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Présidentielle 2022 : Macron face au poison de la division au sein de l'exécutif

DÉCRYPTAGE - Les sujets de société ont toujours été sensibles pour la macronie, tiraillée entre la gauche et la droite.

Emmanuel Macron, le 18 février 2021
Emmanuel Macron, le 18 février 2021 Crédit : Christophe PETIT TESSON / POOL / AFP
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Liberté de ton contre ligne gouvernementale. La solidarité au sein de l'exécutif est mise à rude épreuve, alors qu'Emmanuel Macron tente de faire émerger d'autres sujets que le coronavirus pour la dernière ligne droite de son quinquennat. Loi Climat, projet de loi séparatisme, proposition de loi pour mieux lutter contre les violences sexuelles sur les mineurs... Le président de la République veut solder les derniers grands chantiers pour préparer l'élection présidentielle de 2022

Le chef de l'État garde en tête ce conseil d'un visiteur, dévoilé par Le Monde : "Méfie-toi. Souviens-toi de Churchill ! Il a été chassé parce qu’il était devenu le visage des heures sombres". 

Mais pour l'instant, les pistes lancées par l'exécutif viennent rouvrir des plaies mal cicatrisées, conséquences de profondes divisions entre les ministres et aussi au sein de la majorité, sur les sujets de société. Une fois de plus, depuis son arrivée à l'Élysée Emmanuel Macron doit trouver le juste équilibre entre l'aile gauche et l'aile droite de la macronie, pour poursuivre sa stratégie du "et en même temps".

Cacophonie gouvernementale sur le menu sans viande

Officiellement, "il n'y a pas de cacophonie au sein du gouvernement", à en croire le ministre de l'Agriculture Julien Denormandie. Tout est parti d'une polémique après la mise en place temporaire d'un menu unique et sans viande par la mairie écologiste de Lyon dans les cantines. Une décision qui avait déjà été prise lors du premier confinement par Gérard Collomb et qui n'avait alors pas déclenché l'ire du gouvernement. 

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"Honte", "insulte inacceptable aux agriculteurs et bouchers français", "idéologie scandaleuse"... L'exécutif s'est jeté tête la première dans cette bataille contre les élus écologistes. Tous les membres du gouvernement ? Non. La ministre de la Transition écologique Barbara Pompili voit les choses autrement. "Je regrette beaucoup que sur ce sujet, on retombe dans un débat préhistorique", a-t-elle dénoncé en marge d'un déplacement en Charente-Maritime dans une cantine scolaire. 

Des clichés éculés, du type "l'alimentation végétarienne serait une alimentation déséquilibrée"

Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique
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L'ancienne membre d'Europe Écologie-Les Verts, passée à La République En Marche, a pris le contrepied du discours de ses collègues au gouvernement. Elle a regretté "des clichés éculés, du type 'l'alimentation végétarienne serait une alimentation déséquilibrée', alors qu'on sait que la viande peut être remplacée par du poisson, des œufs, des légumineuses qui apportent toutes les protéines nécessaires". 

Les réactions pour le moins agacées de la majorité ne se sont pas faites attendre. Le député LaREM de la Creuse Jean-Baptiste Moreau estime, à l'inverse de Barbara Pompili, que "des nutriments essentiels pour la croissance des enfants sont présents dans la viande. De plus, le problème est d'imposer dogmatiquement". L'élu pousse la critique encore plus loin en s'en prenant directement à la ministre de la Transition écologique. "Le pragmatisme comme l'amour de la science et la loyauté sont des concepts (...) qui vous sont étrangers", écrit-il sur Twitter.

D'autres au gouvernement tentent de jouer les médiateurs pour éviter l'effet boule de neige. Le ministre de la Santé Olivier Véran a pris part au débat en jouant la carte de la neutralité. "Je ne suis pas choqué qu'on puisse proposer des menus sans viande ni poisson à l'école. La question, c'est quelle est la motivation sous-jacente. Il n'y a pour moi pas lieu de polémiquer, mais une attention à porter au régime alimentaire des enfants", estime-t-il.

Quant à Julien Denormandie qui s'est bien gardé de critiquer sa collègue de la Transition écologique, il explique que Barbara Pompili était interrogée sur la possibilité de proposer des alternatifs sans viande, ce à quoi il est favorable. Mais "c'est très différent de dire à nos enfants : 'A la cantine vous avez le choix' (...) que de dire à nos enfants  : 'A la cantine on arrête de vous servir de la viande'", a-t-il insisté. 

Désaccords sur la loi Climat

La loi Climat a aussi déclenché des divergences d'opinion au sein du gouvernement. "Issue des propositions de la Convention citoyenne, le projet de loi va arriver à l’Assemblée au mois de mars. On va y débattre de l’avenir du secteur aérien ou des publicités pour les SUV", rappelle le journaliste politique de RTL William Galibert. 

Et d'ajouter : "Dans la majorité, certains jugent que le texte va trop loin, d’autres pas assez… Les divisions internes sur le sujet vont éclater au grand jour, comme elles éclatent aussi ces dernières heures sur ce sujet des cantines, et même les prochaines boulettes des maires écolos ne suffiront pas à les étouffer".

Deux lignes sur l'islamo-gauchisme

Autre sujet, autre division. Les appels à la démission de Frédérique Vidal se multiplient depuis plusieurs jours de la part du monde universitaire. En cause, la demande d'enquête formulée par la ministre de l'Enseignement supérieur sur le phénomène d'islamo-gauchisme dans les universités. Soutenue par Jean-Michel Blanquer et Gérald Darmanin, l'ancienne présidente de l'université de Nice a maintenu ses propos. "Je veux un état des lieux sur ce sujet et il n’y a pas lieu de faire de polémique", a-t-elle réagi à l'antenne de RTL. 

"Des enquêtes, il y en a en permanence. Cela s'appelle une enquête au sens sociologique du terme : un état des lieux, défend-elle. La question n’est pas de mettre de la politique dans ce sujet, mais la question est de remettre de la rationalité". 

L'islamo-gauchisme gangrène la société dans son ensemble et l'université n'est pas imperméable

Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur
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Emmanuel Macron a tenté d'éteindre l'incendie, par la voix du porte-parole du gouvernement Gabriel Attal. Le président de la République a répété son "attachement absolu à l'indépendance des enseignants-chercheurs". Le porte-parole du gouvernement qui d'ailleurs a pris ses distances avec le sujet. Ce phénomène résulte de "faits isolés", juge-t-il. Il se place ainsi très loin des propos initialement tenus par Frédérique Vidal qui estime que l'islamo-gauchisme "gangrène la société dans son ensemble et l'université n'est pas imperméable".

Face à la différence de tonalité au sein de l'exécutif, des proches d'Emmanuel Macron ont pris l'initiative de publier une tribune dans Le Monde, pour mettre un coup d'arrêt à cette polémique. Le secrétaire d'État en charge du Numérique Cédric O, le délégué général de La République En Marche, Stanislas Guerini, la ministre déléguée en charge de l'Égalité entre les femmes et les hommes Élisabeth Moreno et le conseiller spécial du président Stéphane Sejourné estiment que "le risque que nous courons, dans le débat actuel serait de substituer à nouveau un débat stérile à une réalité qui nécessite pourtant d’unir largement nos forces, tant elle est compliquée à changer". Ils mettent en garde contre le retour du clivage droite-gauche.

Macronistes de droite contre macronistes de gauche

Même si d'autres sujets que la crise sanitaire émergent dans l'actualité, il n'est pas certain que cela bénéficie à Emmanuel Macron. Le président de la République prend ainsi le risque de mettre le doigt sur le déséquilibre entre la macronie de gauche et la macronie de droite

Conscient de ne pas pouvoir choisir entre les deux, le chef de l'État avait entamé, mi-février, un travail de reconquête de la gauche. "Emmanuel Macon travaille sa gauche", souligne l'éditorialiste politique de RTL Olivier Bost. Afin de se faire entendre, le président de la République avait choisi de s'exprimer sur l'égalité des chances. "Il ne s’adresse pas à la vieille gauche, celle qui est restée au PS selon un ministre qui en vient. Il s’adresse aux jeunes", ajoute-t-il. Un message à destination du député LaREM Pierre Person, représentant de l'aile gauche de la macronie. 

Mais selon Olivier Bost, la mission du président n'est pas aussi simple. "Emmanuel Macron ne veut pas qu’en parlant à la gauche, la droite puisse dire qu’il est tombé dans l’assistanat", note-t-il. Soigner son électorat de droite, tout en conservant celui de gauche, l'enjeu de la présidentielle de 2022 pour Emmanuel Macron semble déjà se dessiner.

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