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"L'écoute, c'est notre métier" : Tatiana Brillant, ex-négociatrice du Raid, raconte sur M6 sa méthode pour raisonner des forcenés

Tatiana Brillant, ex-négociatrice du Raid, est l'invitée du 20.10 d'Anne-Sophie Lapix dimanche 11 janvier. Elle revient sur ses années en tant que négociatrice au sein du Raid.

Tatiana Brillant face à Anne-Sophie Lapix, le 11 janvier 2026

Crédit : M6

Tatiana Brillant, ancienne négociatrice du Raid, raconte comment elle a raisonné des forcenés : "L'écoute, c'est notre métier"

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INÉDIT - Tatiana Brillant, ex-négociatrice du Raid, raconte sa plus longue intervention : "Quand vous négociez avec un parano, vous dites beaucoup de choses"

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Anne-Sophie Lapix & Laurène Rocheteau

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"L'idée, c'est de stabiliser une situation." En 13 ans de métier en tant que négociatrice au sein du Raid, Tatiania Brillant a fait face à toutes sortes de situations. Elle a notamment travaillé sur la prise d'otage de Magnanville, où un couple de policiers a été tué en 2016, mais aussi sur des cas d'individus retranchés chez eux ou menaçant de s'ôter la vie. 

Si chaque situation est différente, l'objectif est le même. "L'idée, dans ces situations de crise, c'est de stabiliser un peu les auteurs, de faire chuter la pression et de poser un cadre", explique l'ancienne négociatrice au 20.10 d'Anne-Sophie Lapix. 

Il faut pour cela faire preuve de calme et de sang-froid : "On va plutôt être dans la douceur, un ton plus bas, un débit plutôt lent, pour, par mimétisme, faire en sorte que notre interlocuteur se cale plutôt sur notre rythme."

Savoir être à l'écoute

Pour désamorcer une situation, les négociateurs doivent établir un lien, une connexion avec la personne avec qui ils négocient. Savoir être à l'écoute devient alors aussi important que trouver les bons mots : "L'écoute, c'est typiquement notre métier. Écouter, non pas pour trouver la faille, mais pour trouver le terrain d'entrée, comprendre ce qui est en train de se passer, et dans quelle mesure on va pouvoir s'insérer dans l'histoire de nos interlocuteurs pour commencer à créer du lien."

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Essayer de comprendre l'autre est essentiel pour mener une négociation à bien, et c'est d'ailleurs dans une volonté de désescalade que les négociateurs du Raid ne sont pas armés, "parce que nous sommes un dispositif non-agressif et que l'arme envoie un mauvais signal". 

Mais un négociateur n'est pas pour autant seul face à une personne en crise : il est accompagné d'un second négociateur, dont le rôle est de rassembler des informations extérieures pour les transmettre au négociateur principal, et d'un psychologue qui peut apporter des éléments cliniques si la situation le nécessite. 

De longues heures de négociations

La patience est également une  grande qualité du négociateur. La négociation la plus longue qu'a menée Tatiana Brillant a duré 16 heures. "Quand vous négociez avec un parano, vous vous dites beaucoup de choses, raconte-t-elle. Parce que le parano, il alimente tout, il prend beaucoup de place. Et comme il va contester systématiquement tout ce que vous allez dire, ça prend du temps."

Mais Tatiana Brillant a aussi travaillé durant une période particulière pour le Raid, et fait face aux attentats. Elle a dû entrer dans le Bataclan lors des attentats du 13-Novembre, même si elle n'a pas mené elle-même les négociations. 

Négocier avec un terroriste ne s'éloigne pas nécessairement de la méthode utilisée pour les autres situations. "On négocie avec eux un peu comme on négocie avec d'autres forcenés", explique-t-elle. "L'idée, c'est de ne pas rentrer dans l'idéologie, ça ne doit pas être un sujet. (...) On fait tout ce qu'il faut pour essayer de les convaincre."

L'une des premières femmes négociatrices en France

Après cinq ans d'études pour devenir avocate, Tatiana Brillant a finalement intégré l'unité d'intervention au début des années 2000, et suivi des formations pour devenir négociatrice. Elle a notamment étudié auprès des pôles de formations de négociations de Scotland Yard en Angleterre, ainsi qu'en Afrique du Sud. Elle est par la suite devenue la deuxième femme négociatrice en France, à une époque où le Raid ne comptait encore que quelques femmes dans ses rangs. 

"Ça a apporté quelque chose de différent parce que dans un groupe, plus vous aurez de mixité, de diversité, plus vous aurez la chance de pouvoir avoir à l'instant T le meilleur interlocuteur ou la meilleure interlocutrice possible. Avoir des hommes, des femmes de tous grades et d'horizons très différents est une richesse pour un groupe, quel qu'il soit," explique-t-elle.

Après 13 ans passés au sein de l'unité d'intervention, Tatiana Brillant est aujourd'hui passée dans le domaine privé, bien qu'elle conserve son goût pour la négociation : elle gère une entreprise de conseil, qui aide notamment les salariés à négocier leur contrat. "En dehors des enjeux qui sont quand même légèrement différents, nos techniques sont quasiment les mêmes," conclut-elle.

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