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Le couvre-feu a-t-il "accéléré les contaminations", comme l'assure Ségolène Royal ?

FACT CHECKING - Selon l'ancienne ministre, il est "évident" que le couvre-feu a "accéléré les contaminations". Mais les effets de la mesure sont en fait difficiles à analyser.

Ségolène Royal, le 14 octobre 2018
Ségolène Royal, le 14 octobre 2018
Crédit : Mario FOURMY/SIPA
Coline Daclin
Journaliste

"Allô le bon sens ?", interroge Ségolène Royal mardi 26 janvier sur Twitter. La candidate à la présidentielle de 2007 dénonce les mesures du gouvernement. "N’est-il pas évident que le couvre-feu à 18 heures a accéléré les contaminations ?!", écrit-elle. Pour elle, il faudrait instaurer un couvre-feu à 22 heures, et laisser les magasins ouverts jusqu'à cette heure, "pour éviter une concentration de 17 à 18 heures".

Depuis la mise en place d'un couvre-feu anticipé, le 2 janvier dans les premiers départements puis le 16 janvier dans le reste du territoire, la mesure fait débat. Est-elle vraiment efficace ? Même l'exécutif se pose la question. Emmanuel Macron "attend d'en savoir plus" sur les effets du couvre-feu. Les résultats d'une étude d'impact sur le sujet devraient notamment être rendus prochainement.

"Évident", vraiment ?

Pour autant, le couvre-feu est-il contre-productif, comme le soutient Ségolène Royal ? Il est vrai que si on observe le nombre de contaminations au niveau national, on remarque une augmentation, jusqu'à 22.000 contaminations enregistrées en 24 heures au 26 janvier, selon Santé Publique France. Mais cela ne signifie pas pour autant que cela soit lié au couvre-feu, puisque le nombre de contaminations peut varier à cause de la circulation des variants, des comportements individuels, du climat, et de nombreux autres facteurs. Contrairement à ce qu'affirme Ségolène Royal, ce n'est donc pas "évident".

Y a-t-il alors une concentration des personnes de 17 à 18 heures dans les magasins ? Là encore, rien d'évident. RTL.fr a contacté quelques unes des principales enseignes de grande distribution, mais la plupart d'entre elles ne sont pas en mesure de donner une réponse catégorique.

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Le groupe Auchan assure qu'il n'observe "globalement" pas d'augmentation de la fréquentation à ces heures. "La consommation se répartit sur la semaine, ou se reporte sur le week-end", déclare son service presse. Quant à Système U, il estime qu'il y a "une légère augmentation dans certaines zones urbaines", mais qu'il n'y a "pas vraiment de règle" en la matière.

Le panéliste Nielsen a également observé un report de la consommation le samedi, et indique que les systèmes de drive ont été plutôt renforcés par le couvre-feu.

Baisse du taux d'incidence dans certains départements

Interrogé sur la possibilité d'une augmentation du nombre de cas lié au couvre-feu, le ministère de la Santé est formel : "Le couvre-feu, par essence, limite les interactions et donc la circulation du virus", assure-t-il. 

"On sait qu'il y a un retard d'environ dix jours entre les mesures qu'on met en place et le moment où on peut observer leur effet sur les données épidémiques", souligne-t-il. Un retard lié au temps nécessaire pour analyser les tests du coronavirus, les remonter, les traiter, mais aussi au temps d'incubation du virus. Difficile donc de connaître l'impact du couvre-feu au niveau national à ce jour.

Dans son point détaillé du 21 janvier, Santé Publique France relève néanmoins un premier effet du couvre-feu dans les départements qui l'ont instauré en premier, le 2 janvier. "On observe depuis la semaine 02 [du 11 au 17 janvier 2021, NDLR] une diminution des taux d’incidences dans les régions les plus touchées", écrit l'organisme. 

Le taux d'incidence baisse de 15% dans le Grand Est et en Bourgogne-Franche-Comté, et de 8% en Auvergne-Rhône-Alpes. "Le couvre-feu et les comportements prudents de la population [...] ont pu contribuer à l’amélioration de la situation épidémiologique", en conclut Santé Publique France, en ajoutant qu'il est "encore trop tôt" pour observer les effets du couvre-feu dans les départements l'ayant mis en place plus tard. 

"Une efficacité relative"

Pour le ministère de la Santé, on ne peut donc pas dire que le couvre-feu "a accéléré les contaminations". En revanche, la question de son efficacité peut se poser.

En effet, ce mercredi 27 janvier, France Info alerte : si le taux d'incidence a bien baissé pendant les premiers jours du couvre-feu, il remonte dans les premiers départements à l'avoir mis en place. "Avoir ramené le couvre-feu à 18 heures plutôt que 20 heures n'a pas eu un effet spectaculaire", en conclut Renaud Piarroux, épidémiologiste et chef de service à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière.

Le constat semble d'ailleurs partagé au sein du gouvernement. Le couvre-feu instauré à 18 heures "a une efficacité relative" et "ne freine pas suffisamment" la propagation du virus de la Covid-19 pour être "pleinement efficace", a déclaré ce mercredi le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal. Pour faire face à la situation, "différents scénarios" sont à l'étude. Ils feront l'objet d'une concertation avec le Parlement et les syndicats, a indiqué Gabriel Attal. 

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