6 min de lecture Jean-Luc Mélenchon

Coronavirus, frontières et économie : comment Macron, Le Pen et Mélenchon s'adaptent à la crise

DÉCRYPTAGE - La crise sanitaire et économique pousse les partis politiques à réorienter leur discours vers le "localisme" et la "souveraineté économique". Comment Macron, Le Pen et Mélenchon ont-il fait évoluer leur position sur ces sujets ?

Macron, Mélenchon, Le Pen et Hamon lors du débat du 20 mars 2017
Macron, Mélenchon, Le Pen et Hamon lors du débat du 20 mars 2017
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

"Démondialisation", "localisme", "souveraineté économique"... Les crises sanitaires et économiques liées au coronavirus provoquent une évolution du discours politique avec le recentrage de certains sujets au cœur du débat. À l'image de ces mots qui ont à nouveau émergé dans les discours politiques, même si ces notions ne sont pas nouvelles au sein de la vie politique française. 

Si le sujet de la démondialisation est à ce point présent dans le contexte actuel, c'est avant tout parce que "le coronavirus pourrait remettre en cause l'organisation mondialisée en forçant les entreprises à trouver des solutions de production locale pour compenser la baisse d'activité en Chine", explique François Lenglet à RTL

"La peur de la contamination est en train de provoquer un choc psychologique qui peut rompre les chaînes de production même si d'autres facteurs, comme le réchauffement climatique et la guerre commerciale, l'expliquent également. L'épidémie accélère donc un changement qui était déjà amorcé", ajoute l'économiste.

Pourquoi parle-t-on à nouveau de démondialisation ?

Le retour des frontières, la remise en cause de la mondialisation, la présence d'un État fort... Autant de sujet sur lesquels la classe politique se positionne pour préparer le jour d'après. Selon Alexandre Escudier, chercheur au Cevipof, "on a souvent parlé par le passé de démondialisation, mais désormais on le fait avec un tout autre sens". 

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"Avant, il n'y avait pas de choc pandémique ou de choc économique. Ce sujet était davantage abordé sous un prisme social. À gauche, on mettait en avant le fait que la mondialisation faisait des gagnants et des perdants. Du côté de la droite radicale, on défendait la démondialisation pour protéger sa population", résume-t-il. 

Aujourd'hui, "on ne parle plus de démondialisation à travers le social, note le chercheur joint par RTL. Cela est traité à travers l'enjeu économique et l'enjeu climatique". Donc forcément, selon Alexandre Escudier, les acteurs qui évoquaient la démondialisation ne sont plus les mêmes.

Un nouveau modèle pour Macron

Un changement de discours a été opéré chez Emmanuel Macron. Un virage à gauche à 18 degrés dû à la crise économique. "Sachons nous réinventer, moi le premier", concédait-il lors de sa dernière prise de parole le 13 avril dernier. Un mois auparavant, il déclarait : "Il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s'est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour, interroger les faiblesses de nos démocraties". 

Plus tard, le chef de l'État esquissait une nouvelle politique économique. "Sur certains biens produits, le caractère stratégique impose d'avoir une souveraineté européenne. Mais il faut aussi produire plus sur le sol national pour réduire notre dépendance et nous équiper sur la durée", expliquait-il lors d'une visite dans une usine qui produit des masques près d'Angers.

Cette crise bouscule pas mal des préceptes du chef de l’État

Olivier Bost
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Pour l'éditorialiste politique Olivier Bost, "ce confinement est l’opportunité (pour le gouvernement) de retrouver des idées d’ici la fin du quinquennat et, pourquoi pas, pour les années à venir. Il faut dire que cette crise sanitaire bouscule pas mal des préceptes du chef de l’État sur le plan social et le plan économique". 

Des ministres citent spontanément la découverte des vertus des services publics ou les doutes sur la mondialisation et le besoin de retrouver une souveraineté économique. "Pour certains, c’est un changement de doctrine profond qu'il faut mettre en place et l’occasion de penser un nouveau monde en rééquilibrant un peu plus à gauche", espère un conseiller cité par le journaliste. 

Ainsi, le projet politique d'Emmanuel Macron pourra être amené à évoluer. "Ma crainte, c'est que le monde d'après ressemble furieusement au monde d'avant, mais en pire", a déclaré Jean-Yves Le Drian dans une interview au Monde. Même François Bayrou, patron du MoDem et partenaire de la majorité, "conçoit désormais que la mondialisation devient 'un sujet d'inquiétude'", note l'AFP

Le retour du revenu universel de Hamon

La gauche voit quant à elle l'occasion de renaître de ses cendres. En mars dernier, le chantre du "made in France" Arnaud Montebourg assurait dans les colonnes du Figaro que "la mondialisation" était "terminée". "La France ne sait plus produire les tests biologiques, les masques et les combinaisons de protection, le gel hydroalcoolique et les respirateurs pour ses propres besoins de sécurité sanitaire. Elle a préféré s’en remettre avec désinvolture au marché", fustige-t-il.


L'ancien candidat à la primaire de la gauche en 2017 et depuis retiré de la vie politique prône dans Libération la "reconquête de notre souveraineté au sens large : alimentaire, technique, numérique, énergétique", mais aussi une "reconstruction écologique" : "Le moins d'importations possible, une économie davantage tournée vers le marché intérieur continental, avec des bons salaires et de meilleurs prix pour rémunérer ceux qui produisent ici".

Pour l'ancien candidat à l'élection présidentielle, Benoît Hamon, "notre société s'est lourdement trompée en préférant les biens aux liens". Dans une tribune publiée dans Le Monde, l'ancien membre met en avant le revenu universel, proposition phare de son programme présidentiel. "La force du revenu universel, c'est qu'il subsiste, quoi qu'il advienne, qu'il est toujours là quand une crise majeure survient, écrit-il. Le revenu universel et inconditionnel est l'antidote social à la répétition de ces crises sanitaires", insiste-t-il.

Le "chemin gouvernemental" de Mélenchon

Chez la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon multiplie les attaques contre Emmanuel Macron. Un "faussaire" qui vole "les mots" du mouvement, mais sans reprendre son programme, selon lui.

Dans Libération, le chef de file des Insoumis estime avoir tracé la voie depuis des années, et notamment dans son programme présidentiel de 2017. "Son idéologie (celle d'Emmanuel Macron) le paralyse devant les questions de survie collective. Au nom de quoi choisir comme docteur celui qui vous a brisé les jambes ?", critique l'ancien candidat à la présidentielle pour qui, en revanche, "les insoumis ont un rôle à jouer" dans la sortie de crise.

"Nous ne sommes pas juste des commentateurs, nous voulons ouvrir une issue historique à la crise de la civilisation. C'est notre responsabilité", assure-t-il. "Notre programme propose un chemin gouvernemental. On veut dire quelque chose de fort : on peut commencer à changer le monde demain matin si vous voulez", précise Jean-Luc Mélenchon.

Le "localisme" version RN

Au Rassemblement national aussi, on explique avoir toujours pointé ses sujets du doigt. "Cette crise valide notre vision" du "localisme" et "l'urgence de revoir notre adhésion aveugle à cette mondialisation sans limite et sans règle", soutenait dès fin février Marine Le Pen. "Depuis le début de l'épidémie, la présidente du Rassemblement nationale multiplie les tweets et les interventions dans les médias pour dire, qu'elle a eu "la prescience" de la gravité de la crise, en étant la première à demander la fermeture des frontières. Dénonçant jour après jour les "mensonges" d'un gouvernement qu'elle ne croit "pas capable" de venir à bout de l'épidémie.

"Les notions de frontières, de souveraineté nationale, de puissance étatique étaient déjà là dans la lutte contre le terrorisme et lors de la crise migratoire" de 2015, rappelle le politologue Pascal Perrineau à l'AFP. Ces difficultés dans les banlieues "c'est du pain béni pour le RN. C'est un moyen de confirmer ses thèses : ce sont des populations rebelles, réfractaires, et finalement qu'on ne peut pas intégrer, même si elles sont nées en France", ajoute le sociologue spécialiste du RN Sylvain Crépon.

Entre être un lanceur d'alerte et être celui qui profite électoralement de l'alerte lancée, il y a tout le problème du RN

Jean-Yves Camus, politologue spécialiste du RN
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Pascal Perrineau reste toutefois "prudent" sur les chances de ces partis de tirer électoralement profit de la crise, comme après les tensions migratoires qui avaient porté au pouvoir en Autriche et en Italie des coalitions où figuraient des partis d'extrême droite. L'opinion, "traumatisée", réclame "de l'expertise, du professionnalisme, de la science". "Or, il n'est pas sûr que les tribuns populistes, avec leur faconde, leur côté extrêmement démagogique, soient forcément rassurants", soutient-il.

"Entre être un lanceur d'alerte et être celui qui profite électoralement de l'alerte lancée, il y a tout le problème du RN d'arriver sur la plus haute marche", note de son côté le politologue spécialiste du RN Jean-Yves Camus.

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