3 min de lecture Élections européennes

Européennes : pourquoi le scénario d'un remaniement prend de l'ampleur

ÉCLAIRAGE - En cas d'une défaite de la majorité aux élections européennes, le gouvernement peut-il rester inchangé ? C'est la question que se posent les conseillers de Matignon et de l'Élysée qui envisagent déjà l'après-scrutin.

Emmanuel Macron, le 20 mai 2019
Emmanuel Macron, le 20 mai 2019 Crédit : LUDOVIC MARIN / AFP
Marie-Pierre Haddad
Marie-Pierre Haddad
et AFP

Déjà dans l'après-européennes ? Le scrutin n'est pas encore passé, mais le gouvernement ne peut s'empêcher de se projeter dans la suite. Une éventuelle deuxième place de la liste soutenue par Emmanuel Macron aux élections européennes serait synonyme d'échec pour le chef de l'État. 

Cela relance les spéculations sur un remaniement d'importance, voire sur l'avenir d'Édouard Philippe à Matignon, au lendemain du scrutin. Au-delà de son positionnement dimanche, un net écart de la liste "Renaissance" avec celle du Rassemblement national de Marine Le Pen pourrait pousser Emmanuel Macron, qui sort d'une série de petits remaniements depuis septembre, à une vaste recomposition gouvernementale, selon des ministres et cadres de la majorité interrogés par l'AFP

"Si on est dans un mouchoir de poche, devant ou derrière, je ne vois pas de remaniement. Si on est trois à quatre points derrière le RN, ou en dessous de 20, il y aura un mouvement de questionnement dans la majorité. Forcément il faudrait changer le dispositif", juge un pilier de la Macronie. 

Édouard Philippe remplacé ?

Les sondages, qui ont longtemps mis LaREM et RN au coude-à-coude, placent désormais tous la liste du lepéniste Jordan Bardella en tête, avec une avance allant de 0,5 à 2 points et une dynamique en sa faveur. Certains s'interrogent même en coulisses sur l'avenir d'Édouard Philippe. "Si on est loin derrière le RN, ça va secouer. Il y aura un gros remaniement. Je ne vois pas comment on peut perdre les élections" et ne pas changer de Premier ministre, juge un ministre. 

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Afin de calmer les rumeurs, Emmanuel Macron a déclaré : "Je n'ai jamais fait de politique fiction. J'ai toute confiance en Édouard Philippe qui s'engage sans compter auprès des proeuropéens". Jeudi, le chef du gouvernement a souligné avoir la confiance du président et dit refuser d'entrer dans toute "spéculation" sur les résultats. Il a déploré voir "beaucoup beaucoup, beaucoup, beaucoup de gens qui se posent beaucoup, beaucoup, beaucoup de questions", y voyant "une grande preuve de fébrilité".

Minimiser la seconde place

En coulisses, le président de la République n'a pas hésité à accentuer la pression sur ses ministres, en laissant entendre qu'il y aurait des changements dans l'équipe gouvernementale en cas de défaite aux européennes. D'autant qu'un remaniement post-européennes est évoqué de longue date, notamment pour les ministres têtes de listes aux municipales. "Il y a une mise sous pression phénoménale du gouvernement. En gros, si on est deuxième, Emmanuel Macron dit qu'il est capable de tout faire péter", affirme un conseiller ministériel.

"Le problème, c'est qu'en s'exposant autant (dans la campagne), il ne se met pas en position d'avoir un fusible", souligne le même cadre. Des ministres, comme Bruno Le Maire, ont commencé cette semaine à minimiser la portée d'une deuxième place, en jugeant qu'un score "proche" de celui d'Emmanuel Macron au premier tour de la présidentielle (24%) serait déjà un "exploit politique". 

Je n'ai jamais vu un couple président-Premier ministre aussi fusionnel

Le patron des sénateurs en Marche, François Patriat.
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Lors du quinquennat Hollande, Jean-Marc Ayrault avait fait les frais de l'échec électoral lors des premières élections intermédiaires, celle des municipales de 2014. Emmanuel Macron, qui a souvent voulu faire différemment de son ancien patron à l'Elysée, prendra-t-il le même chemin ? 

"Le changement de Premier ministre interviendrait un peu tôt dans le quinquennat. Ce serait mieux après les municipales", juge le même cadre. Utile pour séduire l'électorat et les sympathisants de droite, stratégiques pour nourrir les rangs macronistes, Édouard Philippe, malgré l'usure de deux ans à Matignon et la crise des "gilets jaunes", peut encore bien servir, au moins jusqu'au prochain scrutin, pointent de nombreux membres de la majorité. D'autant que le vivier de Premiers ministrables est limité

"Je ne vois pas du tout Philippe menacé. Je n'ai jamais vu un couple président-Premier ministre aussi fusionnel. Si le Premier ministre fait la réforme des retraites, la révision constitutionnelle, l'assurance-chômage, la fonction publique, la santé et l'école, il pourra dire 'j'ai fait le job'", soutient le patron des sénateurs en Marche, François Patriat. 

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