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Un récif peut-il se remettre d’une marée noire ?

ÉCLAIRAGE - Après l'échouage d'un navire à l'île Maurice, et alors que les fuites d'hydrocarbures menacent La Réunion, on s'interroge sur les chances de survie des récifs.

Le vraquier MV Wakashio échoué à l'île Maurice
Le vraquier MV Wakashio échoué à l'île Maurice
Crédit : AFP
Coline Daclin

Un navire rempli de pétrole brisé en deux au milieu d'un récif. C'est la catastrophe environnementale que subit l'île Marice, sur la pointe d'Esny. Le vraquier japonais MV Wakashio s'est en effet fendu samedi 15 août, trois semaines après avoir échoué dans les eaux turquoise de l'île.

Sur les 3.800 tonnes de fioul à bord, entre 800 et 1.000 tonnes se sont échappées du navire malgré les efforts des équipes d'intervention pour pomper le carburant. Pour Happy Khambule de Greenpeace Afrique, c'est "la pire catastrophe écologique" qu'ait connue l'île Maurice. "Des espèces uniques sont en danger immédiat", a-t-il ajouté. Et la catastrophe pourrait ne pas s'arrêter là, puisque les hydrocarbures menacent aussi de contaminer les récifs de l'île de la Réunion.

Un animal en particulier va souffrir : le corail. Car oui, le corail est un animal : il est composé d'un exosquelette calcaire, la partie dure et bien visible du corail, et de petits polypes. Le premier danger pour le récif est mécanique. C'est le nombre de coraux brisés par l'échouage du bateau. Très souvent, un corail cassé meurt rapidement, alors qu'il a mis des années à se développer. 

"Une soupe asphyxiante"

"Quand le corail casse, il peut se régénérer, même si cela met du temps", explique à RTL.fr la biologiste et océanographe Françoise Gaill. Pour cette chercheuse, directrice de recherche émérite au CNRS, le plus inquiétant est la marée noire en tant que telle. Certains poissons peuvent bien s'enfuir en cas de marée noire, mais ceux qui dépendent du récif ou qui vivent dans le sol sont coincés. 

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"Les hydrocarbures vont engluer l'ensemble de la faune dans une soupe asphyxiante", explique-t-elle. Ils créent un film épais qui empêchent les échanges gazeux avec l'atmosphère de se faire, et causent une désoxygénation de l'eau. Or sans oxygène, tout meurt. 

"On observe aussi dans ces circonstances un engluement du corps du corail, qui paralyse les polypes", poursuit Françoise Gaill. En plus du corail, toutes les espèces qui vivent dans le sol, les larves de poissons et les crustacés sont aussi menacés. Et on ne vient pas à bout des hydrocarbures facilement. "La disparition des gouttelettes d'hydrocarbures peut prendre des décennies, on retrouve des traces très longtemps après le phénomène de marée noire", explique la chercheuse.

Un risque d'effet "cocktail"

Pour autant, y a-t-il de l'espoir ? "Un récif peut se régénérer après une marée noire, mais le phénomène est très variable", assure Françoise Gaill, mitigée. Elle prend l'exemple de l'explosion de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon en 2010 dans le Golfe du Mexique. 10 ans après, les récifs mexicains qui ont été touchés commencent tout juste à s'en remettre

"Ce n'est toutefois pas la même faune, parce que les coraux mettent encore plus de temps à se développer. Là, on est plutôt sur une échelle de temps d'une moitié de siècle", explique la biologiste. 

L'espoir de récupération est d'autant plus mince que les fonds sous-marins sont déjà en danger pour d'autres raisons, comme le réchauffement climatique. Une autre biologiste marine, Leïla Ezzat de l'université de Santa Barbara (États-Unis), signale à RTL.fr un risque d'effet "cocktail". Selon elle, "l'augmentation de la température de l'eau de mer et l'acidification des océans résultant du réchauffement climatique, ainsi que le rayonnement UV [...] peuvent augmenter la toxicité des polluants huileux sur le corail". 

Pour l'heure, ce sont surtout les récifs mauriciens, et en particulier le parc marin protégé de Blue Bay, qui sont menacés par la marée noire. Aucun dépôt d'hydrocarbures n'a encore été observé sur les côtes réunionnaises, selon le ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu. Mais La Réunion n'est pas hors de danger, car la contamination pourrait survenir dans les prochains jours en raison du mauvais temps.

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