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Charnier de Timisoara : comment expliquer l’emballement médiatique ?

En 1989, le monde entier est tombé dans le panneau d’une supercherie macabre, montée de toutes pièces.

Un soldat roumain armé le 28 décembre 1989 à
Un soldat roumain armé le 28 décembre 1989 à
Crédit : Jean-Marie HURON / AFP
RÉCIT - Charnier de Timisoara : l'histoire d'une des plus grandes erreurs médiatiques
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L'INTÉGRALE- Charnier de Timisoara : l'extraordinaire dérapage médiatique
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Flavie Flament & Capucine Trollion

Alors que des massacres de civils ont lieu en Ukraine, Jour J a décidé de revenir sur l’affaire du charnier de Timisoara du 22 décembre 1989. Le monde entier est tombé dans le panneau d’une supercherie macabre, montée de toutes pièces.

C’est un véritable cas d’école de ce que l’on appelle un "emballement médiatique" que nous allons vous raconter. Tout portait à croire que les faits étaient avérés, et pourtant il n’en était rien… Au départ, il y a un pays : la Roumanie avec à sa tête : un tyran, Nicolae Ceaușescu. Il dirige le pays d’une main de fer depuis 34 ans. 

En 1989, le communisme disparaît peu à peu de la surface du globe, emporté par un vent de liberté qui trouve son apogée avec la chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989. Partout en Europe, les dictatures communistes sont tombées les unes après les autres, comme un château de cartes rouge, sans avoir recours à une violence extrême. Ceaușescu voit-il le monde bouger ? Le comprend-il et le sent-il ?

L'une des plus grandes erreurs médiatiques

C’est à la mi-décembre que la révolution frappe à la porte de la Roumanie, dans la ville de Timisoara, près de la frontière yougoslave. Sur place, la figure de la dissidence est un pasteur luthérien : il s’appelle László Tőkés. La rumeur court que la police secrète compte l’expulser pour mettre un terme à ses actions et ne pas fragiliser davantage le pouvoir en place. Le lendemain, la population s’organise et manifeste en soutien à László Tőkés.

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À Timisoara, le siège local du parti communiste est attaqué, des bâtiments sont incendiés, des vitrines brisées. Dans les pays voisins, l’actualité roumaine fait la une : on fait état d’une répression violente mené par le régime de Ceaușescu . On déplore 65 morts, plusieurs centaines de blessés et des corps disparus. 

C’est alors que débute l’une des plus grandes erreurs médiatiques de l’histoire contemporaine : l’affaire du charnier de Timisoara. Des habitants prétendent avoir retrouvé les corps des manifestants dans une fosse commune. Seulement voilà : ces cadavres, alignés sur des draps blancs, ne sont pas les victimes volatilisées de la révolution.  Ce sont des dépouilles que l’on est allés chercher dans les morgues aux alentours ou déterrer dans un cimetière voisin. 

L'emballement médiatique est retentissant

Les médias du monde entier, presse écrite, télévision, radio, tombent dans le panneau et relayent les fausses informations. "Il faut être d'une totale lucidité, il ne s'agit pas de se couvrir la tête de sang, mais simplement de reconnaître que nous avons cédé, en tout cas je le dis pour moi et je l'assume, à un emballement qui encore une fois en ce qui me concerne, a été amplement coloré par l'expérience qui avait été la mienne une année auparavant quand j'avais recueilli des témoignages, plus ou moins clandestins de Roumains épouvantés à l'idée qu'on puisse les voir en compagnie d'un étranger non identifié", analyse  Vincent Hugeux, journaliste indépendant, essayiste et enseignant à Sciences Po.

"On est là dans quelque chose, encore une fois, de totalement orwellien : une société démente, écrasée par le mensonge, la menace et la peur et qui s'est rétractée dans un instinct de simple survie", poursuit l'auteur de Tyrans d'Afrique- Les mystères du despotisme postcolonial et Kadhafi au micro de Jour J

"Donc, il faut aussi comprendre que lorsque l'esprit est à ce point mobilisé par l'instinct de survie, il n'y a plus beaucoup d'espace pour la critique, la réflexion, etc... Mais nous, on n'a pas cette excuse", détaille Vincent Hugueux.

C'était une aubaine pour faire tomber le tyran

Flavie Flament

"Je crois vraiment que nous, qui vivons des sociétés ouvertes, avons avec la tyrannie (...) une perception qui est très manichéenne et que donc de cette manière mentalement sans que cela soit conscient, tout ce qui est à ranger dans la case du dictateur est validé et tout ce qui pourrait aller à l'encontre de cette lecture univoque a tendance à être un peu ensevelie ou relayée", argumente-t-il aussi. 

"Donc ça veut dire aussi que tout le monde a voulu y croire quelque part, car c'était une aubaine pour faire tomber le tyran", résume Flavie Flament. "On ne croit jamais autant qu'à ce que l'on veut croire, ça été un exemple éclatant (le charnier de Timisoara,ndlr)", conclut Vincent Hugueux dans Jour J. 
Tous les jours dans Jour J, de 20h à 21h sur RTL, Flavie Flament vous fait découvrir les grands moments d’actualité qui ont marqué la mémoire collective.

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