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Coronavirus : la stratégie à contre-courant du très discret François Baroin

DÉCRYPTAGE - À la tête de l'Association des maires de France et ténor de la droite, François Baroin est au centre de la gestion de la crise politique du coronavirus.

François Baroin, président de l'Association des maires de France.
François Baroin, président de l'Association des maires de France. Crédit : Thomas SAMSON / AFP
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Bruno Retailleau, Damien Abad, Christian Jacob... Les Républicains se mobilisent en ces temps de crise pour faire entendre la voix de leur parti. Chef des sénateurs LR, patron des députés de droite, président du parti, Les Républicains s'activent. Mais l'un des leurs semble manquer à l'appel médiatique : François Baroin

Considéré comme l'un des plus présidentiables à l'heure actuelle à droite, ce poids lourd du parti est aussi président de l'Association des maires de France. Un poste clé pendant cette crise, puisque les maires sont en première ligne pour assurer le déconfinement du pays

Un élément qui n'a évidemment pas échappé à l’exécutif qui n'a eu de cesse de répéter à quel point la collaboration entre l'État, les préfets et les maires était indispensable. Mais la portée politique de cette crise est omniprésente. "Certains élus font campagne sur le dos du gouvernement. Pour contrer ce phénomène, Emmanuel Macron a décidé de revenir à ses fondamentaux, au premier étage de la démocratie, au niveau des maires. Des petits villages aux grandes villes, c’est avec eux qu’il veut réussir le déconfinement", indique Olivier Bost, éditorialiste chez RTL.

La stratégie de la discrétion

Malgré cette position de force dans laquelle se trouve François Baroin, le maire de Troyes réélu haut la main lors du premier tour très polémique des élections municipales choisit méticuleusement ses prises de parole médiatiques, en privilégiant son action locale. Lors d'une conférence de presse deux jours avant le déconfinement, l'édile a ainsi détaillé les mesures pour sa ville. 

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Port du masques dans l'espace public, distribution de masques, numéro vert, mesures économiques... François Baroin a aussi acté la reprise des écoles maternelles et élémentaires le 18 mai prochain, soit une semaine après la première phase de déconfinement. Mais au plan national ? Au sein des Républicains, certains en attendent davantage. "L'Association des maires de France lui donne un levier hallucinant et il ne dit rien", se désole un poids lourd du parti dans Les Échos

Mais selon Pierre-Emmanuel Guigo, maître de conférences en histoire contemporaine à l'université Paris-Est-Créteil, la discrétion fait partie intégrante de la stratégie de François Baroin. Joint par RTL.fr, il explique que le maire élu à Troyes depuis 1995 a toujours été très discret dans les médias et ça peut être sa façon à lui de préparer l'élection présidentielle de 2022. Moins il parle et plus sa cote de popularité monte. Si on suit cette stratégie, il est judicieux d'attendre la fin de la crise du coronavirus et la rentrée pour s'exprimer dans la longueur". 

Le style Baroin tranche avec la surexposition médiatique de certains membres de la classe politique depuis ces derniers mois. Emmanuel Macron multiplie les prises de parole, au risque parfois de court-circuiter son premier ministre, les membres du gouvernement multiplient les conférences de presse et les interviews. Quant à l'opposition, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon mitraillent quotidiennement les mesures de l'exécutif. Sans oublier Les Républicains, aussi très présents sur tous les fronts de la crise et épine dans le pied de l'exécutif.

Un tremplin avec l'Association des maires de France

L'ancien ministre de l'Économie sous Nicolas Sarkozy se tient à distance des polémiques. "Je me mets à la place de ceux qui prennent les décisions. Pour avoir été en responsabilité, je suis conscient de la difficulté de gouverner", confie-t-il dans L'Express. Mais François Baroin ne perd pas pour autant l'objectif de 2022. Au Figaro, il glisse cette phrase : "Il ne faut jamais oublier qu’on est un parti de gouvernement. On a gouverné le pays, on a vocation à le regouverner. Être à l’écoute, c’est notre devoir et notre responsabilité".

Fin avril, le maire de Troyes est légèrement sorti de sa réserve. Une nouvelle fois pour miser sur le local. Alors que le gouvernement est engagé dans une opération de confiance envers les maires, François Baroin assure que ces derniers ne veulent "pas être des kamikazes sur une responsabilité qui n'est pas la leur au départ". La question de leur responsabilité doit, selon l'Association des maires de France, "faire l’objet d’un traitement législatif spécifique pour que ceux-ci bénéficient d’une protection adaptée aux circonstances exceptionnelles" liées à la crise sanitaire.

"L'AMF a une position transpartisane. C'est comme un tremplin. Contrairement à Jean-Luc Mélechon et Marine Le Pen qui eux ont intérêt à multiplier les critiques contre le gouvernement, François Baroin a davantage intérêt à jouer l'union nationale. La force des Républicains, c'est qu'ils ont beaucoup de troupes qui peuvent prendre les coups pour lui", explique Pierre-Emmanuel Guigo. 

Bertrand et Pécresse en embuscade

Fort de son expérience de ministre, François Baroin doit cependant construire son projet politique, selon le politologue. "Qui sait quelle est la ligne politique de François Baroin ? On sait que c'est un chiraquien. Lors de la présidentielle de 2017, il avait soutenu Nicolas Sarkozy, puis était devenu porte-parole de François Fillon", ajoute-t-il. Une aura politique à consolider afin de "faire monter l'attention autour de son nom", précise l'auteur d'une biographie intitulée Michel Rocard

L'enjeu est de taille pour François Baroin s'il souhaite se lancer dans la course présidentielle de 2022Xavier Bertrand et Valérie Pécresse sont des acteurs importants de la crise du coronavirus. Ces anciens membres des Républicains ont multiplié les mesures à l'échelle de leur région des Hauts-de-France et de l'Île-de-France.

"Avec la crise du coronavirus, le calendrier électoral s'est resserré et 2022 va arriver très vite, estime Pierre-Emmanuel Guigo. Les candidats commenceront à se dessiner lors des élections régionales". Il sera aussi important "d'observer les sondages", d'après lui. "Les élections régionales peuvent provoquer un sursaut de la popularité d'un candidat avec une victoire électorale. C'était notamment le cas de Ségolène Royal en 2004". Sa victoire à la tête de la région Poitou-Charente avait cristallisé l'attente autour d'elle, en vue des primaires socialistes de 2006. 

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