6 min de lecture

"L'assurance de faire un pas vers la victoire" : pourquoi les candidats aux municipales aiment s'entourer de sportifs

Des petits villages de campagne aux grandes villes, les candidats aux municipales font régulièrement appel à des figures locales liées au sport pour rejoindre leurs listes. Entre enjeux d'image, de notoriété à des fins électorales et véritables compétences, le sportif apparaît comme le colistier idéal.

Le footballeur de Clermont Johan Gastien, le cycliste retraité Pierre Latour et l'ex-président du RC Toulon Mourad Boudjellal.

Crédit : AFP

Ennio Aparicio-Szkudlarek & Gabriel Joly

Je m'abonne à la newsletter « Politique »

Le footballeur Johan Gastien à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) et l'ex-joueur devenu consultant Johan Micoud à Bordeaux (Gironde), le cycliste fraîchement retraité Pierre Latour à Romans-sur-Isère (Drôme) ou encore Mourad Boudjellal, l'ex-président du club de rugby, à Toulon (Var)… Les municipales 2026 n’échappent pas à la règle : comme à chaque scrutin de ce type, de nombreuses personnalités liées au monde du sport sont candidates sur des listes électorales.

Qu’il s’agisse de Serge Blanco à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques), de Mohed Altrad à Montpellier (Hérault) et de Jean-Michel Aulas à Lyon (Rhône), certains n’hésitent pas à profiter de leur stature locale, acquise via des résultats sportifs, pour se lancer comme têtes de listes et récolter quelques soutiens de marque, à l'image du Ballon d’or 2022 Karim Benzema, formé à l'Olympique lyonnais, pour le dernier cité.

Les valeurs du sport, une image positive à véhiculer

Tandis que le Comité national olympique (CNOSF) a appelé à faire du sport "une grande cause municipale", voir des candidats faire appel à des personnalités issues de ce milieu est une tendance généralisée, aussi bien dans les grandes villes qu'à la campagne. Car les édiles en devenir ont tout intérêt à associer leur image à celle d'un sportif, analyse Philippe Moreau Chevrolet, expert en communication politique.

"Ils essayent de récupérer trois choses : d'abord la popularité des sportifs, qui font généralement consensus", détaille-t-il. "Puis les valeurs promues par le sport, comme la compétition saine et le sacrifice. Enfin, leur statut de membre de la société civile, qui plaît beaucoup plus aux électeurs que des figures du sérail politique."

À lire aussi

Un regard partagé par Christophe Hogard, maire divers droite des Herbiers (Vendée). "Le dépassement de soi, la détermination, le courage, le respect des règles et de l'adversaire… C'est plus que du sport. Ce sont des valeurs civiques", affirme l’élu, dont la liste municipale pour les 15 et 22 mars prochains a été volontairement composée avec 30% de personnes "en responsabilité dans le milieu du sport", sans compter quelques sportifs du dimanche. Son nom n'a pas été choisi au hasard : "L’esprit d’équipe."

Les joueurs des Herbiers sur la pelouse du stade de France avant la finale de la Coupe de France contre le PSG, le 8 mai 2018.

Crédit : FRANCK FIFE / AFP

Premier adjoint de sa prédécesseure réélue en 2020, Christophe Hogard est passé maire deux ans plus tard. Il a donc constitué pour la première fois son équipe, comme candidat numéro 1, cet hiver. "Aucun des sportifs de ma liste ne m'a demandé d’y être : je suis allé tous les chercher", dit-il, citant pêle-mêle un joueur du club de football herbretais, connu pour son épopée en finale de la Coupe de France 2018 face au PSG, les présidents des clubs d'athlétisme et de twirling, ainsi que la vice-présidente du club de basket.

Capables de travailler en équipe, dignes de confiance et reconnus par les électeurs

Outre l'image d'une terre de sport qu'il souhaite cultiver dans une ville qui compte 8.200 licenciés pour environ 17.000 habitants, il y voit une manière de créer du lien avec ses administrés. "Un sportif sur la liste, ça rassure les gens car ils se disent qu'il a déjà la capacité d'organiser des choses, en tant que bénévole dans son club", estime le candidat, qui dit vouloir promouvoir le sport-santé. “Avec des gens humbles à l'image des sportifs, ça va plus vite : ils sont habitués à travailler en équipe, ont une forme de modestie et ne cherchent pas les récompenses… Si bien qu'ils ne s'attendent pas à ce qu'on les sollicite pour la mairie."

À Besançon (Doubs), Pascal Orlandi confirme. S’il avait depuis un moment pour projet de s'engager, le président du club de cyclisme de l'AC Bisontine dit avoir été surpris d’être placé en 5e position sur la liste du candidat Ludovic Fagaut (LR). "N’ayant aucune expérience politique, je me voyais plus loin", confie-t-il, de retour de Cardiff où il a assisté au match du XV de France contre le pays de Galles.

"Je connaissais la moitié de l'avion affrété à Dole", illustre même celui qui refuse de s'encarter, quand on le questionne sur sa notoriété en Franche-Comté. Ses 32 années de présidence l’ont amené à s’impliquer dans l’organisation de la manche de Coupe du monde de cyclo-cross, avec Mathieu van der Poel comme invité star.

Je pense qu’ils ont une connaissance suffisamment importante de la politique pour placer les personnes qui leur paraissent les plus à même d'amener des votants pour eux, et c'est logique.

Pascal Orlandi, président d'un club de cyclisme, candidat sur une liste à Besançon

"On est des faire-valoir, oui, comme toute personne qui a réussi dans son domaine", déclarait il y a douze ans Marie-Claire Restoux, championne olympique de judo en 1996, avant d'être élue sur des listes des Hauts-de-Seine, à Levallois-Perret en 2001 et Ville-d'Avray en 2014. "Faire-valoir ? Peut-être un peu mais je pense qu'en étant l'organisateur de l’événement sportif qui attire le plus de monde à Besançon, on gagne une certaine crédibilité aussi", nuance Pascal Orlandi. Lui voudrait s'occuper de la voirie, plutôt que des sports, car il travaille également dans le bâtiment.

"Une solution de facilité"

À ce titre, il semble plus judicieux pour un futur maire de s'afficher avec un champion plutôt qu'un chanteur par exemple. "Un artiste, c’est toujours une prise de risque, car il ne va pas hésiter à s’exprimer par définition, alors que le sportif est plus discipliné. C’est une solution de facilité pour les candidats", estime Philippe Moreau Chevrolet, qui va même plus loin : "Arriver à avoir une personnalité sportive sur sa liste, c'est l'assurance de faire un pas vers la victoire."

Le sport étant par ailleurs un élément très structurant dans la vie locale, s'entourer de patrons de clubs - identifiés au quotidien auprès de centaines de licenciés - permet de toucher plus de monde et donc d'amasser de précieuses voix dans les urnes. "Je le vois comme un outil de communication exceptionnel, il faut s'en servir", ne se cachait pas le candidat sans étiquette, Thierry Gobino, au sujet de l'ex-footballeur David Ginola, en 2014. Il avait placé l'ancien attaquant du PSG au fond de sa liste pour Sainte-Maxime (Var), à une position où il était certain de ne pas siéger au conseil municipal.

Une vision à laquelle n'adhère pas Pierre Houin, médaillé d'or des JO de Rio 2016 en aviron. "Un nom n'est pas une compétence", juge celui qui a rejoint la liste de gauche de Mathieu Klein à Nancy (Meurthe-et-Moselle). "Cela peut être l'occasion de faire un article et donc de faire parler de la liste. Mais les gens restent concentrés sur leurs sujets de préoccupation du quotidien comme la sécurité, les transports et l'écologie."

Pour lui, "le titre de champion olympique, la notoriété, tout ça, c'est juste le socle grâce auquel les électeurs peuvent se dire : 'Ok, l'équipe est pertinente, on sait qu'on va avoir quelqu'un de légitime, de crédible parce qu'il est président de club et qui sait de quoi il va parler en termes de politiques sportives'."

Le candidat UPR Éric Ciotti, et son ex-colistier pour les élections municipales Jean-Pierre Rivère, le 23 janvier 2026 à Nice.

Crédit : Valery HACHE / AFP

Preuve de leur importance aux municipales, ces liens entre sport et politique sont scrutés par la concurrence. À Nice (Alpes-Maritimes), Éric Ciotti a ainsi écarté Jean-Pierre Rivère de son rôle prédestiné de premier adjoint, après que son rival Christian Estrosi a pointé un risque de conflits d'intérêts, "JPR" ayant récemment repris la présidence du club de l'OGC Nice, qui possède des contrats avec l'Hôtel de Ville.

Les candidats déclarés à Nice : Juliette Chesnel-Le Roux (Écologistes, soutenue par la gauche), Éric Ciotti (UDR, soutenu par le RN), Mireille Damiano (LFI), Christian Estrosi (Horizons), Céline Forjonnel (sans étiquette), Estelle Jacquet (Lutte ouvrière), Cédric Vella (Reconquête).

Les candidats déclarés à Nancy : Sarah Farghaly (LFI), Laurent Hénart (Centre / DVD, soutenu par Renaissance), Mathieu Klein (PS soutenu par la gauche), Emmanuel Lacresse (Collectif Nancy En Avant, ex-Renaissance), Christiane Nimsgern (Lutte ouvrière), Laurent Watrin (DVG).

Les candidats déclarés à Besançon : Éric Delabrousse (Horizons, Renaissance, Parti radical), Ludovic Fagaut (LR, soutenu par le MoDem), Jacques Ricciardetti (RN), Séverine Véziès (LFI), Anne Vignot (Écologistes, soutenue par la gauche), Nicole Friess (Lutte ouvrière).

Les candidats déclarés aux Herbiers : Christophe Hogard (DVD), Tanguy Sachot (DVG).

La rédaction vous recommande

L’actualité par la rédaction de RTL dans votre boîte mail.

Grâce à votre compte RTL abonnez-vous à la newsletter RTL info pour suivre toute l'actualité au quotidien

S’abonner à la Newsletter RTL Info