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Pasteur, Sanofi : pourquoi de tels échecs français dans le domaine des vaccins ?

ÉDITO - Alors que l'Institut Pasteur a annoncé l'arrêt du développement de son principal projet de vaccin contre la Covid-19 et que celui de Sanofi a pris du retard, la France est la seule grande puissance à avoir raté l'objectif de livrer un vaccin opérationnel.

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Pasteur, Sanofi : pourquoi de tels échecs français dans le domaine des vaccins ? Crédit Image : BERTRAND GUAY / AFP | Crédit Média : RTL | Date :
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François Lenglet édité par Quentin Marchal

La France n'a pas eu les résultats espérés dans ses projets de recherche de vaccin contre la Covid-19. Lundi 25 janvier, l'Institut Pasteur a annoncé l'abandon de son candidat vaccin qui, en plus de son retard, s'est avéré peu protecteur contre le virus, à l'issue des premiers essais menés avec le laboratoire américain Merck.

Dans cette lutte contre l'épidémie de coronavirus, il s'agit de la seconde défaite française après le retard d'un autre projet, celui du laboratoire Sanofi, dont la sortie a également été décalée, à cause d'une immunité insuffisante. Le renoncement de l'Institut Pasteur est d'autant plus cinglant qu'il touche une fondation indépendante, qui a accumulé les succès et les prix Nobel depuis sa création, à la fin du XIXe siècle, en particulier avec la découverte du virus du Sida.

Face à la crise sanitaire, il n'y a donc aucun vaccin français opérationnel. Alors que les États-Unis, la Chine, l'Allemagne, le Royaume-Uni ou encore la Russie ont tous au moins un vaccin approuvé ou sur le point de l'être, la France est la seule grande puissance à avoir raté cet objectif. De son côté, le produit de Sanofi devrait être disponible à la fin de l'année 2021.

Peu de place à l'innovation en France

Cet échec français dans la recherche du vaccin s'explique par plusieurs mauvais choix. La fameuse technique de l'ARN messager, révolutionnaire, avait bien été identifiée par Sanofi, mais était jugée trop risquée. C'est grâce à elle pourtant que les premiers vaccins occidentaux sont disponibles, avec un taux d'efficacité supérieur à 90%

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Idem pour Pasteur, qui a de son côté parié sur la plateforme vaccinale contre la rougeole. En fait, les deux tentatives françaises ont choisi d'utiliser la technologie qu'ils connaissaient le mieux et c'était une erreur. Les autres grands labos, Pfizer ou AstraZenecca, ont préféré s'associer avec de petites unités, start-up ou département d'université à Oxford, plus réactifs, plus inventifs, plus mobilisés, qui eux ont pris le risque de développer une technique nouvelle.

C'est incontestablement un signal inquiétant envoyé par la recherche française. Alors que nous étions réputés être les leaders mondiaux du vaccin, cet échec appelle un diagnostic sans complaisance sur ce qui ne va pas en France. 

Il ne s'agit pas ici seulement de fiscalité ou de réglementation, mais d'un climat qui n'est pas favorable à l'innovation. Ce problème a déjà été soulevé récemment de façon éclatante par la prix Nobel de chimie, Emmanuelle Charpentier, qui a travaillé et réussi à l'étranger. 

Des conflits d'intérêts pointés du doigt

Autre constat frappant dans la recherche mondiale, les trois premiers vaccins approuvés émanent de scientifiques universitaires : à Oxford au Royaume-Uni, au MIT aux États-Unis et à l'université de Mayence en Allemagne. 

Ces universitaires se sont associés avec des grands groupes ou constitués en start-up pour développer leur idée. Rien de tel en France, où l'on stigmatise inlassablement les conflits d'intérêts dès qu'un scientifique s'intéresse au business. Avec le recul, cette obsession finit par coûter cher au pays.

L'abandon de Pasteur n'aura toutefois pas de conséquences sur la livraison des vaccins dans l'Hexagone car il n'avait pas été retenu par la Commission européenne dans ses commandes. Quant au retard de Sanofi, il explique en partie les difficultés d'approvisionnement en Europe. Pour en atténuer l'impact, le groupe français va aider à fabriquer les produits des autres.

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