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Coronavirus : comment Emmanuel Macron amorce une nouvelle ère politique

DÉCRYPTAGE - Lors de sa prise de parole, Emmanuel Macron a radicalement changé de style, marquant une rupture avec ses précédentes allocutions. Un nouveau Macron qui amorce un nouveau rapport avec les Français.

Emmanuel Macron, lors de son allocution du 13 avril 2020
Emmanuel Macron, lors de son allocution du 13 avril 2020 Crédit : FRANCK FIFE / AFP
Marie-Pierre Haddad
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Des proches du président avaient prédit un discours churchillien fait de sang et de larmes, mais il n'en sera rien. Lors de sa dernière allocution, Emmanuel Macron a esquissé les contours d'une sortie de crise, un mois après ses premières annonces sur le confinement. 

Une prise de parole attendue qui a rassemblée au total 36,7 millions de téléspectateurs, selon les données communiquées par Médiamétrie. "Un record absolu". À titre de comparaison, la précédente allocution télévisée du président de la République avait réuni 35,4 millions de spectateurs, le 16 mars dernier.


Sans pour autant annoncer un déconfinement, le chef de l'État a fixé la date du 11 mai, afin d'envisager le début d'une nouvelle étape. Une sorte de pré-déconfinement qui devrait vraisemblablement commencer par une réouverture "progressive" des crèches, écoles, collèges et lycées.

Le mot "guerre" délaissé pour celui de la "solidarité"

Ce discours d'une importance capitale, car au cœur de la crise, a été minutieusement préparé par Emmanuel Macron. Selon Le Parisien, le président de la République a planché pendant six jours et a consulté à tout va, afin d'affiner ses annonces. "Il est même probable qu'il improvise une partie en plein direct. Ça lui est déjà arrivé par le passé", prévenait un de ses proches.

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Lors de cette nouvelle prise de parole depuis l'Élysée, Emmanuel Macron a changé de stratégie. Fini les envolées lyriques, fini le langage guerrier qui avait marqué ses précédentes allocutions : le président apporte plus de subtilité et n'apparaît plus seulement en père de la nation. "Les résultats sont là. Plusieurs régions ont pu être épargnées. Depuis quelques jours, les entrées en réanimation diminuent. L'espoir renaît", déclarait le président de la République. 

Le mot "espoir" a ainsi été le fil conducteur du discours du chef de l'État. À celui-ci s'est ajoutée la notion de "solidarité", mise plusieurs fois en avant. Un champ lexical bien loin de celui de la "guerre" et de "l'ennemi invisible"."Notre Nation se tient debout, solidaire, dans un but commun (...) Nous voilà tous solidaires, fraternels, unis, concitoyens d'un pays qui fait face (...) Et je veux ce soir partager avec vous, au cœur de l'épreuve, cette fierté, a-t-il déclaré. Cette certaine idée qui a fait la France est bien là, vivante et créatrice. Et cela doit nous remplir d'espoir". 

"Sachons nous réinventer, moi le premier"

Autre évolution du personnage présidentiel : l'humilité. Cette absence a souvent été reprochée à Emmanuel Macron, notamment au plus fort de la crise des "gilets jaunes". Le président était alors critiqué pour sa stature jupitérienne et sa politique verticale qui dicte le chemin à suivre.

Désormais, le président assume et affiche les failles de l'État, et donc par conséquent les siennes. "Failles", "insuffisances", "ratés"... Emmanuel Macron cherche ainsi à faire table rase des polémiques, des incompréhensions et des manquements, afin de rebâtir une nouvelle base. 

Afin d'y parvenir, il mise sur la transparence la plus totale. "Alors à quelle échéance, dès lors, peut-on espérer entrevoir la fin définitive de cette épreuve ? Quand pourrons-nous renouer avec la vie d'avant ?, interroge Emmanuel Macron. Je sais vos questionnements, je les partage. Ils sont légitimes. J'aimerais tellement pouvoir tout vous dire et vous répondre sur chacune de ces questions. Mais en toute franchise, en toute humilité, nous n'avons pas de réponse définitive à cela". Emmanuel Macron a aussi appelé à "nous réinventer, moi le premier", notamment en sortant "des sentiers battus" et des "idéologies" avec la crise du coronavirus.

L'humain avant l'économie

Sur le fond du discours Emmanuel Macron a aussi cherché à reprendre de la hauteur, en remettant à plat les sujets dont lesquels il se charge, au niveau européen et ce qu'il demande au premier ministre et au gouvernement. Une redistribution des rôles qui intervient après plusieurs polémiques et erreurs de communication, en particulier sur les masques.

Le président de la République a évoqué les mesures économiques, mais par le prisme de l'humain, tout en laissant le soin au gouvernement de les préciser. Ce discours était moins axé sur le régalien que le précédent, privilégiant ainsi des exemples concrets de la vie quotidienne. 

Il a ainsi annoncé une "aide exceptionnelle" à destination des familles modestes et des étudiants en situation de précarité. "Cette période est encore plus difficile à vivre lorsqu’on habite à plusieurs dans un appartement exigu, lorsqu’on ne dispose pas chez soi des moyens de communications nécessaires pour apprendre, se distraire, échanger", a-t-il déclaré. Autant de changements qui amorcent une nouvelle période politique pour Emmanuel Macron. "Si je n'embarque pas les Français dans ce projet, il ne vaut rien", confie-t-il en privé, car Emmanuel Macron en est parfaitement conscient : il ne pourra pas réussir l'après-crise sans le soutien des Français.

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