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Affaire Karachi : pourquoi Balladur et Léotard sont dans le viseur de la justice

DÉCRYPTAGE - La Cour de Justice de la République va être saisie de l'enquête sur le rôle joué par l'ancien chef du gouvernement et son ex-ministre de la Défense dans l'affaire Karachi.

François Léotard et Édouard Balladur en 1998 à Antibes
François Léotard et Édouard Balladur en 1998 à Antibes
Crédit : AFP
Benjamin Hue & AFP

Vingt ans après les faits, Edouard Balladur et François Léotard vont faire l'objet d'une enquête de la Cour de justice de la République dans le cadre de l'affaire Karachi. Jusqu'à présent, les noms de l'ancien chef du gouvernement et de son ex-ministre de la Défense étaient seulement cités dans l'enquête menée par Mediapart.

Sur quoi va enquêter la CJR ?

La CJR, seule habilitée à juger des ministres pour des faits commis dans l'exercice de leurs fonctions, va pouvoir se pencher sur les soupçons de rétrocommissions sur des contrats d'armements susceptibles d'avoir financé la campagne présidentielle d'Édouard Balladur en 1995, et sur d'éventuels détournements des fonds spéciaux de Matignon. 

François Léotard n'est concerné que par le volet sur les rétrocommissions. Les juges vont aussi s'intéresser à des dépenses plus personnelles, visant l'achat d'une maison par Édouard Balladur dans le Calvados et les travaux effectués par François Léotard dans sa propriété de Fréjus.

Saisie de l'affaire, la CJR pourra s'appuyer sur le travail mené depuis plusieurs années par les juges financiers Renaud van Ruymbeke et Roger Le Loire. Ces derniers ont récemment renvoyé en correctionnelle six personnes dans la même affaire. Parmi elles, des très proches de Balladur et Léotard, comme Nicolas Bazire, PDG de LVMH, et Renaud Donnedieu de Vabres.

Sur quoi portent les soupçons de financement occulte de la campagne de 1995 ?

L'affaire Karachi renvoie à 1994 et aux contrats d'armements prévoyant la livraison de sous-marins au Pakistan par la France en l'échange de plusieurs centaines de millions d'euros. Les juges soupçonnent que ces contrats aient donné lieu à des rétrocommissions qui auraient contribué au financement de la campagne d'Édouard Balladur. 

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Alors Premier ministre, celui-ci aurait imposé un réseau d'intermédiaires libanais dans ces contrats pourtant quasiment ficelés, supervisés par le ministre de la Défense François Léotard. Un réseau que les magistrats soupçonnent d'avoir perçu de nombreuses commissions, dont une partie aurait été mise à contribution pour éponger les dettes de campagne du candidat Balladur

En dissidence face à Jacques Chirac et au RPR, il aurait été redevable sur ses deniers personnels de ses frais de campagne s'ils avaient été rejetés par le Conseil constitutionnel. Il avait notamment invoqué des ventes de tee-shirts et de gadgets pour justifier le versement de plus de 10 millions de francs en espèces sur ses comptes de campagne, finalement validés par les Sages. L'ancien chef du gouvernement a démenti ces accusations en 2010 dans une tribune au Figaro

Quel lien avec l'attentat de Karachi en 2002 ?

Le 8 mai 2002, un attentat dans la plus grande ville du Pakistan cause la mort de 14 personnes, dont 11 ouvriers français chargés de la construction des sous-marins vendus par la France au Pakistan. 

Dans le sillage d'un rapport secret-défense, le juge antiterroriste Marc Trevidic, en charge de l'enquête, soupçonne l'attentat d'avoir été commis en rétorsion à la décision de cesser le versement des commissions aux intermédiaires libanais prise par Jacques Chirac, adversaire politique de Balladur, à son arrivée au pouvoir en 1995. 

Plusieurs proches de François Léotard font alors également l'objet d'une enquête de la DGSE pour éclaircir les zones d'ombres des contrats d'armement.

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