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Coronavirus : pourquoi la sortie du confinement sera progressive

INVITE RTL - Pour Arnaud Fontanet, membre du conseil scientifique, le virus sera encore présent sur le territoire à la sortie du confinement. La France devra maintenir des mesures de quarantaine et dépister massivement la population pour éviter une deuxième vague.

Le métro Porte de la Chapelle à Paris pendant le confinement
Le métro Porte de la Chapelle à Paris pendant le confinement Crédit : AFP
Benjamin Hue
Benjamin Hue
Journaliste RTL

Face au nouveau coronavirus, contre lequel la science n'a pas encore mis au point de vaccin ni de traitement cliniquement éprouvé, il est déjà l'heure de penser la sortie de la crise et de préparer les modalités de la levée des mesures de confinement imposées aux populations de nombreux pays du monde pour freiner la propagation de l'épidémie et permettre aux hôpitaux de faire face à l'afflux des malades

Quelles que soient les stratégies déployées, les spécialistes s'accordent à dire que le retour à une activité "normale" sera forcément progressif, pavé de restrictions de libertés, et nécessairement soutenu par un arsenal de mesures complémentaires pour protéger les populations d'un retour de flamme du virus. "Nous nous installons dans une crise qui va durer", a prévenu le Premier ministre, vendredi 27 mars.

La sortie du confinement se fera "forcément par étapes", appuie Arnaud Fontanet, directeur de l'unité d'épidémiologie au sein de l'Institut Pasteur, invité de RTL ce vendredi. "La difficulté, quand on met en place un confinement fort comme aujourd'hui, absolument nécessaire pour soulager les services de réanimation, c'est que le virus circule beaucoup moins. La population ne s'infecte pas, ne s'immunise pas et on se retrouve dans la même situation qu'au début du confinement au moment où on le lève". 

Pour ce spécialiste de l'émergence des maladies rares, membre du fameux conseil scientifique qui éclaire les décisions du gouvernement depuis le début de la crise sanitaire, "le virus sera encore présent sur le territoire national" à la sortie du confinement, qui pourrait intervenir dans un peu plus de quatre semaines, si les autorités suivent les recommandations du groupe d'experts présidé par le professeur Delfraissy. 

Maintenir des mesures pour éviter une deuxième vague

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La levée des restrictions, pour atténuer les dommages économiques et sociaux d'une longue période de paralysie du pays, pourrait alors entraîner une deuxième vague de contaminations. "Les populations n'ayant pas développé l'immunité naturelle qu'elles auraient pu développer si elles avaient été infectées, les conditions seront réunies pour que le virus circule de la même façon qu'au 15 mars dernier", estime l'expert.

L'objectif des mesures de confinement actuelles est de contenir la propagation du virus pour réduire le pic de malades nécessitant des soins intensifs et éviter un engorgement des hôpitaux. Mais cette stratégie n'est pas efficace sur le long terme. La seule façon de venir définitivement à bout de l'épidémie serait que la majorité de la population soit immunisée, en étant vaccinée, ou en ayant guéri de la maladie.

Dans le cas où la construction de cette immunité collective n'est pas atteinte, les scientifiques britanniques de l'Imperial College de Londres, qui ont réalisé les modèles de propagation du virus qui ont convaincu plusieurs gouvernements européens, dont la France, de mettre leur pays sous cloche mi-mars, estiment que des mesures de quarantaine et de distanciation sociale devront être maintenues pendant plusieurs mois, jusqu'à ce qu'un traitement éprouvé soit disponible.

Le dépistage, porte de sortie du confinement

La France réfléchit aujourd'hui aux modalités de mise en oeuvre de la sortie du confinement. "On se prépare dans plusieurs directions", explique Arnaud Fontanet. Comme le préconise le conseil scientifique, le consensus semble aujourd'hui s'établir autour d'une stratégie de dépistage à grande échelle visant à tester les personnes les plus exposées et les populations à risque, et à isoler les malades pour éviter de voir naître de nouveaux foyers de contagion.

Deux types de tests sont envisagés pour cela. Les premiers, les PCR classiques, sont utilisés pour dépister les personnes présentant des symptômes sévères de la maladie. "Nous sommes en train d'augmenter notre capacité à tester après avoir connu de grosses difficultés. Nous sommes passés de 3.000 tests par jour il y a une semaine à 8.000 tests aujourd'hui et nous serons, je l'espère, à 20.000 ou 30.000 tests quotidiens dans une semaine", avance le spécialiste. A titre de comparaison, l'Allemagne a annoncé récemment être en mesure d'en réaliser 500.000 par semaine désormais.

A l'instar de l'Allemagne et du Royaume-Uni, la France souhaite aussi recourir à des tests de sérologie, des prises de sang permettant de savoir si quelqu'un a été infecté par le Covid-19. "Ils nous diront si vous avez été infecté en dépistant des anticorps qui sont présent dans le sang, même pour ceux qui ont développé des formes mineures de la maladie", souligne Arnaud Fontanet. Ces tests, qui pourraient être disponibles dans un mois, "le temps de les valider", pourront être effectués en priorité sur "les personnels soignants, qui sont très exposés, et d'autres populations que l'on considère à risque", avant un dépistage massif de la population.

Dans un contexte de vive concurrence entre les Etats, tout l'enjeu pour la France est de parvenir à s'approvisionner pour constituer des stocks suffisants. Ce qui est loin d'être le cas à l'heure actuelle. "Il va y avoir une forte tension car tout le monde va vouloir les utiliser", met en garde l'épidémiologue. "Pas simplement sur le territoire français mais à l'échelle mondiale. Il va falloir se positionner pour sécuriser un certain nombre de tests une fois qu'ils ont été validés. C'est tout ce qu'on est en train de faire actuellement".

Pister et isoler les malades

La stratégie de sortie de crise pourrait aussi comporter un volet numérique. "On réfléchit à d'autres méthodes, à la meilleure façon d'isoler les personnes qui seraient dépistées positives en sortie de confinement, à comment identifier leurs contacts", explique Arnaud Fontanet. Comme l'a indiqué le secrétaire d'Etat au Numérique Cédric O., mardi, le gouvernement échange avec de nombreux pays qui ont recours à des pratiques de pistage numérique à différents niveaux, en utilisant les données de géolocalisation des smartphones pour retracer les déplacements des populations ou en identifiant les personnes en contact avec les malades.

L'exemple le plus souvent cité est celui de la Corée du Sud, qui a réussi à endiguer l'épidémie en s'appuyant sur une stratégie de dépistage massif de la population et d'isolement systématique des malades en pistant les individus à risque sur la base des données GPS de leurs smartphones et d'informations émanant des caméras de surveillance ou de leur activité bancaire.

La France assure que la mise en place de mesures de ce type n'est pas encore à l'ordre du jour. Mais l'Elysée a installé mardi 24 mars un nouveau comité de chercheurs pour le conseiller sur ces pratiques. Des applications non officielles proposant de tracer les malades commencent à fleurir sur la toile. Et l'Europe presse les principaux opérateurs téléphoniques du continent de lui céder leurs données statistiques anonymisées pour évaluer l'impact des mesures du confinement. 

En attendant une position officielle, la Cnil a mis en garde le gouvernement contre la tentation d'embrasser des approches trop intrusives en adoptant des mesures d'exception susceptibles de devenir la norme une fois la crise sanitaire vaincue et de faire reculer les libertés individuelles sur le long terme. Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a répondu à ces inquiétudes jeudi en affirmant sur France 2 que le traçage des données n'était pas un sujet de travail et que seules les données anonymisées seraient utilisées.

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