3 min de lecture Sécurité routière

80 km/h : Édouard Philippe "s'est fait tordre le bras", estime Olivier Bost

Responsabilité, contestation, hausse des morts sur les routes... Édouard Philippe risque de payer cher son retour en arrière sur les 80 km/h.

Alba Ventura L'Edito politique Alba Ventura iTunes RSS
>
80 km/h : Édouard Philippe "s'est fait tordre le bras", estime Olivier Bost Crédit Image : PHILIPPE HUGUEN / AFP | Crédit Média : RTL | Date :
La page de l'émission
Olivier Bost
Olivier Bost
édité par Cassandre Jeannin

Le Premier ministre a mis du temps à le dire, mais il est enfin prêt à laisser les présidents des conseils départementaux relever la vitesse de 80 à 90 km/h. La responsabilité des morts sur la route sera-t-elle une responsabilité locale ?

Pas aussi simple, puisque toutes les routes ne seront pas concernées et la sécurité routière reste d'abord une question de message national. Quand vous dites que vous allez restreindre ou contrôler la vitesse, avant même que la mesure ne soit en place, il y a un effet psychologique important chez chaque conducteur. On lève le pied, même sans voir de nouveaux radars ou de gendarmes.

La preuve avec Jacques Chirac, en 2002, quand il a décidé de mettre des radars automatiques partout. Un an plus tard, avant l'installation du tout premier radar, il y avait déjà eu 1.500 morts de moins. À la fin de son quinquennat, en 2007, le nombre de tués et de blessés avait chuté d'un tiers. Ce que l'on peut redouter aujourd'hui avec le message des 80 km/h qui vont revenir localement à 90 km/h, c'est que nous nous relâchions au volant.

À lire aussi
Un panneau de limitation à 90 km/h auto
Assouplissement des 80 km/h : la Haute-Marne s'apprête à repasser aux 90 km/h

Édouard Philippe a-t-il tort de revenir sur la mesure ?

Les 80 km/h ne relèvent plus seulement de la sécurité routière. Ils étaient devenus l'un des moteurs de la contestation. Les "gilets jaunes" sont nés d'une revendication : le prix des carburants mais aussi du rejet des 80 km/h.

Cette mesure était, parmi d'autres, le symbole de la décision qui vient d'en haut, décidée à Paris sans aucune concertation. Elle touche ceux qui sont éloignés des grandes villes et qui roulent beaucoup pour aller travailler ou faire leurs courses. Les "gilets jaunes" ont eu la peau de la taxe carbone et 6 mois plus tard, ils font infléchir le Premier ministre sur les 80 km/h.

Pourquoi a-t-il fallu autant de temps pour ce recul ?

Dans cette affaire, on le sent, Édouard Philippe a bien été à l'école Alain Juppé. Il a été très raide et ne voulait pas revenir sur l'une des rares décisions qui ne relevait vraiment que de lui. C'est d'ailleurs Emmanuel Macron, au tout début du grand débat, qui a accepté l'idée d'un aménagement du 80 km/h. Le chef de l'État a cédé aux élus dès sa première rencontre et aux associations d'automobilistes.

Édouard Philippe s'est fait tordre le bras. Il a payé cher en popularité les 80 km/h : 25 points de perdus en moins d'un an. "Il a perdu beaucoup, mais il savait qu'il allait perdre", résume l'un de ses proches. En terme de communication aussi, il a perdu, mais il espère qu'il gagnera à long terme avec la baisse du nombre de tués.

Les 80 km/h vont-ils vraiment disparaître ?

"Les 80 km/h resteront la norme", assure l'entourage du Premier ministre. D'après ce que prépare Matignon, il y aura des gardes-fous. Le retour au 90 km/h ne concernera que le réseau secondaire, pas les tronçons de nationale. Ensuite, si un président de conseil départemental veut relever la vitesse quelque part, il devra le justifier avec un faible nombre d'accident dans la zone concernée. S'il y a une hausse du nombre de morts et de blessés, il en portera la responsabilité.

Ce n'est pas une menace à la légère. Ça pourrait bien se voir notamment dans la presse régionale. Dans les pages locales, vous avez les accidents de la route qui sont rapportés.
Imaginez s'il est écrit  : "À cet endroit la limitation de vitesse avait été récemment relevée". Politiquement, ce sera une vraie responsabilité.

Faut-il donc s'attendre à une hausse des morts sur les routes ?

Selon les spécialistes de la sécurité routière, les 80 km/h devaient épargner 400 vies par an et autant de drames pour des centaines et des centaines de familles. Mais le vrai problème ce sont les radars. 7 sur 10 ont été détruits ou endommagés depuis le début du mouvement des "gilets jaunes". Sans attendre un retour des 90 km/h, nombreux sont ceux qui roulent déjà bien plus vite. 

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Sécurité routière Vitesse Gouvernement
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
7797646543
80 km/h : Édouard Philippe "s'est fait tordre le bras", estime Olivier Bost
80 km/h : Édouard Philippe "s'est fait tordre le bras", estime Olivier Bost
Responsabilité, contestation, hausse des morts sur les routes... Édouard Philippe risque de payer cher son retour en arrière sur les 80 km/h.
https://www.rtl.fr/actu/politique/80-km-h-edouard-philippe-s-est-fait-tordre-le-bras-estime-olivier-bost-7797646543
2019-05-17 08:46:00
https://cdn-media.rtl.fr/cache/900IhRIrAgPInmldzYMZCA/330v220-2/online/image/2019/0327/7797303684_panneau-de-limitation-a-80-km-h.jpg