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"Islamo-gauchisme" : Frédérique Vidal, d'ex-présidente d'université à ministre désavouée

PORTRAIT - Accusée d'avoir lancé "une chasse aux sorcières" en demandant une enquête sur l'islamo-gauchisme dans les universités françaises, Frédérique Vidal est sous le feu des critiques.

Frédérique Vidal, le 19 janvier 2021
Frédérique Vidal, le 19 janvier 2021 Crédit : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Au cœur de la tempête. Il n'est pas rare pour un ministre de se retrouver dans l'œil du cyclone et au centre d'une polémique, mais dans le cas de Frédérique Vidal la situation est d'autant plus délicate qu'elle s'inscrit dans une succession d'événements qui lui sont défavorables. 

La ministre de l'Enseignement supérieur s'est attirée un torrent de critiques, après avoir demandé au CNRS de mener une enquête sur l'islamo-gauchisme dans les universités françaises. Propos polémiques, réactions lapidaires, condamnations en chaîne, recadrage au sommet de l'exécutif... La ministre en poste depuis 2017 est fragilisée à la tête du ministère de l'Enseignement supérieur. 

Tout cela est cristallisé par la situation sanitaire qui a plongé les étudiants dans une profonde précarité. Ces derniers multiplient les appels à l'aide sur les réseaux sociaux et dénoncent, pour certains, l'inaction du gouvernement. 

Un "rouleau-compresseur sage et avisé"

Lorsqu'elle est nommée en mai 2017 ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation, Frédérique Vidal est encore une inconnue aux yeux du grand public. Elle n'est pas la seule à être projetée sur le devant de la scène gouvernementale. L'équipe ministérielle d'Édouard Philippe avait pour caractéristique de mélanger des profils politiques à des techniciens issus de la société civile. 

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Auparavant, Frédérique Vidal était présidente de l'université de Nice Sophia Antipolis entre 2012 et 2017. Ayant une formation de professeure des universités en sciences de la vie, elle a été, de 2009 à 2012, directrice de la faculté de sciences au sein de l'établissement niçois. Interrogée par Libération, Sabine, chercheuse syndiquée CGT-Ferc Sup, qui était dans la même promotion que Frédérique Vidal décrit une personne "qui a toujours eu de l'ambition". "Cela a été une bonne enseignante, mais elle a fait peu de recherche sur la durée, car elle a très vite rejoint la direction de la formation. Elle est devenue doyenne de la fac de sciences, puis présidente".

Fabrice Mortessagne, professeur à l'Université de Nice, la décrivait auprès de France 3 comme "un rouleau-compresseur, mais un rouleau-compresseur sage et avisé".

Pas d'engagement politique avant son arrivée au gouvernement

Dans un entretien à Madame Figaro en 2017, elle expliquait être "fascinée par Louis Pasteur", depuis ses dix ans. Et c'est pour cela qu'elle s'est orientée dans le domaine des sciences. "Je trouvais magnifique et très courageux que Pasteur ait eu tant d’intuition et de conviction, contre d’autres, pour mettre au point son vaccin…", racontait cette spécialiste de la génétique moléculaire. 

Après avoir tenté une première année en médecine - "un échec" confiait-elle - elle "découvre la biochimie". "Je tombe passionnément amoureuse de cette matière qui combine la rigueur de la chimie et le foisonnement du vivant", expliquait la ministre.

Je n’avais jamais fait de politique

Frédérique Vidal au "Madame Figaro"
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Si ses passions pour Louis Pasteur et la biochimie ont quasiment toujours été présentes, le goût de la politique, lui, a fait son arrivée de nombreuses années plus tard. "Je n’avais jamais fait de politique. J’ai rencontré Emmanuel Macron quand, ministre de l’Économie, il a réuni quelques présidents d’université ayant tissé des ponts entre le monde académique et le monde de l’entreprise", dépeint-elle au Madame Figaro

Quand la proposition lui est faite par Édouard Philippe de prendre le portefeuille de l'Enseignement supérieur, sa décision fut prise "en quinze secondes". "J’ai pensé que c’était à la fois une responsabilité énorme et une telle preuve de confiance qu’il m’était impossible de dire non", précisait-elle.

Les syndicats étudiants tirent la sonnette d'alarme

C'est donc parti pour l'aventure politique qui dure depuis trois ans maintenant. L'agenda de la ministre de l'Enseignement supérieur est chargé. Parcoursup, état de la recherche en France, blocages des universités en 2018... Frédérique Vidal est sur tous les fronts et fait bloc avec Jean-Michel Blanquer sur la réforme du lycée et la mise en place du nouveau baccalauréat.

Qualifiée de "rigide" par ses détracteurs, comme l'indique Ouest France, et de "déterminée" par ses soutiens, Frédérique Vidal jongle entre une "extrême franchise" qui peut parfois faire d'elle une ministre "un peu cassante", mais tout à la fois "très ouverte au dialogue social".

Elle a l’air encore plus déprimée que ses étudiants

Un conseiller ministériel à propos de Frédérique Vidal
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Mais les mois passant et la crise du coronavirus s'installant, Frédérique Vidal peine à imprimer dans l'esprit des étudiants. "Il y a trois semaines, au campus de Paris-Saclay, Emmanuel Macron annonçait des mesures pour les étudiants. À ses côtés, Frédérique Vidal ne se montre pas du tout enthousiaste et fait part de ses doutes. 'Elle a l’air encore plus déprimée que ses étudiants', lance un conseiller ministériel qui observe la scène. 'Si les syndicats étudiants continuent à réclamer sa tête, ils vont finir par l’avoir', ajoute-t-il", comme l'indique l'éditorialiste politique de RTL Olivier Bost.

Désavouée par Emmanuel Macron

Les critiques de plus en plus acerbes s'accumulent à son encontre. "Elle est nulle", lâche un très proche d'Emmanuel Macron. Désavouée par le président de la République sur la polémique de l'islamo-gauchisme dans les universités - Emmanuel Macron a fait rappeler par la voix du porte-parole du gouvernement "son attachement absolu à l’indépendance des enseignants-chercheurs" - Frédérique Vidal n'est pas pour autant battue. Un collègue du gouvernement confirme qu'elle passe "un mauvais moment", mais la ministre de l'Enseignement supérieur "reste courageuse et respectée", assure-t-il comme le rapporte Olivier Bost. 

Alors que certains demandent la démission de Frédérique Vidal, Emmanuel Macron, lui, compte bien fixer son propre calendrier. "Plus la pression est forte, plus les demandes de démission vont se multiplier, moins il y cédera", souligne l'éditorialiste politique. 

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