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Mai 68 : quel est l'héritage aujourd'hui de la révolution étudiante ?

Il y a 54 ans, le 10 mai 1968, des étudiants occupent le quartier latin et dressent des barricades. Les pavés et les grenades pleuvent. La jeunesse s’embrase, le pouvoir vacille.

Une pancarte annonçant le "retour des soixante-huitards", lors d'une manifestation de retraités le 15 mars 2018 à Bordeaux
Une pancarte annonçant le "retour des soixante-huitards", lors d'une manifestation de retraités le 15 mars 2018 à Bordeaux
Crédit : SIPA
RÉCIT - Mai 68 : comment la Nuit des barricades a marqué la France
00:02:52
L'INTÉGRALE - Mai 68 : quel est l'héritage de la révolution étudiante ?
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Flavie Flament & Capucine Trollion

En mai 1968, les filles portent des jeans et des jupes courtes, les garçons ont les cheveux longs, tous ont des rêves à foison. Ils ne veulent pas grandir dans "la France de papa", incarnée par le Général de Gaulle. Muselée, corsetée par une société qu’ils considèrent dépassée, la jeunesse entend désormais apparaître comme un acteur social, terreau du changement et d’un monde nouveau. Et rien ne les arrêtera. 

"C'est vraiment une surprise Mai 68 dans une France qui est tout à fait sereine à ce moment-là", se souvient Bruno Fuligni,  historien et auteur de Mai 68 : l'envers du décor. 

Tout a commencé à la fac de Nanterre, à la fin du mois de mars, ou une centaine d’étudiants ont décidé d’occuper les lieux.  Puis, ce fut au tour de la Sorbonne d’être emportée par un vent de révolte. La police intervient, et des échauffourées entre étudiants et forces de l’ordre ont lieu, certains d’entre eux finissent derrière les barreaux. Au fil des jours, la tension monte et la jeunesse parisienne fait corps.

Il est 19h30 le vendredi 10 mai 1968, lorsqu’une foule de 10.000 manifestants décide de se diriger vers la prison de la Santé où certains étudiants ont été emprisonnés quelques jours plus tôt, 10.000 autres les rejoindront. Au fil des heures, certains rentrent chez eux, mais les plus déterminés restent sur place. À coups de pioche ou de barre de fer, les pavés sont extraits des rues, vieux meubles, grilles d’arbres, panneaux d’affichage, tout est bon pour ériger les barricades. 

Une révolution des étudiants que tout le monde connaît

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Pendant ce temps, les policiers sont répartis tout autour de la Sorbonne et du Panthéon. Le Quartier Latin est devenu une poudrière. Bientôt les deux clans se font face : policiers contre étudiants, grenades lacrymogènes et matraques d’un côté, pavés de l’autre. "Après Mai 68, il va y avoir une nouvelle doctrine de ces armes [gaz lacrymogènes, ndlr], la police va avoir des budgets dont elle n'osait pas rêver en matière de maintien de l'ordre, mais avec une réflexion sur les gaz lacrymogènes qui ne devront être employés qu'en cas de dernier recours", remarque Bruno Fuligni au micro de Jour J. 

À 2 heures du matin, la ville s’embrase et se soumet à la colère de la rue. Pendant 3h30, ils s’affronteront dans un feu d’artifice de grenades et de voitures incendiées. Au petit jour, le quartier est un champ de bataille. Le bilan est de 367 blessés, 251 parmi les policiers, 102 chez les étudiants. Deux jours plus tard, le pays tout entier se met en grève générale. 

Aujourd'hui, Mai 68 est "un thème de débats"

"Mai 68, aujourd'hui, reste en fait un thème de débats alors des fois un peu abusivement parce que Mai 68 a été le moment où le principe d'autorité a vacillé", analyse Bruno Fuligni avant de poursuivre : " Et depuis Mai 68 les Français discutent sur 'faut-il plus ou moins d'autorité dans l'État, dans l'université, dans la famille...'"

"Après, ce qui est amusant, c'est qu'on met sur Mai 68 des choses qui sont venues bien plus tard, par exemple le féminisme. Ce qui est frappant quand on regarde à la fois les documents ou les photos, c'est que les femmes en sont largement absentes, y compris à gauche. Bien sûr il y a des manifestantes, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, mais tous les dirigeants ce sont des jeunes hommes et les filles sont censées suivre", explique aussi l'historien. "C'est seulement dans les années 70 que le féminisme militant, politique, va s'affirmer. alors on peut considérer que c'est une suite logique de Mai 68".

"De même, la dimension écolo est quasi absente de Mai 68, le seul à porter ça, c'est un fantaisiste qui s'appelait  Aguigui Mouna et que Daniel Cohn-Bendit a fait chasser de la Sorbonne, le trouvant trop folklorique", ajoute-t-il. 

"Donc attention, parce que souvent on agite le spectre de Mai 68, mais on lui prête des revendications ou des idées qui sont venues ensuite", conclut Bruno Fuligni.

Quid du mouvement des "Gilets jaunes" ?

"On a assisté ces dernières années au mouvement des "gilets jaunes", que d'aucuns ont comparé à Mai 68, à tort ?", explique Flavie Flament dans Jour J. "Ce n'est pas la même sociologie du tout, ce ne sont pas les mêmes revendications (...) chaque révolution est un cas unique, mais chaque révolution ou émeute est invoquée politiquement. Les soixante-huitards ont évoqué la Commune, par exemple, alors qu'ils étaient quand même très différents des communards. Déjà il n'y a pas eu 18.000 morts dans la prise des barricades [de Mai 68, ndlr] et heureusement", répond l'historien.

"Les souvenirs historiques sont toujours utilisés à des fins politiques ou de propagande et ça n'a pas manqué, Mai 68 l'a fait et maintenant, qu'on soit pour ou qu'on soit contre, il y a une certaine façon d'invoquer Mai 68. Alors qu'en fait, Mai 68, c'est intéressant parce que c'est une émeute, je dirai, plurielle, multiforme. Si elle n'a pas triomphé, c'est parce qu'il n'y avait aucune unité d'organisation ou d'action", termine Bruno Fuligni.

Tous les jours dans Jour J, de 20h à 21h sur RTL, Flavie Flament vous fait découvrir les grands moments d’actualité qui ont marqué la mémoire collective.

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