3 min de lecture Édouard Philippe

Affaire Benalla, "gilets jaunes", 80km/h... Édouard Philippe, sur le fil mais résistant

DÉCRYPTAGE - En première ligne sur les dossiers les plus épineux et polémiques, Édouard Philippe réussit à se maintenir à la tête du gouvernement, malgré un parcours sinueux.

Édouard Philippe, le 6 juin 2019
Édouard Philippe, le 6 juin 2019 Crédit : FRED TANNEAU / POOL / AFP
Marie-Pierre Haddad
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Exister à côté d'un président jupitérien. L'enjeu est de taille pour Édouard Philippe. Le premier ministre tient, ce mercredi 12 juin, son deuxième discours de politique générale. Concrètement, c'est à lui que revient la lourde tâche de lancer l'acte II du quinquennat d'Emmanuel Macron.

Le président de la République a justement laissé entrevoir quels seront les principaux dossiers évoqués lors de ce discours devant les députés. Il portera sur les réformes à venir, "sur l'assurance-chômage, les retraites et beaucoup de sujets économiques et sociaux", a indiqué Emmanuel Macron lors d'une interview à la chaîne suisse RTS. 

Cette prise de parole pour Édouard Philippe est l'aboutissement d'une stratégie bien habile du premier ministre : exister dans l'ombre d'un président, maître des horloges. Depuis le début de la mise en place du duo Macron-Philippe à la tête de l'exécutif, le premier ministre a évincé les pièges et les tensions les uns après les autres. 

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Face aux "gilets jaunes"

Rien n'était gagné pour Édouard Philippe. Premier ministre peu connu de l'opinion publique, cet ancien membre des Républicains a eu la lourde tâche de mettre en application un programme présidentiel pour lequel il n'avait pas appelé à voter lors de l'élection présidentielle.

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Qualifié de "Monsieur Loyal" par Le Monde, Édouard Philippe a notamment été placé en première ligne dans la crise des "gilets jaunes". Alors que le président de la République a pris son temps pour prendre la parole, le premier ministre lui, a écumé les plateaux télé pour rappeler à l'ordre les manifestants. Des déclarations lancées dans le vide puisque les rassemblements de "gilets jaunes" ont redoublé d'intensité. 

Le premier ministre a aussi fait un faux pas. Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT lui avait tendu la main, afin de trouver une sortie à cette crise. Une tentative rejetée par le chef du gouvernement. "Une boulette", a concédé depuis son entourage, comme le rapportent Les Échos

Seul et en première ligne dans l'affaire Benalla

Avant la crise des "gilets jaunes", il y a eu l'affaire Benalla. Là encore, Emmanuel Macron a fait un pas en arrière sur la scène médiatique, refusant de commenter cette affaire. C'est une nouvelle fois, Édouard Philippe qui monte au créneau. Le 31 juillet 2018, c'est lui qui fait face aux députés et à deux motions de censure déposées par Les Républicains et par les Insoumis, les socialistes et les communistes. 

Son entourage confiait à l'époque que le premier ministre "comptait se servir de l’exercice pour engager une séance de confrontation avec l’opposition", souligne à l'époque Le Monde. "Le chef du gouvernement ne ressort pas en combattant balafré de cette folle semaine où la Macronie s’est éparpillée", ajoute le quotidien.

Désavoué sur les 80km/h

Édouard Philippe a assumé prendre position en faveur de la réduction de la vitesse à 80km/h sur les routes secondaires. Cette règle devait initialement être fixée à l'échelle nationale. Mais face à la colère des élus, Emmanuel Macron avait entrouvert la possibilité d'aménager cette loi, lors du grand débat national. Cette annonce a finalement abouti à un recul de la part du gouvernement, laissant Édouard Philippe désavoué. 

Le 17 mai dernier, les députés ont donné leur aval en commission pour laisser aux présidents de conseils départementaux la capacité de déroger aux 80 km/h sur les routes secondaires, sur proposition du groupe LaREM. 

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Sous pressions pour les élections européennes

Lors de la campagne pour les élection européennes, Emmanuel Macron n'avait pas hésité à dramatiser l'enjeu : lui ou le Rassemblement national. Il avait d'ailleurs poussé Édouard Philippe et ses ministres à faire activement campagne. Ainsi, le premier ministre s'était affiché aux côtés de Nathalie Loiseau, tête de liste de la majorité, lors de plusieurs meetings. 

Au-delà de l'enjeu électoral, Édouard Philippe risquait aussi son poste. En effet, la pression d'un possible remaniement, en fonction du score, planait pendant la campagne. Selon Alain Duhamel, le fait que l'annonce de son discours de politique générale soit faite simultanément avec le report de la prise de parole d'Emmanuel Macron devant le Congrès signifie "que le chef du gouvernement est conforté à son poste. C'est lui qui va être chargé de mettre en oeuvre les réformes de la deuxième partie du quinquennat".

D'après Benjamin Sportouch, "Édouard Philippe est un premier ministre loyal. C'est incontestable, c'est un parfait exécutant sans trop d'états d'âmes même s'il doit parfois avaler quelques couleuvres. Je n'ai jamais entendu un élu rapportant des propos du premier ministre dézinguant le président".

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