paritaire de co-rapporteuse d'un projet de loi". 

2. Punir les partis sexistes

"Les partis politiques ont une grande part de responsabilité dans le sexisme que rencontrent les femmes en politique : les directions de partis sont très, voire exclusivement masculines", résume le Haut Conseil à l'Égalité. Les commissions d'investitures sont par exemple, majoritairement dirigées par des hommes, qui, conformément à la logique du "fratriarcat" nomment à leur tour des hommes, ou alors des femmes qu'ils "parachutent" lors des élections pour respecter les lois de parité.

Pour éviter que les femmes ne deviennent des choix par défaut et souffrent du sexisme de leur structure, le HCE souhaite appliquer une logique d'égaconditionnalité. Concrètement il faudrait, lors de l'attribution des financements publics aux partis politiques, prendre en compte le niveau de mixité de leurs instances de direction et de leurs commissions d'investiture pour calculer leur montant de subvention. Si la condition de parité n'est pas respectée, le montant alloué pourrait par exemple baisser.

3. En finir avec "la touche féminine"

En 2015, les femmes représentaient 81% des personnes occupant le poste de vice-présidente à l'Enfance et à la famille dans les Conseils départementaux. Elles étaient 75% aux Affaires sociales et 65% aux Affaire scolaires et périscolaires. Des chiffres qui traduisent la répartition sexiste des attributions en politique : les femmes sont reléguées aux thèmes relatifs au travail domestique et de soin. Et lorsque cette "division du travail politique" n'est pas manifeste, on attend des femmes qu'elles apportent "leur touche féminine" dans leur domaine.

Il est nécessaire de "rééquilibrer la répartition des délégations et des responsabilités administratives entre les femmes et les hommes élu.es dans les assemblées locales", estime le Haut Conseil. Pour ce faire, il juge notamment pertinent d'intégrer cette question spécifique dans ses prochains rapports.

4. Tolérance zéro pour les violences sexuelles

En 2017, l'affaire Denis Baupin avait révélé l'ampleur des violences sexuelles en politique. Au niveau national comme au niveau local, les femmes sont sujettes au harcèlement, aux agressions sexuelles et aux viols. Auditionnée dans le cadre du rapport du HCE, Sandrine Rousseau, victime de Denis Baupin, témoigne de la difficulté de se faire entendre lorsque cela arrive. "Soit on s’adresse à une personne qui est dans le courant de la personne accusée, soit à une personne qui est l’adversaire du dénoncé. Quoi qu’il arrive, ces plaintes vont être instrumentalisées", déclare-t-elle.

Seule solution : une tolérance zéro. Cela passe notamment par "une peine d’inéligibilité pour un.e élu.e condamné.e pour des violences sexistes et sexuelles". Par ailleurs, le HCE estime qu'il faudrait étendre les missions de la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique (HTVP) à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. 

5. Engager la responsabilité des médias

Le sexisme se traduit également par le manque de représentation des femmes politiques dans les médias. Selon une enquête de 2015 citée par l'institution, 70 % des porte-paroles politiques sont des hommes. "La parole d'autorité reste un monopole masculin", résume le HCE. 

Et, même quand elles sont invitées, le traitement qui est réservé aux femmes est problématique. "Les dissymétries verbales entre les femmes et les hommes dans les éléments de langage des journalistes renforcent le sexisme. Alors qu’un homme a de l’ambition, une femme sera ambitieuse", cite par exemple le HCE.

Selon l'institution, pour lutter contre ces représentations sexistes des femmes politiques, il faudrait "créer un équivalent rapport annuel du CSA pour mesurer les stéréotypes dans la presse". Plus encore, il incite à "publier un décompte spécifique, en période électorale, du temps de parole accordé aux femmes et aux hommes par semaine". Celui-ci s'ajouterait à celui, déjà mis en oeuvre, assurant un temps de parole égal à chaque parti politique.

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