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Coronavirus : l'hôpital a-t-il vraiment été "transformé" pendant la crise ?

ÉCLAIRAGE - Les déclarations d'Emmanuel Macron le 24 novembre sur le sujet n'ont pas convaincu tous les soignants. Des mesures ont bien été prises, mais avec quel effet ?

Un service de réanimation dans un hôpital, pendant l'épidémie de coronavirus (illustration)
Un service de réanimation dans un hôpital, pendant l'épidémie de coronavirus (illustration) Crédit : Remko DE WAAL / ANP / AFP
Coline Daclin Journaliste

À l'hôpital, la crise sanitaire liée à la Covid-19 a été et est toujours particulièrement douloureuse. Pour autant, ces difficultés vont-elles permettre aux établissements de santé d'en sortir grandis, "transformés" ? C'est en tous cas ce qu'a affirmé Emmanuel Macron dans son allocution télévisée mardi 24 novembre. 

"Regardez comme ces neuf derniers mois nous ont permis aussi de réussir ce que longtemps nous avions pensé impossible. Nous avons su rendre notre État plus efficace pour faire face à l’urgence", a déclaré le président de la République. "Nous avons collectivement transformé l’hôpital, notre système de soins [...] Nous avons fait preuve d’une capacité d’innovation, d’un sens de l’inventivité, qui seront décisifs pour construire le futur et affronter les crises qui viennent", a-t-il poursuivi.

Mais ces déclarations d'espoir ont suscité de nombreuses réactions. "Tout le monde s’en est rendu compte", ironise ainsi Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains au Sénat. L'hôpital aurait été transformé "en immense service d'urgences", pointe de son côté l'éditorialiste Judith Waintraub, tandis que le collectif Inter-Urgences parle de l'"autosatifaction du gouvernement" face à la "désolation des soignants". 

"Un propos de communication"

"Innover, on n'avait pas le choix pour prendre en charge les nombreux patients en détresse respiratoire", soutient Corinne Jac, aide-soignante et membre de l'Inter-Urgence. "Mais dire que l'hôpital a été transformé, c'est faux. On a enchaîné les plans blancs, de nombreux collègues sont épuisés, et on souffre autant pour cette deuxième vague que pour la première", poursuit-elle auprès de RTL.fr.

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"Je n'ai même pas fait attention à ces propos du Président. Parler de transformations, ce n'est qu'un propos de communication", assure pour sa part Rachel Bocher, psychiatre au CHU de Nantes et présidente de l'Intersyndicat National des Praticiens Hospitaliers (INPH). "L'hôpital s'est adapté à une situation de crise comme à une situation de guerre, mais nous avons les mêmes difficultés qu'hier. L'hôpital, c'est comme une petite ville. On ne transforme pas un système aussi lourd en quelques mois".

De son côté, le ministère de la Santé, joint par RTL.fr, défend les propos du Président. Sans nier la souffrance des soignants, il soutient qu'"on peut être fier de ce qui a été fait pour aider l'hôpital à tenir". Il met notamment en avant la généralisation de la télémédecine et "une meilleure communication entre la médecine de ville et l'hôpital".

Des milliards d'euros d'investissement

"Je travaille dans un grand service à Nantes. Les libéraux, je les connaissais déjà", argue Rachel Bocher. Pour elle, les évolutions sont surtout le fait de "volontés individuelles" des personnels soignants. "Il y a eu zéro transformation au niveau du management des hôpitaux, ce sont des éléments de structuration qui demandent des textes".

Parmi les changements opérés à l'hôpital, on peut aussi compter les investissements de l'État. 3,5 milliards d'euros dédiés à la trésoreries des hôpitaux, pour reprendre leurs dettes, des millions pour les dépenses du quotidien des soignants mobilisés en renfort. "C'est bien de valoriser leur travail. Mais quand on voit qu'une infirmière en renfort peut toucher jusqu'à 3.000 euros bruts, alors que les autres n'ont pas beaucoup vu leur salaire évoluer, on ne trouve pas ça très juste", dénonce pour sa part Corinne Jac. 

Et puis il y a aussi le Ségur de la Santé. Un plan d'investissement massif pour l'hôpital décidé par le gouvernement. 8,2 milliards d’euros par an de revalorisation pour le personnel, des investissements pour les dépenses du quotidien ou encore 15.000 recrutements et l'ouverture de 4.000 lits à la demande. Le collectif Inter-Urgences regrette de ne pas y avoir été convié, et estime que les investissements ne sont "pas suffisants" au regard de la situation de l'hôpital.

Un problème qui remonte à loin

L'INPH en revanche a signé les accords du Ségur. "Il y a eu beaucoup de discussions, c'était un travail très intéressant", reconnaît Rachel Bocher, mais elle regrette que "le comité de suivi du Ségur ne se soit réuni qu'une fois depuis juillet, pendant une demi-heure". "Il y a eu un geste pour les soignants, mais nous ne sommes qu'au tout début d'un processus d'évolution", indique la présidente de l'intersyndicat. 

La transformation de l'hôpital est donc loin d'être jouée. Là-dessus, tous nos interlocuteurs s'accordent. "Il y a eu des années et des années de manque d'investissement à l'hôpital", reconnaît le ministère de la Santé, qui assure notamment que la formation de nouveaux soignants prend du temps. "Que des collectifs comme l'Inter-Urgences continuent à maintenir la pression, c'est sain", admet-il également. 

Pour l'Inter-Urgences, le gouvernement aurait toutefois dû réagir plus tôt quand les soignants ont manifesté l'an dernier pour demander plus de moyens, et mieux anticiper la deuxième vague de l'épidémie. Corinne Jac met également en garde contre nouvelle une menace à venir pour l'hôpital après la crise sanitaire : celle d'une crise des vocations. "Je vois de nombreux collègues qui comptent démissionner une fois que les plans blancs terminés", dit-elle. Selon Rachel Bocher, le risque est notamment important pour les médecins qui "peuvent parfaitement partir pour s'installer en libéral". L'objectif pour les années à venir est donc clair : rendre l'hôpital plus attractif.

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