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Guerre d'Algérie : la reconnaissance progressive des Harkis par les gouvernements français

Le Sénat a adopté à l'unanimité, mercredi 26 janvier, le projet de loi demandant pardon aux Harkis. Comment les gouvernements français ont-ils peu à peu reconnu leur responsabilité ?

Manifestation de harkis en mars 2016. En haut de gauche à droite, les présidents de la république : Valéry Giscard d'Estaing, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron.
Manifestation de harkis en mars 2016. En haut de gauche à droite, les présidents de la république : Valéry Giscard d'Estaing, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron.
Crédit : AFP
Marine Derquenne

Le Sénat a adopté le projet de loi de réparation envers les Harkis, visant à leur demander pardon. Soixante ans après la fin de la guerre d'Algérie, qui a fait près de 500.000 morts entre 1954 et 1962, le texte est la traduction législative du discours tenu par Emmanuel Macron le 20 septembre dernier.

En mars 1962, la France a accepté le rapatriement des Français d'Algérie, les pieds-noirs, mais le pouvoir gaulliste n'a pas voulu entendre parler de l'évacuation des Harkis. Désarmés, ils ont été livrés à leur sort face aux forces du FLN, considérés par ailleurs comme des "traîtres" par le nouveau régime. Ils ont été victimes avec leurs familles de sanglantes représailles. En 2000, ils étaient encore considérés comme des "collaborateurs" par le président algérien Abdelaziz Bouteflika qui avait d'ailleurs exclu leur retour en Algérie qui, selon lui, n'était "pas leur pays".

Quelques Harkis trouveront refuge en France et seront regroupés dans des camps d'internements militaires, comme à Risevaltes (Pyrénées-Orientales) ou à Bias (Lot-et-Garonne), dans des conditions de vie souvent indignes et traumatisantes. Après 1962, l'historien Benjamin Stora a comptabilisé un total de 10.000 à 25.000 morts, alors que le spécialiste des Harkis Abderahmen Mounem évoque un bilan qui s'élève à 150.000 morts.

Une reconnaissance progressive des Harkis par les gouvernements français

En 1975, Valéry Giscard d'Estaing fermera définitivement les camps où logeaient les Harkis. Mais "l'administration d'exception, vouée à disparaître en 1975, a perduré un certain temps au-delà de cette date", a confirmé le préfet Dominique Ceaux, auteur d'un rapport sur le sujet en 2018. Les Harkis seront transférés dans des "hameaux de forestage". Chaque hameau accueillait une vingtaine de familles logées dans des préfabriquées en ciment. Les Harkis, isolés, n'ont donc pas pu s'intégrer pleinement en France. Le dernier hameau a fermé ses portes en 1994. 

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En août 2001, des associations de victimes ont porté plainte pour crime contre l'Humanité. Le président de la République de l'époque et ancien lieutenant de l'armée français en Algérie lors de la guerre d'Algérie, Jacques Chirac, a instauré en 2001 la première journée d'hommage national aux Harkis fixée au 25 septembre.  Il avait déclaré que "les massacres commis en 1962, frappant les militaires comme les civils, les femmes comme les enfants, laisseront pour toujours l'empreinte de la barbarie".

En février 2005, une première allocation de reconnaissance a été octroyée pour les Harkis après l'adoption de la loi de "reconnaissance de la Nation en faveur des rapatriés".

La reconnaissance de la responsabilité "historique" par les présidents français

Le 14 avril 2012, à une semaine du premier tour de la présidentielle et à un mois de la fin son mandat, Nicolas Sarkozy a reconnu officiellement la "responsabilité historique" de la France.

Le 25 septembre 2016, François Hollande a reconnu les "responsabilités des gouvernements français dans l’abandon des Harkis, les massacres de ceux restés en Algérie et les conditions d'accueil inhumaines des familles transférées dans les camps en France”.

En 2018, le Conseil d'État a condamné pour la première fois l'État français à indemniser un fils de Harkis ayant subi des "séquelles" liées aux conditions de vie "indignes" dans les camps où il a vécu en France. Par la suite, en 2019, un fonds d'indemnisation dédié aux Harkis a été institué. Plus de 2.000 enfants de Harkis ont été aidés pour près de 8.000 euros en moyenne par le fonds. 

Si la responsabilité de l'État français dans l’abandon des Harkis en 1962 a été reconnue et évoquée dans les discours présidentiels de Sarkozy et Hollande, elle n'a jamais été gravée dans le marbre d’une loi.

Une reconnaissance symbolique

Près de 60 ans après la fin de la guerre d’Algérie, le 20 septembre 2021, Emmanuel Macron a pris un engagement fort : celui de reconnaître et réparer le drame des Harkis à travers une somme forfaitaire. Si ses prédécesseurs avaient aussi eu des mots forts, l'actuel président est allé plus loin, proposant une loi de "reconnaissance" et de "réparation". 
   
Le projet de loi a été examiné en procédure accélérée dès novembre 2021. Ce texte est "celui de la reconnaissance par la nation d'une profonde déchirure et d'une tragédie française, d'une page sombre de notre Histoire", a souligné à l'AFP la ministre chargée de la Mémoire et des Anciens Combattants, Geneviève Darrieussecq.

Un texte jugé "insuffisant" par les Harkis

Lors d'une manifestation devant l'Assemblée nationale en novembre 2021, les Harkis affirmaient qu'ils souhaitaient que la loi reconnaisse "non seulement l'indignité des camps" mais aussi "la dignité des Harkis" décédés dans des camps et enterrés sans sépulture. 

David Habib, député du parti socialiste, avait raillé sur “la démarche conjoncturelle du président-candidat” tout en soulignant “la nécessité d’apporter une réponse à nos concitoyens Harkis, adaptée à la souffrance qui a été la leur”. Marine Le Pen, candidate à l'élection présidentielle de 2022, avait ironisé sur "la générosité électorale d'Emmanuel Macron". La sénatrice LR qui a porté la loi au Sénat, Marie-Pierre Richer, a reconnu que s'il "comporte des avancées importantes", le projet de loi "a un goût d'inachevé".

Députés et sénateurs vont maintenant tenter de s'accorder sur un texte de compromis dans les jours à venir. En cas d'échec, c'est l'Assemblée nationale qui aura le dernier mot.  

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