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Comment Macron, Le Pen et Mélenchon marquent leur territoire en vue de 2022

DÉCRYPTAGE - Les sujets qui feront l'élection présidentielle de 2022 semblent déjà avoir émergé dans le débat public. Emmanuel Macron, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon s'emparent de l'économie, de la sécurité ou des violences policières.

Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen
Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen
Crédit : AFP
Marie-Pierre Haddad

"Nouveau chemin", sécurité et hôpital public... À moins de deux ans de l'élection présidentielle, les thèmes qui s'imposeront dans la campagne électorale se dessinent déjà. La crise du coronavirus a mis entre parenthèses les élections municipales.

Quant aux régionales prévues en 2021, Emmanuel Macron a évoqué un possible report. "Le président de la République a évoqué la question du calendrier électoral au regard de la mise en oeuvre du plan de relance à l'automne, auquel les régions seront étroitement associées", a expliqué l'Élysée. 

De façon beaucoup plus directe, le chef de l'État aurait déclaré aux présidents de région, selon Le Figaro : "Je vous aide (financièrement) si vous m'aidez à reporter les régionales après la présidentielle car j'ai des opposants politiques parmi vous. Je ne vais pas donner de l'argent à mes adversaires". Aucun doute donc sur le fait que la course pour l'Élysée est déjà bien lancée

Emmanuel Macron mise sur l'économie...

Le match se joue actuellement entre Emmanuel Macron, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. La droite étant dans l'attente d'une candidature ou non de François Baroin. Le maire de Troyes devrait lever le voile sur ses intentions à l'automne. En attendant, le président de la République, sa rivale du second tour en 2017 et le leader de la France insoumise comptent bien tirer profit de l'après-crise sanitaire et surfent déjà sur leurs thèmes de prédilection. 

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Pour Emmanuel Macron, l'heure est à l'économie, son thème de prédilection. Lors de sa dernière allocution, le président de la République a déclaré que "notre priorité est de reconstruire une économie forte, écologique, souveraine et solidaire". Fixant un rendez-vous aux Français en juillet prochain, le chef de l'État a annoncé deux jours plus tard une série de mesures pour relocaliser certaines productions dans le secteur sanitaire et du médicament en France. 

Lors d'une visite du site de Sanofi de Marcy-l'Etoile, dans le Rhône, le président de la République a promis la mise en place d'ici l'été d'un "mécanisme de planification" de la production française, ainsi qu'une enveloppe de 200 millions d'euros pour financer des infrastructures de production. Cultivant la stratégie de la petite phrase, Emmanuel Macron a ainsi lancé que pour redresser l'économie française, il faudra "travailler et produire davantage". De là à dire qu'il faut "travailler plus, pour gagner plus", comme le disait en son temps Nicolas Sarkozy ? Le mystère reste entier. Cette déclaration a d'ailleurs donné du fil à retordre aux membres du gouvernement, chargés d'assurer le service après-vente. 

... Et y ajoute une dimension souverainiste

Sur Franceinfo, Bruno Le Maire a donné sa vision des propos du président. "La lecture est très simple : il faut que nous travaillions tous", selon le ministre de l'Économie. Sur RTL, le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, a mis en garde. "Si le 'travailler plus', c'est travailler tous et mieux (...) tant mieux, on peut discuter". Mais s'il s'agit de faire travailler plus les personnes déjà en emploi, "ce serait totalement inepte", a-t-il ajouté.  

Selon Olivier Bost, éditorialiste politique de RTL, "il ne s'agit pas seulement d'occuper les 2 ans qui restent d'ici 2022, mais bel et bien de revoir, d'adapter son discours et ses ambitions à l'époque. La mutation vers un Président-candidat a commencé". 

"Emmanuel Macron a prononcé presque une dizaine de fois les mots 'indépendant', 'indépendance', 'souveraine'. Cette idée de reprendre le contrôle, des mots qu’on entendait davantage dans la bouche des populistes jusque-là. Cette idée de reprendre le contrôle a été savamment et méthodiquement distillée dans tout son discours. C'est très important de le relever, parce que c'est une réponse concrète à la crise que nous avons vécue et que nous allons vivre", complète-t-il.

Marine Le Pen marque le territoire de la sécurité...

Marine Le Pen, elle, renoue avec une thématique forte au Front national et que l'on retrouve aussi au Rassemblement national : la sécurité. La présidente du parti s'est emparée du fait divers de Dijon. Depuis plusieurs jours, la ville dirigée par l'ancien ministre du Travail sous François Hollande, François Rebsamen, a été le théâtre de vives tensions, après trois expéditions punitives menées par des membres de la communauté tchétchène

Dès les premières violences, Marine Le Pen a interpellé le ministre de l'Intérieur sur Twitter. "Notre pays sombre dans le chaos ! Que fait Christophe Castaner ? Des bandes se livrent une guerre ethnique, arme automatique à la main. Voilà, en toute clarté, la réalité de l'ensauvagement". 

L'ancienne candidate à la présidentielle de 2017 s'est rendue sur place, rappelant ainsi un déplacement en période de campagne présidentielle. "On ne sait plus si on est au Far West ou a Bagdad", tonne-t-elle. "Le séparatisme qu'avait pu évoquer à juste titre le président de la République, dans un moment de lucidité, ne porte plus comme il le croit encore sur les valeurs de notre pacte républicain. Il se manifeste désormais par une sécession territoriale armée et judiciaire qui s'affirme sans complexe", a déclaré la présidente du Rassemblement national qui désigne parmi ses adversaires, Emmanuel Macron.

... Pour mieux contrer Emmanuel Macron

"En privé, elle le confie : Emmanuel Macron est très faible sur le régalien, l’autorité, l’ordre, la sécurité. C’est pour ça que nous l’avons vu à Dijon après les violents affrontements entre tchétchènes et jeunes maghrébins (...) Elle va interpeller, défier, Emmanuel Macron sur place avec des mots très durs (...) Au-delà des faiblesses du pouvoir, cela permet aussi à Marine Le Pen de parler aux électeurs de droite qu’elle a du mal à séduire", analyse Olivier Bost dans son édito du jour.

Lors de son déplacement à Dijon, la députée du Pas-de-Calais a égrainé quelques mesures que propose son parti politique. Elle réclame notamment un moratoire sur l'immigration et un plan de "reprise en main des territoires perdus de la République"Le président de la République veut expulser les étrangers qui ont pris part aux troubles à l'ordre public à Dijon.

Cette thématique est une épine dans le pied de la majorité. Depuis son arrivée à l'Élysée, Emmanuel Macron tente de s'emparer de ce sujet, mais finit par reculer. C'était notamment le cas avec le débat sur l'immigration voulu par le président de la République. En novembre 2019, le gouvernement avait présenté ses 20 mesures sur l’immigration, lors d’un comité interministériel : durcissement du regroupement familial, restriction sur l’aide médicale d’État, quota sur l’immigration économique, délai avant d’avoir accès à la sécurité sociale pour les demandeurs d’asile… Comme le résumait à l'époque un responsable de la majorité, "pour un dossier pourri, on ne s’en sort pas trop mal". 

Jean-Luc Mélenchon monte au créneau contre les violences policières...

Dans l'opposition directe au président de la République, Jean-Luc Mélenchon fait de chaque allocution présidentielle une plaidoirie contre Emmanuel Macron et l'exécutif. "Il est candidat à quelque chose ? Il y a une élection ? Pourquoi récite-t-il ce programme qu'il a contredit jusqu'à ce jour ? Pluie de truismes, de mots volés et de poncifs. Macron saoule. Et il nous annonce qu'il nous dira la suite en juillet. Un feuilleton bavard continue", a tweeté le député des Bouches-du-Rhône. 

Très actif sur les réseaux sociaux, Jean-Luc Mélenchon prend la tête du peloton sur le sujet des violences policières, en ciblant l'implication directe de Christophe Castaner. Le leader de la France insoumise rejoint aussi les rangs de la contestation sociale, notamment lors de la manifestation du personnel soignant le 16 juin. Une infirmière a été interpellée en marge de la manifestation pour "outrage et jet de projectiles sur les forces de l'ordre", suscitant la polémique sur les réseaux sociaux

Dans les vidéos postées sur Twitter, on y voit une femme portant une blouse blanche interpellée sans ménagement par les forces de l'ordre alors que des échauffourées ont éclaté à l'arrivée du cortège de 18.000 manifestants, selon les chiffres de la préfecture de police, sur l'esplanade des Invalides. Sur certaines vidéos, on entend l'infirmière réclamer sa ventoline, un médicament utilisé par les personnes souffrant d'asthme. D'autres vidéos montrent la même personne quelques minutes avant son interpellation jeter des projectiles en direction des forces de l'ordre. "Ignoble : Farida l’infirmière est toujours menottée et blessée sans soin. Vous réalisez ? Blessée et menottée. C'est ça leur police soit-disant républicaine", a réagi Jean-Luc Mélenchon. 

... Et se pose en porte-parole des "gilets jaunes"

L'ancien candidat à l'élection présidentielle de 2017 avait participé à la manifestation contre les violences policières et le racisme, le 14 juin dernier. "C’est la première fois qu’on voit des syndicats qui, au lieu de réclamer le paiement des heures supplémentaires ou des meilleures conditions de travail, réclament le droit d’étrangler les gens ou de leur tirer dessus des coups de fusil électrique !", avait-il alors déclaré, comme le rapporte Le Figaro.

Le chef des Insoumis a dénoncé quelques jours plus tôt le comportement "indigne" des syndicats de police. "Ce n'était pas comme ça il y a encore une période récente", a-t-il poursuivi, estimant que "la racine de tout ça, c'est un pouvoir politique qui est dans la main des syndicats de police qui font ce qu'ils veulent". "Et pourquoi le font-ils ? Parce que dans la période 'gilets jaunes', ce sont eux qui ont tenu à bout de bras la survie du régime. Et depuis cette date, Christophe Castaner leur dit 'oui' à tout ce qu'ils disent et à tout ce qu'ils font et est incapable d'avoir de l'autorité", a-t-il estimé. Le leader de la France insoumise s'en est également pris à la ministre de la Justice Nicole Belloubet "qui ne fait rien" ou qui appelle à des "consignes d'injustice et de sévérité pour les peines qui ont été prononcées contre les 'gilets jaunes'"

De façon plus générale, l'ancien candidat à la présidentielle estime que la crise du coronavirus doit amener à une remise en cause du système. "Nous ne sommes pas juste des commentateurs, nous voulons ouvrir une issue historique à la crise de la civilisation. C'est notre responsabilité", assurait-il. "Notre programme propose un chemin gouvernemental. On veut dire quelque chose de fort : on peut commencer à changer le monde demain matin si vous voulez". 

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