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"Gilets jaunes" : de Facebook à l'Élysée, retour sur un mouvement inédit en 9 actes

ÉCLAIRAGE - En un mois, les "gilets jaunes" ont réussi à déstabiliser l'exécutif. Emmanuel Macron et Édouard Philippe ont été contraints de reculer sur de nombreux points, après des pressions exercées par les Français.

LA crise des "gilets jaunes" dure a débuté le 18 novembre dernier.
LA crise des "gilets jaunes" dure a débuté le 18 novembre dernier. Crédit : AFP
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Marie-Pierre Haddad
et AFP

Plus qu'une colère. Les "gilets jaunes" pourraient bien s'avérer le point de bascule du quinquennat d'Emmanuel Macron. Réelle colère contre la baisse du pouvoir d'achat, ces Français ont agrégé avec eux un ras-le-bol généralisé contre la politique du président de la République mais aussi contre toute la classe politique.

Le mouvement a pris une telle ampleur que désormais se pose la question de la légitimité d'Édouard Philippe. En effet, le Premier ministre est en première ligne pour trouver des solutions pour désamorcer la colère et éviter tous débordement.

Des premières protestations contre la hausse des carburants via les réseaux sociaux aux manifestations, en passant par l'annulation de la taxe carbone, annoncée par Emmanuel Macron... Retour sur un mouvement inédit qui pourrait marquer, bien au-delà du quinquennat d'Emmanuel Macron.  

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1. Une vidéo point de départ

Dans une vidéo postée sur Facebook le 18 octobre, une internaute, inconnue du grand public, Jacline Mouraud, interpelle "Monsieur Macron" pour dénoncer "la traque aux conducteurs".

Hausse des prix du carburant, péages, radars... Ce "coup de gueule" devient très rapidement viral. À tel point qu'une pétition : "Pour une baisse des prix du carburant" sera très partagée sur internet. Ensuite, des appels aux blocages de routes en France vont se multiplier.   

2 Acte I : la mobilisation générale

Le samedi 17 novembre, la première journée de blocage des routes et autoroutes rassemble à travers la France près de 290.000 manifestants arborant le gilet jaune fluorescent, action inédite organisée en dehors de tout parti ou syndicat. On déplore un mort et 227 blessés, dont sept graves.

"Le cap que nous avons fixé, il est bon et nous allons le tenir", assure le lendemain Édouard Philippe. Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner dénonce le 20 novembre la "dérive totale" du mouvement. En quatre jours, l'agitation a fait 530 blessés et entraîné une deuxième mort accidentelle.

La Réunion est secouée par une flambée de violence, due notamment à de jeunes casseurs. Un couvre-feu partiel est instauré le 20 novembre sur l'île, pour cinq jours. 

3. Acte II : la cristallisation

Samedi 24 novembre, une semaine après la première manifestation, pour l'"acte II" de leur mobilisation, plusieurs milliers de manifestants s'opposent durement aux forces de l'ordre sur les Champs-Élysées, à Paris.

Les heurts font 24 blessés dont 5 côté forces de l'ordre, 101 personnes sont placées en garde à vue. Christophe Castaner blâme des "séditieux" de "l'ultra-droite", les partis d'opposition reprochent au gouvernement de vouloir réduire le mouvement aux violences et de rester sourd aux revendications. Un bilan officiel provisoire recense plus de 106.000 manifestants en France, dont 8.000 à Paris. 

4. La médiation avortée

Mardi 27 novembre, Emmanuel Macron prend la parole lors d'un discours d'une heure pour apporter une réponse aux "gilets jaunes". Le président de la République y annonce vouloir adapter la fiscalité des carburants aux fluctuations de prix et organiser une "grande concertation" dans les territoires.

Pas convaincus, des "gilets jaunes" appellent, après une première rencontre avec le ministre de la Transition écologique François de Rugy, à une nouvelle manifestation samedi 1er décembre sur les Champs-Élysées.

Jeudi, le premier ministre reçoit un premier "gilet jaune". Vendredi, deux autres se rendent à son invitation, mais l'un d'eux repart presque aussitôt, regrettant que la réunion ne soit pas diffusée en direct. 

5. Acte III : guérilla urbaine et Arc de triomphe tagué

Samedi 1er décembre, la troisième grande journée de mobilisation donne lieu à de multiples violences dans plusieurs villes de France et surtout à Paris, où l'Arc de triomphe et plusieurs quartiers huppés sont le théâtre de scènes de guérilla urbaine. Une troisième mort accidentelle a lieu en province.

L'Intérieur recense 136.000 manifestants en France, moins que le samedi précédent dont le bilan est réévalué à 166.000. La journée a fait 263 blessés et à Paris, les violences ont donné lieu à 370 gardes à vue.                    

6. Une réunion de crise au sommet de l'État

Dès son retour du G20 en Argentine, Emmanuel Macron convoque le 2 décembre une réunion de crise à l'Élysée. Dans Le Journal du Dimanche, dix "gilets jaunes libres", dont Jacline Mouraud, appellent à une "sortie de crise".

À Marseille, une octogénaire décède après avoir été blessée samedi chez elle par des éléments d'une grenade lacrymogène en marge des incidents. Édouard Philippe reçoit le lendemain, les chefs des principaux partis politiques. Des blocages de routes et dépôts pétroliers se poursuivent en France et des pénuries de carburant apparaissent.

Des "gilets jaunes" appellent à de nouvelles manifestations le samedi 8 décembre. 
Porté par cette contestation, le mouvement lycéen contre les réformes dans l'Éducation nationale perturbe 188 lycées en France

7. Le tant attendu "moratoire"

Mardi 4 décembre, Édouard Philippe annonce la suspension pour six mois de la hausse de la fiscalité sur les carburants et du durcissement du contrôle technique. Les tarifs du gaz et de l'électricité n'augmenteront pas "durant l'hiver".

Des réunions ministres-partenaires sociaux-élus locaux doivent permettre de trouver des solutions pour aider les gens "qui travaillent loin" de leur domicile. Ces annonces sont qualifiées d'insuffisantes par l'opposition

8. Le début de la fin pour Édouard Philippe ?

Envoyé en première ligne par Emmanuel Macron cette semaine, Édouard Philippe voit son avenir à Matignon remis en question par une crise des "gilets jaunes" qui déstabilise comme jamais l'exécutif et le chef de l'État. Malgré un désaveu de l'Élysée en plein débat à l'Assemblée nationale mercredi, le Premier ministre peut encore espérer une survie politique, soulignent toutefois des sources dans la majorité.

Notamment parce que la fronde vise principalement le président et que ce dernier ne veut pas pour l'heure d'un changement de cap majeur sur sa politique. Mercredi, devant les députés: Édouard Philippe annonce que la hausse de la taxe carbone ne figurera dans le budget 2019. Mais il laisse la porte ouverte à un retour, en cas d'hypothétique accord lors de la concertation de trois mois prévue par l'exécutif, "dans le projet de loi de finances rectificative prévu de longue date au printemps"

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L'Élysée juge que le chef du gouvernement ne va pas assez loin, et appelle alors des journalistes pour dire que la taxe est "annulée" et ne sera pas remise sur la table au cours de l'année 2019. À la fin du débat au Parlement, Édouard Philippe annonce plus que clairement que "la hausse de cette taxe est désormais abandonnée dans le PLF 2019", sans évoquer cette fois l'hypothèse d'un retour plus tard dans l'année.

Sollicité par l'AFPl'Élysée a assuré de l'"harmonie parfaite" entre Président et Premier ministre. "Alignement intégral", assure pour sa part Matignon, en soulignant le net soutien de la majorité au Premier ministre lors du vote à l'Assemblée.

Mais le cafouillage a révélé encore un peu plus la bataille qui se mène dans les coulisses du pouvoir, où un axe Matignon-Bercy de plus en plus affaibli tente depuis plusieurs semaines de reculer le moins possible face à la violente fronde contre la hausse des taxes sur le carburant et sur le pouvoir d'achat et les impôts en général

9. La peur de l'acte IV

Pas unifiés mais toujours déterminés: après trois semaines de mobilisation, les "gilets jaunes" continuent de porter des revendications disparates mais restent soudés face à l'exécutif avant un "acte IV" à hauts risques samedi à Paris.

Plus d'une dizaine d'événements Facebook appellent à un "acte IV" samedi après un "acte III" le week-end dernier marqué par un déferlement de violences à Paris. "Beaucoup plus de gens montent à Paris que les dernières semaines", remarque Fabrice Schlegel. "Imaginez l'état d'esprit : ils ont vu les images des week-ends précédents et ils veulent monter à Paris ! Pour moi,c'est irresponsable".

Autorités comme "gilets jaunes" craignent que la violence se propage en régions, comme ce fut notamment le cas  le week-end dernier avec l'incendie d'une préfecture au Puy-en-Velay. Rémi, mécanicien de 50 ans mobilisé sur un rond-point à Clermont-Ferrand, n'ira pas à Paris. "On préfère récupérer les gens du coin qui n'ont pas les moyens (...) et faire une action sympa sans violence".  

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2018-12-07 06:32:00
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