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Coronavirus : le déferlement de la deuxième vague, un instant critique pour Macron

DÉCRYPTAGE - Comme en mars dernier, la question d'un confinement est à l'étude du côté de l'exécutif. Entre-temps, la situation s'est compliquée pour Emmanuel Macron, critiqué pour son manque d'anticipation face à la deuxième vague.

Emmanuel Macron, le 23 octobre 2020
Emmanuel Macron, le 23 octobre 2020 Crédit : Ludovic MARIN / AFP / POOL
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Une crise sanitaire combinée à une crise économique, avec en filigrane des enjeux sécuritaires, diplomatiques et la menace d'une crise politique. À moins de deux ans de l'élection présidentielle, l'horizon s'assombrit pour Emmanuel Macron qui doit agir sur plusieurs fronts. 

Alors que la situation sanitaire s'aggrave en France - avec un nombre de contaminations par jour avoisinant les 100.000 cas, selon le président du Conseil scientifique Jean-François Delfraissy - l'équation politique se complique pour le chef de l'État. À tel point que l'exécutif concède que le bilan "va s'alourdir dans les prochains jours et semaines, quoi que nous fassions", des mots du ministre de la Santé Olivier Véran.

Sur le plan politique aussi, le constat se dégrade pour le gouvernement. Le Premier ministre Jean Castex n'a pas réussi à surfer sur l'image de son prédécesseur Édouard Philippe, la ligne Véran a été ébranlée et l'opposition recharge ses batteries dénonçant un manque d'anticipation.

Des mesures annoncées en retard ?

À travers le prisme politique, la deuxième vague n'épargne donc pas Emmanuel Macron. Le président de la République a repris la parole le 14 octobre dernier pour annoncer la mise en place d'un couvre-feu dans plusieurs villes de France. Une mesure étendue depuis à deux tiers des Français. En coulisses, cette action marquait surtout le retour de la ligne Véran au sein de l'exécutif

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Début octobre, Le Parisien rapportait les alertes du neurologue face au gouvernement. "À la fin de la première crise, au printemps, un certain nombre de critiques ont émergé pour dire qu'il y avait eu un manque d'anticipation, qu'il aurait fallu confiner plus tôt. Mais au mois d'août, j'ai dit : 'Attention l'épidémie repart, soit on la maîtrise tout de suite, soit elle risque de repartir avec les mêmes causes qui produiront les mêmes conséquences'. Mais c'était l'été, difficile de se faire entendre à ce moment-là". 

Se faire entendre par Emmanuel Macron ? "Plus tôt nous déploierons ces armes, moins cela durera longtemps. Car soyons clairs, il n'y a pas de plan B, pas d'autres stratégies que la prévention et l'anticipation", prévenait le ministre de la Santé. Le président a changé de discours : les jours heureux évoqués au moment du déconfinement ont fait place à un avenir plus sombre. "Nous en avons jusqu'à l'été 2021 au moins avec ce virus, tous les scientifiques sont clairs", prévenait le président de la République lors de sa dernière interview télévisée.

Un manque d'anticipation entre les deux vagues ?

Qui dit deuxième vague, dit première vague. L'opposition fait entendre sa voix sur le thème du manque d'anticipation. Début octobre, la maire de Paris Anne Hidalgo a alerté sur le nombre de clusters présents dans les universités à Paris. "Les jeunes sont entassés dans les amphithéâtres parce qu'on n'a pas anticipé l'augmentation du nombre d'étudiants, et il n'y a pas de mesures d'accompagnement", dénonçait-elle lors du Grand Jury RTL, Le Figaro, LCI.  Le chef de file des Insoumis Jean-Luc Mélenchon a lui aussi critiqué "l'imprévoyance absolue de ceux qui n'ont tenu aucun compte de la possibilité d'une deuxième vague"

Un défaut d'anticipation aussi pointé par la mission d'évaluation de la gestion de la crise du coronavirus, mandatée en juin par l'Élysée. Des "défaut manifestes d'anticipation, de préparation et de gestion" dans les aspects sanitaires ont ainsi été soulignés. Les commissions d'enquête sur la gestion du coronavirus à l'Assemblée et au Sénat évoquent aussi ce manque d'anticipation du gouvernement qui a débouché sur la pénurie de masques, une politique de dépistage peu efficace et une surcharge des services de réanimation dans les hôpitaux.

Reprenant les déclarations de Jean Castex indiquant que "le mois de novembre" serait "éprouvant" et que "le nombre de morts" allait "continuer d'augmenter", Marine Le Pen a mis en cause l'exécutif. "On peut être le meilleur prévisionniste du monde, mais quand c'est trop tard, c'est trop tard. Personne ne peut faire de miracle. Quand on a pris de décisions trop tardives, quand on n'a pas anticipé et pas prévu, il est trop tard pour prendre des mesures", déclarait-elle. 

L'hôpital au bord du gouffre ?

Le secteur hospitalier reste lui plus que jamais sous pression. Le directeur général de l'AP-HP Martin Hirsch craint une deuxième vague "pire que la première". L'épidémiologiste Karine Lacombe faisait un constat encore plus alarmiste sur LCI : "La situation est hors de contrôle". Éprouvé par la première vague, le monde de l'hôpital pointe aussi le "manque d'effectifs récurrents" qui aboutit à cette situation en flux tenduIl s'agit là du grand oublié de la dernière interview télévisée d'Emmanuel Macron.

Le 23 octobre dernier, le président de la République s'est donc rendu au centre hospitalier René-Dubos de Pontoise afin de prendre le pouls des soignants qui réclament "des embauches massives immédiates" et une "revalorisation significative des salaires".

Le chef de l'État scrute attentivement les chiffres du nombre de déprogrammation des interventions chirurgicales. "Nous savons que les couvre-feux n'auront pas d'effet avant deux à trois semaines, ce qui, dans la période actuelle, représente une éternité", explique à l'AFP Lamine Gharbi, président de la Fédération des hôpitaux privés. Ces établissements prennent en charge "en moyenne 30% des patients Covid en réanimation et en services de médecine au niveau national". Eux aussi ont dû commencer à déprogrammer des opérations

Et maintenant ?

L'étau d'un éventuel reconfinement se resserre autour d'Emmanuel Macron. Le président qui a toujours refusé un retour à un confinement comme au mois de mars, évoque d'autres versions du confinement. "Il est trop tôt aujourd'hui pour dire si on va vers des reconfinements locaux ou plus larges", a indiqué le chef de l'État. 

Au gouvernement, des ministres n'hésitent plus à évoquer cette option, autrefois taboue, comme l'indique William Galibert dans son édito politique sur RTL. "Si ça doit avoir lieu, les reconfinements doivent être ciblés, territorialisés. Mais on ne peut pas infliger aux Français et à l’économie le même traitement qu’au mois de mars dernier". 

Selon le président du Conseil scientifique Jean-François Delfraissy, plusieurs options sont possibles pour la période à venir. Il existe donc "la possibilité d'aller vers un couvre-feu plus massif à la fois dans ses horaires et dans son étendue et qu'il puisse être mis en place le week-end". Autre hypothèse : un confinement. Mais celui-ci serait "moins dur que celui de mars dernier, souligne le professeur Delfraissy. Il serait "de courte durée" et mis en place dès à présent. Autre différence avec mars dernier, le déconfinement. "On passerait par le couvre-feu", indique-t-il.

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