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Coronavirus : le malaise sur la pénurie de masques enfle avec la colère des maires

ÉCLAIRAGE - Faut-il généraliser le port du masque dès maintenant ou attendre le déconfinement ? Le gouvernement planche sur la question, tandis que les maires sont impatients de le rendre obligatoire pour tous les déplacements.

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15. Coronavirus : la pénurie de masques au cœur de la crise en France Crédit Image : VALERY HACHE / AFP | Crédit Média : RTL Originals | Durée : | Date :
Marie-Pierre Haddad
Marie-Pierre Haddad
et AFP

Le nerf de la guerre. La France poursuit ses efforts pour s'approvisionner en masques, en pleine crise du coronavirus. Un bien désormais convoité par l'ensemble de la planète. La compétition pour l'achat de masques est de plus en plus impitoyable. Des Américains ont surenchéri sur des acheteurs français sur le tarmac d'un aéroport chinois, des Tchèques ont saisi des cartons à destination d'autres pays...

Les commandes auprès de fabricants en Chine atteignent désormais près de deux milliards d'exemplaires, selon les informations communiquées par le ministère de la Santé. Olivier Véran promet que la totalité des masques commandés par la France seront arrivés d'ici fin juin. Malgré ces commandes massives, plus d'un infirmier sur deux constate un manque de masques de protection respiratoire, selon une enquête du syndicat national des professionnels infirmiers et relayée par l'AFP. 

Dans les hôpitaux et les ehpad, près d'un sur deux (46%) n'a pas assez de masques chirurgicaux pour en changer toutes les 4 heures, comme cela est pourtant recommandé par les autorités sanitaires. Manque de surblouses ensuite (59%), mais aussi de gels hydroalcooliques (51%) et de dépistages. Ces pénuries d'équipements sont souvent plus criantes chez les infirmiers libéraux et dans les hôpitaux psychiatriques.

Une réévaluation de la doctrine sur le port des masques

La situation atteint un tel point de crispation que l'Organisation mondiale de la Santé a assuré le port du masque seul n'est pas "la solution miracle" contre la pandémie de Covid-19. De plus, leur usage généralisé dans la population n'est justifié que si les autres mesures barrières sont impossibles ou difficiles à mettre en place, comme l'a indiqué le patron de l'OMS.

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Mais le changement de discours de la part de l'exécutif sème le doute. Olivier Véran a entrouvert la porte à la généralisation du port du masque, notamment envisagé en vue d'un déconfinement. Selon le ministère de la Santé, cela doit se faire en complément des gestes barrières. "Être capables d’avoir d’autres moyens de protection de la population lorsqu’on aura levé le confinement, avec une sensibilisation complète de la population, ça fait sens", a-t-il déclaré dans une interview à Brut. Interpellé à l'Assemblée nationale ce mardi 7 avril, le ministre de la Santé a assuré : "Je ne voudrais pas qu'il y ait de confusion. Il n'y a aucune décision de recommandation de port du masque pour la population générale". Le port du masque pour la population "à terme" est une question "ouverte", a-t-il ajouté.

Une évolution de la doctrine du gouvernement ? "Nous sommes en train d’évoluer vers ça. Il n’est pas impossible qu’on étende et qu’on généralise l’usage du masque, mais en fonction des capacités disponibles", soulignait un interlocuteur régulier d’Emmanuel Macron dans Le Monde. Même si au sein de l'exécutif, on affirme qu'il ne s'agit "pas d'un changement de doctrine". 

Une guerre des masques entre la Bourgogne-Franche-Comté et l'État

Mais l’impatience face à la pénurie de masques crée des mécontentements chez les élus. Le chef de file des sénateurs LR Bruno Retailleau a poussé un "coup de gueule" contre les réquisitions par le gouvernement de masques commandés par les collectivités. Peu avant, la présidente socialiste de Bourgogne-Franche-Comté, Marie-Guite Dufay, a dénoncé le fait que deux millions de masques destinés à la région ont été "intégralement" réquisitionnés par l'État à leur arrivée à l'aéroport de Bâle-Mulhouse, "sans concertation, ni même information préalable".

La préfète du Grand Est, Josiane Chevalier, avait expliqué à l'AFP que l'avion arrivé le même jour devait contenir à la fois des masques pour l'État, pour les conseils régionaux de Bourgogne Franche-Comté et du Grand Est et pour le conseil départemental des Bouches-du-Rhône mais que "le compte n'y étant pas", l'État avait réquisitionné l'ensemble pour les personnels de santé, prioritaires. 

Si Marie-Guite Dufay conçoit que la lutte contre l'épidémie puisse conduire l’État "à décider de prioriser la livraison de certaines commandes", elle souhaite plus de transparence et une "répartition plus solidaire", se demandant "comment l'Etat organise la protection" des habitants de sa région. 

Des villes qui mettent en place le port obligatoire

Le maire UDI de Sceaux, dans les Hauts-de-Seine, Philippe Laurent a annoncé avoir pris un arrêté obligeant les habitants de plus de dix ans à se couvrir le nez et le visage avant de sortir. Les contrevenants écoperont d'une amende de 38 euros en cas de non respect de l'arrêté municipal.

L'édile se base sur plusieurs avis scientifiques pour justifier sa décision et regrette également "l'erreur" du gouvernement qui a "fait en sorte qu'on assimile protection et masques" : "C'était un problème parce qu'on n'avait pas de masques. Ils ont été obligés de dire que le masque n'était pas utile, chacun sait que c'est faux. Il n'est peut-être pas utile à 100%, en tout cas il ne peut pas être inutile. On sait que le virus se transmet à travers les postillons".

Même décision à Nice. Christian Estrosi a annoncé vouloir "durcir" les règles de confinement pour lutter contre une "sorte de nonchalance" au sein de la population. Le maire a aussi précisé son intention de distribuer des masques en tissus à l'ensemble des niçois. "D'ici huit à dix jours nous serons en mesure de donner à chaque Niçois, un masque lavable et réutilisable pendant un mois, et qui respecte les normes qui sont édictées par les services sanitaires de notre pays", a déclaré l'élu.

Qu'en pensent les instances sanitaires ?

Le directeur général de la Santé Jérôme Salomon a quant à lui indiqué, le 3 avril dernier : "Nous encourageons le grand public, s’il le souhaite, à porter des masques, en particulier ces masques alternatifs qui sont en cours de production". De son côté, l'Académie souhaite qui prône "le maintien de l'interdiction des rassemblements" (sauf cas exceptionnels...), milite pour le maintien des mesures barrières sanitaires, mais surtout de leur renforcement par "le port obligatoire d’un masque grand public anti-projection, fût-il de fabrication artisanale, dans l’espace public".

Message entendu par l'Ordre des pharmaciens et les deux principaux syndicats de la profession. Suivant la nouvelle doctrine des autorités sanitaires, les pharmaciens souhaitent que les pouvoirs publics prennent les mesures nécessaires pour (leur) permettre de distribuer cette catégorie de masques. Pour cela, il faudrait que les "masques alternatifs" soient "inclus dans la catégorie" des "équipements de protection individuelle respiratoire", ou dans "la liste des marchandises pouvant être commercialisées en officine", expliquent ces trois organisations.

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