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Castex : exister sous Macron, se démarquer de Philippe... Décryptage de son style

DÉCRYPTAGE - Le Premier ministre a tenu son discours de politique générale devant les députés, mercredi 15 juillet. Il a ainsi esquissé la feuille de route du gouvernement, axée sur son plan pour "ressouder" la France.

Jean Castex, le 15 juillet 2020, à l'Assemblée nationale
Jean Castex, le 15 juillet 2020, à l'Assemblée nationale Crédit : MARTIN BUREAU / AFP
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

"Soyez bon et comme on dit chez moi, 'bon vent'". C'est ainsi qu'Édouard Philippe a résumé la mission de son successeur à Matignon, lors de la passation des pouvoirs avec Jean Castex, le 3 juillet dernier. 

Depuis, le nouveau premier ministre a la lourde tâche de mener la politique de l'exécutif pour les 600 derniers jours du quinquennat d'Emmanuel Macron. Sa mission s'annonce délicate puisqu'il succède à Édouard Philippe, dont la cote de popularité à Matignon pourrait faire des envieux. 

La prise de fonction de Jean Castex a débuté sur les chapeaux de roue avec, un séminaire gouvernementale, un déplacement express en Guyane, suivie par des réunions sur le très attendu Ségur de la Santé, le mini-défilé du 14-Juillet et le discours de politique générale devant les députés de ce mercredi 15 juillet

Se différencier d'Édouard Philippe

"Il veut se faire connaître, s'imposer et montrer qu'il a une vision à 360 degrés des sujets", résumait un conseiller ministériel dans Le Parisien. Un point important dans la communication du premier ministre, selon une source citée dans Les Échos. "Il faut que les Français comprennent très vite pourquoi il a été choisi par Macron et que ça n'est pas le fait du Prince".

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Le principal concerné a détaillé sa vision de sa fonction au Figaro : "C’est un rendez-vous avec soi-même, il faut sentir le pays, à la fois s’inscrire dans les orientations du chef de l’État et puis avoir conscience qu’il faut faire des choses précises et concrètes parce qu’on a 600 jours". Mais cela suffira-t-il pour se distinguer d'Édouard Philippe ? "Quand on vous pousse dans de l’eau glacée, il faut bien nager, non ? Le poste de premier ministre est très important, et j’ai l’obsession de lui faire honneur, de me montrer digne de l’occuper", ajoute-t-il dans le quotidien.

Jean Castex voit une différence entre lui et son prédécesseur à Matignon : le fait qu'il ne vienne "pas du sérail". C'est "peut-être un atout quand on sait que la classe politique est discréditée. Et chaque jour qui passe je suis un peu plus dans la classe politique ! Il faut être comme on est, et après on sera jugés sur pièces, sur l’action". Ne pas venir du sérail, pourtant Jean Castex est un énarque qui a fait la majeure partie de sa carrière politique dans la haute administration. Avant d'accéder à Matignon, il a été directeur de cabinet de Xavier Bertrand au ministère de la Santé, puis à celui du Travail. Il a ensuite été secrétaire général adjoint de l'Élysée pendant la présidence Sarkozy.

Territoire, territoire, territoire

Jean Castex compte miser sur son expérience des territoires et cultiver cette image. C'est d'ailleurs le premier argument avancé par Emmanuel Macron. Interrogé lors de l'interview du 14-Juillet sur le choix de le nommer premier ministre, le président de la République a indiqué qu'il s'agissait d'"un élu de terrain, pas d'une grande ville mais d'une ville de taille plus réduite". 

Dans la lignée du dialogue avec les territoires, le chef de l'État a mis en avant la "culture du dialogue social", présente chez son nouveau premier ministre. Sans oublier le fait que cet énarque "connait très bien ce qu'est la vie des élus locaux" et "les arcanes de notre modèle social". Au Figaro, Jean Castex insiste sur son lien avec les Français. "Je ne m’imagine pas me couper des Françaises et des Français, il faut aller parler aux gens. Une petite minorité ne veut pas parler, mais je crois à une majorité silencieuse de bon sens auprès de qui il faut expliquer, avec qui il faut discuter". 

Même stratégie à l'Assemblée nationale lors de son discours de politique générale. À la tribune, il a répété 25 fois le mot "territoire". "Notre première ambition, immense" sera de "réconcilier ces France si différentes, les souder ou les ressouder, a-t-il affirmé. Je sais qu'il existe une France qui ne dit rien mais qui n'en pense pas moins". Et d'ajouter : "La France, c'est la République. Et celle-ci aussi se trouve aujourd'hui ébranlée dans ses fondements par la coalition de ses ennemis : terroristes, extrémistes, complotistes, séparatistes, communautaristes". 

Le "maître des horloges" ?

À cela s'ajoutent le style et la personnalité de Jean Castex. À peine nommé, le premier ministre a indiqué être "le maître des horloges". Réagissant sur le calendrier des réformes à venir, le locataire de Matignon a utilisé, sans détour, une phrase d'habitude attribuée... à Emmanuel Macron

L'ancien secrétaire général adjoint de l'Élysée s'est (déjà) confronté au calendrier jupitérien.Contrairement à ce qu'il avait annoncé, Jean Castex a dû décaler sa prise de parole devant l'Assemblée nationale, après celle du président de la République pour le 14-Juillet. 

Jean Castex, c'est aussi un franc-parler. Dans Le Journal du Dimanche, le premier ministre prévenait : "Vous verrez que ma personnalité n’est pas soluble dans le terme de 'collaborateur'". Même tonalité au Journal Télévisé de TF1 : "Les étiquettes, c'est pour les pots de confiture. Je suis moi-même et je le demeurerai", avait lancé le premier ministre fraîchement nommé. Fixé sur son objectif des 600 jours, le successeur d'Édouard Philippe assure ne pas être "ici pour chercher la lumière" mais "pour chercher des résultats".

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