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Remaniement : Macron-Philippe, du duo inattendu à la relation complexe

RÉCIT - Emmanuel Macron avait créé la surprise en choisissant Édouard Philippe comme premier ministre. Depuis, le couple exécutif a changé de dynamique avec un premier ministre en première ligne qui est passé de l'ombre à la lumière. Retour sur une relation complexe.

Édouard Philippe et Emmanuel Macron, le 29 juin 2020
Édouard Philippe et Emmanuel Macron, le 29 juin 2020 Crédit : CHRISTIAN HARTMANN / POOL / AFP
Marie-Pierre Haddad
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

1.145. C'est le nombre de jours qu'Édouard Philippe aura passé à la tête du gouvernement. Le premier ministre a annoncé vendredi 3 juillet la démission du gouvernement et l'Élysée l'a acceptée dans la foulée. Il assure, avec les membres du gouvernement, "le traitement des affaires courantes jusqu'à la nomination du nouveau gouvernement", peut-on lire dans un court communiqué de la présidence. 

Rien ne les prédestinait à travailler ensemble à la tête de l'État. L'un est issu du cercle proche de François Hollande, l'autre de celui d'Alain Juppé. L'un était candidat En Marche, l'autre soutenait le camp des Républicains lors de la présidentielle de 2017. Emmanuel Macron avait créé la surprise en nommant Édouard Philippe au poste de premier ministre. Un inconnu du grand public débarqué de l'ombre à la lumière.  

Alors que des tensions semblent avoir surgi entre les deux hommes tout au long de ces trois années, ni Emmanuel Macron, ni Édouard Philippe ne vont les alimenter. "Pas une feuille de papier cigarette" entre les deux hommes, comme le rappelle à plusieurs reprises le chef du gouvernement. Une relation faite de "respect mutuelle", dira de son côté Emmanuel Macron.

Le duo exécutif est basé sur "deux types très différents, avec des caractères et cheminements politiques différents, mais qui ont le guide de survie de la Ve République", résumait un cadre du groupe La République En Marche à l'Assemblée nationale, pendant la crise du coronavirus à BFMTV. Retour sur une relation complexe entre un président et son premier ministre.

Une relation "sans affect" faite de silence

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Et cela commence avant même l'officialisation du nom du premier ministre. Au lendemain du premier tour de l'élection présidentielle, un rendez-vous informel est organisé entre Emmanuel Macron et Édouard Philippe, au QG de campagne du candidat, par Alexis Kohler. Escortés par une voiture mise à leur disposition par les équipes de Macron, et pour ne pas être reconnus, "c'est par le sous-sol qu'ils pénètrent dans le bâtiment où ils sont attendus, au sixième étage, dans le bureau de celui qu'ici tout le monde appelle 'le chef'. Alexis Kohler est là, ainsi que le conseiller, Stéphane Séjourné, et Brigitte Macron, présente au début de la rencontre", raconte Le Parisien.

Emmanuel Macron gardera son choix secret jusqu'à la dernière minute. Il "ne voulait rien dire jusqu'au bout. C'est son truc. Il ne s'enferme jamais. Il ne promet rien, il ne se lie pas", racontait un ancien membre de l'équipe de campagne. À tel point que selon un ami d'Édouard Philippe, ce dernier a appris qu'il devenait premier ministre "le jour de sa nomination".

Thierry Solère, ancien Les Républicains, devenu La République En Marche et proche d'Édouard Philippe confiait dans les colonnes de L'Obs : "Il n'y a aucun affect dans leur relation". Dans Le Monde, Gilles Le Gendre, président du groupe LaREM à l’Assemblée juge cette relation comme "inaccessible à l’analyse de qui que ce soit, et rien que ça, c’est une façon de la caractériser. Ils ont l’un et l’autre le souci de faire en sorte qu’elle n’appartienne qu’à eux".

Le président et l'éternel numéro 2 ?

Décrit comme quelqu'un de "loyal", Édouard Philippe restera-t-il un éternel numéro 2 ? En février dernier, le président de la République assurait qu"'un mec qui a été numéro deux pendant vingt ans, il sera numéro deux toute sa vie. Je ne le crains pas". Mais les craintes de l'entourage du chef de l'État ont persisté : "Au début du quinquennat, quand certains conseillaient au président de faire attention à son premier ministre, il répondait : 'Je sais qui c’est'. Sous-entendu : 'Ce n’est qu’un collaborateur'", indiquait un habitué de Matignon dans les colonnes du Monde.

C'est peut-être là que se trouve la clé pour comprendre ce qui lie Emmanuel Macron à Édouard Philippe. Au printemps 2019, le Premier ministre résumait lui-même la situation en privé, comme le rappelle Paris Match : "Notre relation est totalement fluide. On est d'accord sur pratiquement tout, et quand ce n'est pas le cas, c'est lui qui décide. C'est comme ça que marchent nos institutions et, franchement ça me va. je suis un type détendu mais j'ai mes principes. Qui peut penser que je pourrait m'opposer à celui qui m'a nommé ?"

Jamais je ne ferai quoi que ce soit contre Emmanuel Macron

Édouard Philippe, au printemps 2019
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Et d'ajouter : "On me dit que j'ai pris un risque politique. Sûrement, mais lui ? Il ne me connaissait pas avant de me nommer. Sans lui, jamais je n'aurais pu espérer une telle chance. Si Juppé avait été président, j'aurais eu un petit ministère. Je serais resté son collaborateur. Macron m'a donné cette chance. Jamais je ne ferai quoi que ce soit contre lui. Ceux qui pensent ça sont ceux qui n'y connaissent rien... ou ceux qui, à ma place, le feraient". 

Mais cette loyauté n'implique pas un renoncement des principes. Et ça Édouard Philippe l'affirme clairement. Quelques jours avant sa réélection au Havre, le Premier ministre a accordé un entretien dans Paris-Normandie"Le président sait ce que je peux faire et ce que je ne peux pas faire", résume-t-il. Une liberté qu'il conserve en n'adhérant pas à La République En Marche. "Édouard refuse d'adhérer au parti et c'est son droit. Mais en s'affirmant aussi ostensiblement comme un homme de droite, il contribue à ce que notre politique soit perçue comme d'inspiration droitière. Covid ou pas, il est nécessaire de corriger ce déséquilibre politique", explique un baron macroniste dans L'Obs.

La mise sous pression avec la crise du coronavirus

"Coriace" selon L'Obs, "indéboulonnable"... La gestion de la crise du coronavirus aura forgé l'image politique d'Édouard Philippe auprès des Français et distillé le parfum de la zizanie au sommet de l'État. Résultats : une série de tensions entre le président de la République et son premier ministre. Un duo exécutif qui avait réussi jusque-là, en dépit de certaines tensions, à se préserver des pièges de la Vème République

"Dans le couple qu'il forme avec Emmanuel Macron - qui a pris la lumière, parfois trop, quitte à exacerber sa posture guerrière - Édouard Philippe incarne la constance, la tempérance", analysait Jérôme Fourquet, politologue et directeur du département opinion de l'Ifop dans l'hebdomadaire.
Une divergence en début de crise pourrait avoir entraîné un craquèlement de la confiance entre le président de la République et son premier ministre. Retour à la date du 15 mars 2020 : le premier tour des élections municipales. Quelques jours plus tôt, Emmanuel Macron s'était exprimé pour la première fois sur la crise du coronavirus en évoquant les premières mesures de confinement. Qu'en est-il alors du scrutin ? À l'époque Édouard Philippe n'y est pas favorable, à titre personnel. Selon François Bayrou, Emmanuel Macron lui était en faveur du report du premier tour des élections. Mais finalement, le président décidera de les maintenir. Un élément sur lequel, le chef de l'État avait jugé bon de revenir lors de son entretien au Point

Le président soutient le premier ministre, mais il le challenge aussi

Un proche d'Emmanuel Macron dans "Challenges"
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L'autre date-clé sera celle du 11 mai et plus précisément l'allocution dans laquelle le président de la République a dévoilé les prémices d'un déconfinement. Sans entrer dans les détails techniques et la mise en pratique concrète d'une telle opération, le président de la République a ainsi fixé le cap, laissant au Premier ministre le soin d'élaborer le plan qui en découle. Certains y voient un compte-à-rebours enclenché pour Édouard Philippe. Le Premier ministre "a été littéralement mis devant le fait accompli, ce qui explique aussi l'improvisation du gouvernement dans les heures qui ont suivi", confiait un initié de Matignon à La Tribune. Mais un conseiller de Matignon souhaitait couper court à toute polémique : "Du bullshit", d'après lui. "Il n'y a pas de premier ministre mis au pied du mur", ajoute-t-il dans Le Monde.

Une brèche existe-t-elle ? L'Élysée s'est fermement défendu de tout flottement dans sa communication. "C'est un réglage permanent, les questions du déconfinement sont si complexes qu'il y a parfois des imprécisions. Eh bien nous les clarifions, c'est comme ça. Et le chef de l'État est aussi à l'écoute de la demande sociale qui s'exprime ce qui peut l'amener à corriger parfois le message comme il l'a fait sur la question du déconfinement de nos anciens, c'est son rôle", confiait-on au Parisien. "Le Président a fait le choix de clarifier les responsabilités : il donne le tempo, tandis que le premier ministre et le gouvernement gèrent la crise. Le président soutient le Premier ministre, mais il le challenge aussi", estime un proche d'Emmanuel Macron.

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