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Pourquoi certains fous se prennent-ils pour Napoléon ?

VU DANS LA PRESSE - Les manifestations de délires psychiatriques changent selon les époques, et selon les figures politiques, raconte "Slate".

Une peinture de Jacques-Louis David représentant l'empereur Napoléon
Une peinture de Jacques-Louis David représentant l'empereur Napoléon
Crédit : DR
Pourquoi certains fous se prennent-ils pour Napoléon ?
03:19
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23. Pourquoi sans Napoléon on roulerait tous à gauche
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Isabelle Choquet
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Pourquoi les fous se prennent-ils pour Napoléon ? Et d'ailleurs, est-ce vrai ou n'est-ce juste qu'une image d'Epinal ? Vous savez, le type qui se promène, la main dans le veston, le bicorne sur la tête, en plein délire mégalo... 

Certes, "Napoléon est une part de nous", c'est une phrase du discours d'Emmanuel Macron lors des commémorations du 5 mai. Mais aujourd'hui, le délire prend bien d'autres formes. C'est le site Slate qui s'est penché sur la question. 

"J'entends Shakira et Beyoncé qui me disent qu'elles veulent mon corps. Je les sens qui se frottent contre moi... Mais de l'autre côté, il y a aussi les voix de Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy qui m'interdisent de passer à l'acte." Ceci est un délire bien d'aujourd'hui, entendu de la bouche d'un patient schizophrène. Vous noterez que les politiques sont toujours présents. C'est ça la constante : notre tendance à délirer l'histoire

Napoléon, star des asiles du XIXème siècle

Dès 1816, le psychiatre Esquirol écrivait : "Je pourrais donner l'histoire de notre Révolution, depuis la prise de la Bastille jusqu'à la dernière apparition de Bonaparte, par celle de quelques aliénés." En 1800, près d'un tiers des délires reprennent des éléments révolutionnaires, notamment la guillotine. La machine de mort hante les esprits : certains patients se croient condamnés à mort, d'autres pensent qu'on les a déjà guillotinés en leur offrant une tête de remplacement. 

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Ensuite, effectivement, c'est la figure de Napoléon qui devient la star des asiles du XIXème siècle. L'historienne Laure Murat précise : "Pour la seule année 1818, on note à Charenton l'arrivée d'un seul fils de Louis XVI (qui se prend aussi pour Jésus) contre cinq empereurs." Le 15 décembre 1840, c'est le retour en France des cendres de Bonaparte. Cette année-là, ce sont 13 à 14 empereurs qui entrent à l'hôpital Bicêtre. L'un des patients se plaint à son médecin : "N'est-ce pas une indignité que de traiter ainsi Napoléon ? Ces affreux valets ont osé me lier, je vais les faire fusiller."

La monogamie orgueilleuse

Typiquement, c'est ce qu'on appelle la monomanie orgueilleuse. Elle touche à l'époque 10% des femmes de l'asile, et plus de 25% des hommes. Sans commentaire. Des Napoléon, il y en a plein, des Louis-Philippe, pas du tout. Trop humain trop  simple, trop bourgeois, le roi normal n'attise pas le délire psychotique. Alors que Napoléon... "C'est la figure du surhomme par excellence", dit l'historienne. C'est ce qui explique sa présence dans les asiles tout au long du siècle, quand Louis XVI avait disparu depuis longtemps.

Pendant la guerre de 1870, c'est surtout Jeanne d'Arc qui obsède les malades mentaux, comme figure romantique de libération de la France. Et puis au XXème siècle, on retrouve des délires associés à l'affaire Dreyfus, à la guerre, à la collaboration. Il s'agit parfois d'un délire de filiation. "L'un de mes patients se prenait pour le fils d'Hitler, dit un psychiatre. J'ai essayé de discuter avec lui, mais il devenait agressif quand on le critiquait. À la fin de la consultation, il s'est apaisé et il a déposé sur la table un revolver chargé qu'il gardait caché depuis le début."

Et aujourd'hui ? Aujourd'hui il y a les attentats et le coronavirus. Et qu'entend-on dans les cabinets ? "Je suis le patient zéro. Tout ce qui arrive est à cause de moi." On ne se prend plus pour Napoléon, mais pour l'origine de la pandémie. Au fond, c'est le même ressort. Michel Foucault écrivait : "Chaque culture a la folie qu'elle mérite."

Les fous se prennent-ils vraiment pour Napoléon ? Un article à retrouver sur le site Slate.

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