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Coronavirus : le dialogue avec les maires, l'éternel point faible de Macron ?

DÉCRYPTAGE - Des maires "irresponsables" d'un côté et un "manque de confiance" de l'autre. Le gouvernement fait face à la fronde des élus qui reprochent à l'exécutif son manque de concertation. Une situation qui s'est déjà produite par le passé et qui pourrait pénaliser Emmanuel Macron.

Le président Emmanuel Macron et le Premier ministre Jean Castex, le 14 juillet 2020 à Paris.
Le président Emmanuel Macron et le Premier ministre Jean Castex, le 14 juillet 2020 à Paris.
Crédit : Ludovic Marin / POOL / AFP
Marie-Pierre Haddad

Gouvernement contre élus de terrain, épisode 27. Les crises sanitaire et économique liées à la pandémie de coronavirus provoquent un énième bras de fer entre le gouvernement et certains maires. Le retour du confinement à travers tout le territoire national a crispé un peu plus leurs relations qui s'étaient déjà détériorées lors de la crise des "gilets jaunes".

Quelques heures avant les annonces de Jean Castex sur la fermeture des rayons comportant des produits "non-essentiels" dans les supermarchés, plus de cinquante maires et présidents de grandes agglomérations urbaines ont intensifié la pression, exhortant le gouvernement à "travailler rapidement à une solution" pour les commerces de proximité, dont les librairies.

Hors de question pour le gouvernement de reculer et d'annoncer la réouverture des libraires. Sur RTL, Bruno Le Maire a dénoncé "l'irresponsabilité" de certains maires. "On met la loupe sur la petite trentaine de maires, une poignée de maires qui ont pris des arrêtés irresponsables. Il y en a 36.000 autres qui sont responsables". Selon le ministre de l'Économie, "défier l'État en prenant des arrêtés municipaux, est irresponsable".

Une "faute politique" ?

Les propos du locataire de Bercy visent en particulier les maires de Perpignan, Brive, Beaune, Valence, Chalon-sur-Saône, Colmar qui ont pris des arrêtés autorisant l'ouverture des commerces non alimentaires, dont les librairies, sur leur commune. 

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En réponse aux déclarations de Bruno Le Maire, le secrétaire général de l'Association des maires de France (AMF) et maire UDI de Sceaux Philippe Laurent a exigé du ministre qu'il "retire ses propos" sur les élus. Sur Sud Radio, il lance la charge contre le gouvernement de Jean Castex : "Traiter ainsi les maires (...), qui sont auprès des populations, c'est une faute politique (...) Ce gouvernement ne sait pas faire confiance". 

Ces réponses par médias interposés marquent donc une nouvelle fracture entre l'exécutif et les territoires. Quelques mois auparavant, un nouvel accrochage s'était produit, après l'annonce faite par le ministre de la Santé Olivier Véran de fermer les bars et restaurants à Marseille, à partir de 22 heures. Une décision qui avait provoqué l'ire des élus locaux débouchant sur une guerre ouverte entre Marseille et l'exécutif basé à Paris.

Castex, l'homme des territoires ?

Cette situation est à l'opposé de la ligne politique affichée par Jean Castex, lors de sa prise de fonctions à Matignon. Le 15 juillet dernier devant les députés, le premier ministre lançait : "Il y a beaucoup de France qui se sentent loin et laissées pour compte, lance le premier ministre. Ce sera notre première ambition immense : ressouder ces France si différentes, les réconcilier". 

Et d'ajouter : "Je suis comme simple citoyen, comme maire depuis douze ans, engagé au service des autres. Je sais qu'il existe une France qui ne dit rien mais qui n'en pense pas moins (...) Une France de la raison que nous devons écouter et mieux considérer".

Jean Castex a voulu faire des "territoires", mot qu'il affectionne particulièrement, le cœur de sa ligne politique. Et pour cause, lors de son discours de politique générale, le mot a été répété 25 fois par le chef du gouvernement. Une façon de se différencier de son prédécesseur Édouard Philippe.

L'autorité de l'État malmenée ?

Les reproches adressés à Emmanuel Macron et au gouvernement, par certains maires, ne sont pas une nouveauté. Centralisation des décisions à Paris, "gilets jaunes", report du second tour des élections municipales... Les sujets de friction demeurent nombreux. Pourtant, en avril dernier avec en ligne de mire le déconfinement proposé par Jean Castex, le président de la République s'attelait à reconstruire ce lien brisé avec les collectivités. "Le rôle logistique" des maires y était vanté, tout comme la "concertation avec les élus locaux et adaptée aux réalités".

Ce n'est pas seulement un manque de communication entre les protagonistes qui se joue. Mais bien une défiance et une remise en cause de l'autorité de l'État. "On ne brave pas l'autorité de l'État en mettant en jeu la santé de nos compatriotes et en prenant des arrêtés illégaux", a lancé Bruno Le Maire sur RTL ce lundi 2 novembre. 

La dernière allocution télévisée d'Emmanuel Macron a marqué un tournant dans la ligne politique de l'exécutif face au coronavirus. Fini la stratégie du "cas par cas", les zones vertes, oranges et rouges, les différents seuils d'alertes et les exceptions qui avaient rythmé jusque-là les annonces du gouvernement. Cette fois-ci, le chef de l'État a souhaité reprendre les choses en main avec un ton martial. D'ailleurs, la décision de reconfiner la France et ses modalités ont été tranchées lors de deux Conseils de défense. Reste à savoir si cette énième fracture avec les territoires sera compatible avec la mise en œuvre d'un déconfinement à venir…

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