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Covid-19 : Philippe, Buzyn, Bachelot, qu'a-t-on appris de leurs auditions à l'Assemblée ?

DÉCRYPTAGE - L'ancien premier ministre a été auditionné par les députés dans le cadre de la commission d'enquête sur la gestion du coronavirus en France, à l'Assemblée. Avant lui, Agnès Buzyn, Roselyne Bachelot, Jérôme Salomon et Didier Raoult se sont soumis à l'exercice.

Édouard Philippe, Agnès Buzyn, Roselyne Bachelot, Didier Raoult
Édouard Philippe, Agnès Buzyn, Roselyne Bachelot, Didier Raoult Crédit : AFP
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Comprendre la gestion de la crise et analyser les failles. Ce sont les objectifs de la commission d'enquête parlementaire de l'Assemblée nationale qui auditionne tour à tour anciens premier ministre, ministres de la Santé et de l'Intérieur, mais aussi scientifiques et directeur général de la santé. 

Masques, tests, confinement, saturation des services de réanimation dans les hôpitaux, situation dans les Ehpad, communication auprès des Français... Tous les points critiques de la gestion de la crise du coronavirus sont analysés, remontant aux précédents gouvernements. Un travail minutieux, technique et de longue haleine qui doit établir la chaîne des responsabilités, au moment où la France est confrontée à la deuxième vague et où l'hypothèse d'un éventuel élargissement du couvre-feu à d'autres métropoles est à l'étude.

La commission d'enquête de l'Assemblée est présidée par le député La République En Marche de la Loire, Julien Borowczyk. Son rapporteur est le député Les Républicains des Alpes-Maritimes, Éric Ciotti. 

Philippe et ses "vraies angoisses pendant cette crise"

Pendant près de trois heures, Édouard Philippe s'est attelé à défendre son bilan. Porté par une popularité qui fait défaut à son successeur à Matignon Jean Castex, l'ancien premier ministre a assuré que sa gestion de la crise "a permis de sauver beaucoup de vie". "Pas toutes, a-t-il reconnu. Mais ce serait bien qu'on se le dise un petit peu".

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Interrogé par les députés du Palais-Bourbon sur les décisions prises à partir de janvier 2020, moment où les premiers signaux d'alerte apparaissent sur le virus, jusqu'au déconfinement en mai dernier. Reconnaissant des erreurs de communications, Édouard Philippe récuse un manque de réactivité de la part de l'exécutif. "Nous n'avons pas attendu mars pour armer la cellule interministérielle de crise"

L'ancien premier ministre joue cartes sur table concernant l'épineux sujet de la pénurie de masques qui avait déclenché polémiques sur polémiques lors de la première vague. C'est donc avec une franchise désarmante qu'Édouard Philippe a déclaré face aux députés qui l'auditionnaient n'avoir "jamais entendu parler de masques" de son arrivée à Matignon en 2017 à la "mi-janvier" 2020. "Quand on s’est dit : 'Tiens, attention. Il peut y avoir un sujet masques'. La question (qui en a découlé) : 'Est-ce qu’on en a ?'. Et 117 millions, c’est beaucoup ou pas beaucoup ? Je ne sais pas, moi…", reconnaît-il.

Petit à petit, un engrenage se met en place. Édouard Philippe explique que la situation s'est tendue et est devenue "extrêmement délicate", lorsque le chiffre de 40 millions de masques par semaine est apparu. Il s'agit de la quantité nécessaire pour approvisionner le personnel soignant. Les experts avaient chiffré à cinq millions le nombre de masques nécessaire... Autre point de bascule : "On voit que, dans la durée, il n’est pas garanti qu’on arrive à fournir des masques aux soignants. Là, on sait qu’on va avoir un sacré sujet".

Édouard Philippe a aussi expliqué avoir eu "des vraies angoisses pendant cette crise" : "Quand vous avez des directeurs d'hôpitaux qui vous disent : 'Dans 36 heures, j'ai plus de curare et j'ai un service de réanimation plein', vous n'êtes pas exactement détendu".

Buzyn, Sibeth et la responsabilité des Français

Le 30 juin, Agnès Buzyn était auditionnée par la commission d'enquête de l'Assemblée. L'ancienne ministre de la Santé a défendu à son tour la politique du gouvernement. "Vous ne pouvez pas dire que je n’ai pas anticipé. Arrêtez de dire que je n’ai rien vu, j’ai tout vu !", lançait-elle aux députés. 

À l'époque, Christophe Lagarde avait rétorqué avec colère : "On a expliqué qu'on a tout anticipé, qu'on a tout bien fait... On a anticipé quoi ? On a tout bien fait quoi ? À un moment donné, la révolte qui est la mienne, je pense qu'elle commence à être celle de beaucoup de Français, en disant 'on se fout de nous'".

Interrogé aussi au Sénat fin septembre, l'ancienne ministre de la Santé a indiqué avoir été guidée "par son intuition". Mais l'ancienne candidate aux municipales à Paris a mis en cause les Français. "Force est de constater que l’opinion ne s’est pas préparée", avait-elle dit. L'ancienne porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye avait adopté la même stratégie et mis en cause le "défaut d'acculturation scientifique de la population française". Elle avait reconnu néanmoins des erreurs de communications. "J’ai fait 90 interventions médiatiques en 6 mois... Oui, j’ai eu des phrases maladroites, inadéquates et malheureuses !", indiquait-elle.

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Bachelot et les "moqueries" lors de l'épidémie de H1N1

Ancienne ministre de la Santé pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy et au sein du gouvernement de François Fillon, Roselyne Bachelot a été interrogée non pas sur la crise du coronavirus, mais sur sa gestion de l'épidémie d'H1N1, en 2009. "Les procès dont j'ai été l'objet, les moqueries, les mises en cause ont été d'une telle violence et d'une telle injustice que je peux comprendre les craintes que cela a suscitées chez certains de mes successeurs", déclarait-elle. 

Elle avait par la suite ajouté que "c'est considéré que l'opinion publique doit gérer la politique sanitaire du pays, ce qui n'a jamais été ma vision. Je me moque de l'opinion en ce domaine. Je fais ce qu'il y a faire. Je n'ai jamais agi par sondage, ni pas a priori". L'ancienne ministre de la Santé, en charge désormais de la Culture sous le mandat d'Emmanuel Macron, n'a pas mâché ses mots. 

Elle dénonçait un "panier de conneries" entendu lors de sa décision de commander les 47 millions des vaccins contre le H1N1. "Dans les regrets que j'ai et qui me poursuivent parfois la nuit, je me dis : 'Si la pandémie avait été grave, n'ai-je pas indiqué un coefficient trop élevé ?'" Visiblement marquée par cet épisode de sa carrière politique, Roselyne Bachelot a ajouté : "Devant la campagne outrancière dont j'ai été l'objet, qui a tellement fait souffrir mes proches, certains m'ont dit : 'Tu n'as qu'a te réfugier derrière l'OMS.' Non. Ce n'est pas ma conception de l'action publique. Aucune action ne m'a été dictée par l'OMS (...) Ces décisions, je les ai prises en liberté, sur un certain nombre d'indications diverses et variées".

Salomon et les "polémiques entre scientifiques"

Le directeur général de la Santé Jérôme Salomon a répondu aux interrogations des élus. À l'Assemblée nationale, il a répondu aux nombreuses polémiques liées à la pénurie de masques. "Nous avons décidé de commander 100 millions de masques le 30 octobre 2018. Pourquoi 100 millions de masques ? (...) Nous avions acté une évolution (...) vers un stock tournant. Cela veut dire quoi ? Que nous considérions que laisser un stock dormant n'était pas forcément une bonne solution. Que ce stock devait servir, que ce stock devait être régulièrement réalimenté pour qu'il n'y ait pas d'un seul coup l'ensemble du stock qui soit périmé", déclarait-il.

Autre polémique : le dépistage. Jérôme Salomon avait défendu la stratégie mise en place qui consistait en mars dernier à ne tester dans un premier temps que les personnes hospitalisées. "Il y avait un bénéfice individuel qui n'était pas évident puisque ce qui compte, c'est évidemment la prise en charge parfaite par le médecin traitant. Nous avons beaucoup progressé sur la capacité de test aujourd'hui, avec une stratégie de test très volontariste qui est d'aller chercher toutes les personnes symptomatiques".

Sur les traitements, le directeur général de la Santé reconnaît des "polémiques" au sein de la classe scientifique. "Il y a eu une volonté immédiate de nos équipes médicales, en particulier pour les malades les plus graves, de donner un accès aux meilleurs traitements. (...) Il y a des polémiques entre scientifiques. On peut en parler autant que vous voulez, mais simplement, ce que je veux dire, c'est que l'accès à l’hydroxychloroquine a été permis, évidemment, dans le cadre de recherches cliniques".

Raoult et ses attaques contre le Conseil scientifique

Provoquant des avis très tranchés sur ses travaux et ses propos pendant la première vague de coronavirus, Didier Raoult s'est aussi plié à l'exercice au Palais-Bourbon. L'épidémiologiste avait violemment chargé le Conseil scientifique. "Ce n’était pas un conseil scientifique. Moi j’en ai un à Marseille qui fait rêver le monde entier, je n’ai que des stars dans leur domaine. Un conseil scientifique, ce n’est pas une bande de types qui ont l’habitude de travailler entre eux et qui discutent en disant : 'Et toi, qu’est-ce que tu en penses ?', déclarait-il devant les députés de la commission d'enquête à l'Assemblée. 

Et d'ajouter : "Je leur ai dit : 'Si vous voulez faire un vrai conseil scientifique, je vous donne la liste des dix meilleurs en France sur le coronavirus'. Là, il y en avait aucun".

Didier Raoult n'a pas mâché ses mots à l'encontre du ministre de la Santé Olivier Véran, en particulier sur la politique de dépistage. "Il y a eu un mécanisme qui s’est fait : puisqu’on ne peut pas faire les tests, les tests sont inutiles. Mais ce n’était pas vrai. On pouvait faire des tests", avait-il lancé. Il s'était aussi exprimé sur le traitement à base d'hydroxychloroquine. "Je vous rappelle que l'hydroxychloroquine, en 2019, 36 millions de comprimés ont été distribués sans ordonnances ! Et d'un coup on décide qu'on n'a plus le droit de l'utiliser ? Celui qui a aidé à décider cela a fait une faute", se défendait-il.

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