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Sécurité, immigration, séparatisme... Macron a-t-il choisi la bonne stratégie pour 2022 ?

DÉCRYPTAGE - En visite à Mulhouse, Emmanuel Macron a annoncé ses premières mesures de lutte contre le "séparatisme islamiste", un dossier politiquement sensible à l'approche des élections municipales.

Emmanuel Macron, le 13 février 2020.
Emmanuel Macron, le 13 février 2020. Crédit : Ludovic MARIN / AFP
Marie-Pierre Haddad
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Pressé depuis le début de son quinquennat de s'exprimer sur le sujet du communautarisme, Emmanuel Macron a annoncé, mardi 18 février, les premières mesures de son plan de lutte. L'enjeu est de taille pour le chef de l'État, tant le discours est attendu. 

Ainsi, Emmanuel Macron a passé la journée à Bourtzwiller, quartier sensible de la ville du Haut-Rhin, "où la République doit réaffirmer sa présence" face à l'insécurité, les trafics ou le radicalisme, selon son entourage. 

Cette "visite de terrain" s'inscrit dans une séquence qui s'étendra au delà des élections municipales. Objectif pour le président de la République : détailler la stratégie du gouvernement contre la radicalisation et l'islam politique. Nouveauté : le président de la République préfère employer le terme de "séparatisme islamiste" que de "communautarisme". Une dénomination jugée plus précise, selon les proches du président. 

Un virage à droite opéré depuis l'été

Le discours du président de la République sur le séparatisme islamiste s'inscrit dans une stratégie bien précise qui vise la présidentielle de 2022. Envisageant un second tour face à Marine Le Pen, Emmanuel Macron souhaite s'emparer des sujets régaliens d'ici le scrutin. C'est-à-dire, la sécurité, l'immigration et donc la lutte contre le communautarisme. Depuis six mois, l'idée germe dans l'esprit du président. "Si je suis battu par Marine Le Pen, ce sera sur le terrain du régalien", disait-il. 

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Selon les informations de nos confrères du Parisien, ce virage à droite date de juillet dernier lors "d'une belle soirée d'été dans le parc de l'Élysée", où Emmanuel Macron était "entouré de sa garde rapprochée, quelques ministres et hauts dirigeants de la République En Marche". "Ce n’est pas sur l’économie qu’on sera jugé, mais sur les questions régaliennes, la sécurité, l’immigration et le communautarisme", confiait-il en petit comité comme le rapporte le journal. 

Pourquoi Emmanuel Macron s’attelle-t-il à ce sujet maintenant ? "Parce qu’il a pris trop de temps, note Pauline de Saint-Rémy du service politique de RTL. C’est très paradoxal. D’un côté, ce sujet inquiète une grande majorité de Français. Une étude de l’institut Ifop a montré en octobre dernier, que les électeurs sont près de 80% à estimer que la laïcité est menacée. Mais, de l'autre côté, il est apparu jusqu’à présent comme un impensé majeur du macronisme, un vide dans la 'pensée complexe' du chef de l’État, et ce, dès la campagne de 2017". 

Le traumatisme Jospin de 2002

La stratégie d'Emmanuel Macron est-elle une bonne idée ? "Plus il va aller à droite, plus il va cristalliser une partie de celle-ci sur Le Pen", soulignait un communicant d'En Marche au Parisien. Un ministre craint, quant à lui, que "tous ceux qui ont couru après l'extrême droite, on a vu que ça a donné : les Français choisissent toujours l'original à la copie...".

Joint par RTL.fr, le politologue Bruno Cautrès estime que le sujet du séparatisme "n'est pas celui sur lequel Emmanuel Macron est le plus à l'aise". Pour lui, la mémoire de l'épisode Jospin de 2002 pourrait expliquer la stratégie du chef de l'État. "Comme sous Jospin, il y a une amélioration sur tous les critères macroéconomiques, la croissance, le chômage, le pouvoir d’achat… Et comme sous Jospin, une attention forte, très forte, à la protection des biens et des personnes", souligne le député LaREM Sacha Houlié dans les colonnes de Libération.

Ça ne change pas la vie des gens qu’il y ait 1,2% d’augmentation du pouvoir d’achat.

Une secrétaire d'État à Public Sénat
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Crainte aussi évoquée au sein du gouvernement, dont on murmure le "risque de jospinisation". "On a de bons résultats économiques. Mais ça ne change pas la vie des gens qu’il y ait 1,2% d’augmentation du pouvoir d’achat. C’est un peu déconnecté", confiait une secrétaire d’État à Public Sénat.

François Patriat, ancien membre du gouvernement Jospin, et désormais président du groupe LaREM au Sénat, se souvient : "Économiquement et socialement, c’est une bonne nouvelle. Mais il ne faut pas faire de triomphalisme. Je me rappelle trop de la période Jospin pour penser que les résultats économiques suffiront (...) On a pensé que la croissance et la baisse du chômage allaient nous donner les clefs du pouvoir…".

Des sujets régaliens qui divisent la majorité

Déclarant voir "trop de divisions au nom des origines, des religions", le chef de l'État avait assuré, en présentant ses vœux le 31 décembre,  vouloir "lutter avec détermination contre les forces qui minent l'unité nationale", car "2020 doit ouvrir la décennie de l'unité retrouvée de la nation". Mais ces sujets divisent au sein même de La République En Marche

En novembre 2019, le gouvernement a présenté ses 20 mesures sur l’immigration, lors d’un comité interministériel. Durcissement du regroupement familial, restriction sur l’aide médicale d’État, quota sur l’immigration économique, délai avant d’avoir accès à la sécurité sociale pour les demandeurs d’asile… Comme le résumait un responsable de la majorité, "pour un dossier pourri, on ne s’en sort pas trop mal". "Pour retrouver un semblant de cohérence, le gouvernement a ménagé son centre-droit et sa gauche. C’est la grande réussite d’Édouard Philippe qui n’était pas emballé par ce débat", analysait alors Olivier Bost, éditorialiste politique chez RTL.

Macron a voulu séduire ou rassurer une partie de la droite, coincer Le Pen et garder sa gauche.

Olivier Bost, éditorialiste politique chez RTL.
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Le président de la République a ouvert 2 boites : "Celle de l’immigration qu’il vient de remplir un petit peu, sans forcément la refermer. Et il a aussi ouvert le sujet de la lutte contre la radicalisation. Là, le gouvernement doit encore l’aider à refermer cette boîte. Mais Emmanuel Macron a-t-il perdu avec ces débats le fil de son fameux acte 2 du quinquennat ? Oui… Si Emmanuel Macron a parlé de ses sujets mal maîtrisés, c’est qu’il est persuadé et avec lui plusieurs de ses ministres et de ses proches qu’il ne doit pas laisser d’angle mort dans sa politique", ajoutait-il. 

À cette époque, la tentative de triangulation politique d’Emmanuel Macron s'est avéré être un échec. "Il a voulu séduire ou rassurer une partie de la droite, coincer Marine Le Pen et garder sa gauche. L’opération n’a créé que du désordre et la reprise en main de son agenda n’est pas facile", selon Olivier Bost. 

François Baroin et Xavier Bertrand en embuscade

Mais selon le politologue Bruno Cautrès, Emmanuel Macron ne vise pas seulement le Rassemblement national avec cette stratégie, mais aussi le centre droit. "Il voit les hypothèses François Baroin et Xavier Bertrand apparaîtrent pour 2022 et il ne veut pas laisser la droite s'emparer de ces sujets", indique-t-il.

L'ancien ministre de l'Intérieur sous Nicolas Sarkozy a prévu "de prendre la plume pour écrire un essai de réflexion sur la laïcité et la République qui devrait paraître avant la fin de l'été", selon les informations du Figaro. "Déjà en 2002, il avait publié un rapport qui allait déboucher sur la création de la commission Stasi et proposer l’interdiction des signes religieux à l’école", peut-on lire.

Xavier Bertrand, lui, se positionne contre les listes communautaires. Le 6 février dernier sur Franceinfo, président de la région Hauts-de-France a demandé à Emmanuel Macron de prendre position sur le sujet. Le président de la République doit dire "si oui ou non, il va combattre toutes les formes de communautarisme et aussi les avancées, les poussées de l'islam politique"Invité lors du Grand Jury RTL, Le Figaro, LCI, l'ancien membre des Républicains avait déclaré vouloir que "la laïcité soit érigée en quatrième pilier de notre République".

Quant à Emmanuel Macron, le chef de l'État a lui-même reconnu qu'"il faut essayer de dire sans diviser. Il faut accepter, en disant, de parfois bousculer. Mais il faut accepter qu'il y a, dans notre République aujourd'hui, ce que j'appellerais un séparatisme".

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