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Affaire Karachi : quel est le rôle des hommes de l'ombre du clan Balladur ?

Le 8 mai 2002, 11 employés français de la DCN sont tués dans un attentat à la voiture piégée à Karachi, au Pakistan. Mais que se cache-t-il vraiment derrière cet attentat ?

Édouard Balladur à Paris, le 17 janvier 2014.
Édouard Balladur à Paris, le 17 janvier 2014.
Crédit : KENZO TRIBOUILLARD / AFP
RÉCIT - Attentat de Karachi : que s'est-il passé au Pakistan le 8 mars 2002 ?
00:03:24
L'INTÉGRALE - Attentat de Karachi : un mensonge d'État ?
00:34:03
Flavie Flament & Capucine Trollion

Le 8 mai 2002, 11 employés français de la DCN sont tués dans un attentat à la voiture piégée à Karachi, au Pakistan. Leur mission à Karachi devait durer deux mois, elle était gratifiée d’une prime de mille euros. 

Cela aurait été deux mois loin de leur famille et de l'Arsenal dans la rade de Cherbourg. L’Arsenal, c’était un peu leur seconde famille, construire des bateaux de guerre, ça soude les liens, ce sont des aventures au long cours qui mobilisent parfois plusieurs générations.


En 1994, la France a vendu 3 sous-marins Agosta 90-B au Pakistan. C'est une bonne nouvelle, un gros budget et des années de travail assuré. Si le premier navire avait été construit à Cherbourg en présence d’une équipe pakistanaise, c’était désormais aux Français de soutenir l’assemblage du second au Pakistan. 

À Karachi, l’ambiance était tendue depuis les attentats du 11 septembre et l’assassinat du journaliste américain Daniel Pearl, tous deux revendiqués par Al-Qaïda. Alors, on avait posté un garde armé dans le bus qui venait les chercher, tous les matins, à l’hôtel pour les emmener sur le chantier à 30 minutes de là. Le 8 mai 2002, la déflagration a été d’une violence inouïe : le moteur du véhicule kamikaze a été projeté à 75 mètres, les vitres de l’hôtel ont été soufflées et le bus, pulvérisé, réduit à l’état de tôle. Sur les 23 français présents, 11 vies ont été fauchées, les autres ont été grièvement blessés.

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Après l’effroi, viendra le temps du questionnement. Il n'y a aucune revendication, mais un juge qui s’engouffre dans une voie sans issue, celle d'Al-Qaïda puis un autre qui, guidé par l’enquête de journalistes, privilégiera la thèse des représailles contre la France. Les commanditaires de l’attentat auraient voulu se venger, mais de quoi, de qui ? L’enquête remontera jusqu’au financement de la campagne présidentielle d’Édouard Balladur de 1995. 

Plusieurs procédures sont lancées

"On a bien compris grâce à vous [Fabrice Lhomme, notre invité, ndlr] et des révélations (...) que cet attentat de Karachi serait des représailles finalement du Pakistan à la suite de la décision de Jacques Chirac, arrivé président de la République, de continuer à verser des commissions au Pakistan pour l'achat des fameux sous-marins Agosta", résume Flavie Flament dans Jour J. 

"Pour résumer, il y a la procédure majeure sur l'attentat lui-même : qui en sont les auteurs ? Cette enquête n'est toujours pas close parce qu'aujourd'hui on n'a toujours pas de preuves des commanditaires exacts", explique Fabrice Lhomme, grand reporter au Monde.

"En revanche, suite aux révélations avec un lien possible avec les commissions, la justice décide de nommer un juge financier, qui était le juge van Ruymbeke (...) et lui a instruit sur la façon dont ces contrats suspects, celui avec le Pakistan et celui avec l'Arabie Saoudite, ont été signés, si des commissions ont été versées à juste titre ou à tort, etc..." poursuit l'auteur  auteur du Contrat : Karachi, l'affaire que Sarkozy voudrait oublier. 

"Et dans ce cadre, il a mis beaucoup de gens en examen, parce qu'il s'est aperçu qu'effectivement ça ne tenait pas la route, que le droit avait été contourné , des sommes faramineuses avaient été détournées des caisses de l'État de manière injuste (...) là où son enquête a dû être divisée deux, c'est qu'il y avait des responsables politiques qui étaient concernés et notamment d'anciens ministres : François Léotard et Édouard Balladur. Et en France, la juridiction de droit commun ne peut pas juger de ministres pour des faits commis dans le cadre de l'exercice de leur fonction", rappelle aussi Fabrice Lhomme.

Le rôle de Ziad Takieddine dans le financement de la campagne de 1995

Au cours des procédures et des enquêtes, des noms ne cessent d'apparaître. Léotard, Balladur, Sarkozy, les protagonistes de cette affaire "avaient des collaborateurs qui étaient en première ligne dans ces dossiers-là. Et ce sont eux qui sont apparus beaucoup : notamment Renaud Donnedieu de Vabres, qui était vraiment le collaborateur de François Léotard, qui a été condamné, Nicolas Bazire, le directeur de cabinet de Balladur qui était aussi directeur de sa campagne (...) il y a eu aussi Thierry Gobert, ancien collaborateur de Sarkozy à la mairie de Neuilly et ministre du Budget", explique le journaliste.

"Celui qui fait le lien entre tous ces univers : les militaires pakistanais, les hommes politiques, les responsables de la direction de construction navale etc, c'est Ziad Takieddine, c'est l'intermédiaire numéro 1", révèle Fabrice Lhomme avant de poursuivre : "C'était lui qui touchait la plupart des commissions qu'il devait distribuer à la marine pakistanaise, à son ami Thierry Gobert, peut-être à des politiques. Le problème avec Takieddine c'est que c'est un menteur invétéré (...) parfois, il va dire la vérité, mais vous ne savez jamais quand". 

"La seule façon de traiter de Takieddine c'est de recouper ses déclarations avec des faits. Et là, pour le coup, il y a des faits qui ne trompent pas j'en donne juste qui est très clair. Quelques semaines avant l'élection présidentielle de 1995, Takieddine va chercher en Suisse une somme de 10 millions de francs en espèces. 3 jours après l'élection du premier tour, Balladur est battu, 3 jours après son compte de campagne est abreuvé de 10 millions de francs en espèce d'origine inconnue", conclut-il.

Tous les jours dans Jour J, de 20h à 21h sur RTL, Flavie Flament vous fait découvrir les grands moments d’actualité qui ont marqué la mémoire collective.

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