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Coronavirus : urgences, soins intensifs… Comment les patients sont-ils traités ?

ÉCLAIRAGE - Depuis le début de l'épidémie de Covid-19, les hôpitaux se sont organisés afin d'affronter la situation, comme au sein du groupe Lariboisière - Fernand-Widal à Paris.

L'hôpital Lariboisière à Paris (illustration)
L'hôpital Lariboisière à Paris (illustration) Crédit : Gautier Delhon-Bugard / RTL
Ryad Ouslimani
Ryad Ouslimani
Journaliste RTL

S'organiser au mieux afin de recevoir dans les hôpitaux la vague de patients touchés par le Covid-19. Les autorités sanitaires ont travaillé afin de préparer les structures à la gestion d'une pandémie, avec le risque élevé de contagion qui l'accompagne. Bâtiments dédiés, équipes médicales spécifiques, les directions des hôpitaux français se sont préparées au mieux, avec les moyens à disposition. 

Ainsi, à l'hôpital parisien de Lariboisière, un "bâtiment Covid" a été mis en place. Isolé afin de circonscrire au maximum la contagion, il sert à répartir les malades sur les 6 étages, dont un de réanimation, qui le composent. "Lariboisiere a été créé pour répondre à une épidémie de choléra, qui est déjà un problème infectieux. Il a été créé de façon pavillonnaire et séparée", explique pour RTL.fr la professeure Claire Paquet, représentante médicale du site. 

Le pavillon séparé, d'une capacité initiale de 145 lits, a reçu le renfort de l’hôpital Fernand-Widal, qui est de l’autre côté de la rue et fait partie du même complexe. Il accueille en temps normal les malades avec un profil particulier, avec des maladies neurodégénératives. De quoi consolider le dispositif d'accueil. Et une fois sur place, le patient emprunte un "circuit assez stéréotypé".

Un premier tri selon la virulence des symptômes

"Il arrive aux urgences, et là il y a deux situations. Soit c’est un patient qui a très peu de symptômes et il est réorienté dans ce qu’on appelle une polyclinique (…) La deuxième situation, le patient va arriver avec des symptômes assez francs : un essoufflement, une fièvre importante, une toux importante, et dans ce cas-là, ils vont le garder aux urgences", détaille la professeure Paquet. 

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Une fois orienté, les soins vont être administrés, en sachant que dans le cas du Covid-19, on soigne les symptômes, faute de traitement de la maladie. "À la polyclinique, il va y avoir un médecin qui va examiner, le patient, être sûr qu’il n’a pas beaucoup de symptômes. Il va être prélevé et il va rentrer chez lui avec des conseils", indique la médecin. Mais en cas de symptômes plus francs, le patient sera dirigé vers le service Covid. 

S'"il n’y a pas encore de place, il va être placé dans ce qu’on appelle une Unité d’hospitalisation de courte durée (UHCD) pour 24 à 48 heures en attendant une place", indique Claire Paquet. À noter que les UHCD sont toutes "Covid", c’est-à-dire à même de recevoir des patients contaminés dans des conditions optimales.

Mais il y a un troisième cas où un patient arrive déjà dans un état grave, et "dans ce cas-là il va directement en réanimation". Concrètement, selon le degré d’essoufflement et le taux d’oxygénation dans le sang, où si des organes comme le cœur, les reins ou le foie présentent une défaillance, les patients seront mis sous assistance respiratoire

Surveillance en soins intensifs, assistance respiratoire en réanimation

"Quelqu’un qui va être placé en soins intensifs sera surveillé de très prés, mais ne sera pas forcément ventilé, il n’y aura pas une machine qui va l’aider à respirer. On peut lui mettre de l’oxygène", précise la professeure en médecine. 


Cette dernière nuance différencie une personne qui va bénéficier d’un apport en oxygène dans l’air qu'elle respire, mais en respirant par elle-même en soins intensifs ; de celle qui aura une machine qui l’aidera à respirer. En dernier lieu le patient peut être intubé, auquel cas une machine respirera pour lui. Dans les deux derniers cas, l'opération se fait en réanimation.

Au sein du même groupe hospitalier, sur le site Fernand-Widal, une unité Covid a également été mise sur pied pour les personnes contaminées sur place. "On hospitalise des patients nouvellement diagnostiqués pour le Covid, et qui étaient hospitalisés sur le site", indique pour RTL.fr le docteur Julien Dumurgier, affecté sur ce site.

Regrouper les patients infectés au sein de l'hôpital

"Un certain nombre de patients hospitalisés ont été infectés durant l'hospitalisation. Et du coup on les transfère dans cette nouvelle unité, à la phase aigüe de leur infection", explique-t-il. En cas de symptômes, les patients hospitalisés dans les divers services de Fernand-Widal (gériatrie, addictologie, psychiatrie...) sont testés pour le Covid-19, et hospitalisés dans l'unité créée à cet effet s'ils sont positifs. 

"Comme ils ont besoin d'une surveillance renforcée, il y a plus de personnel pour pouvoir les surveiller", détaille le docteur Dumurgier. L'idée première étant de les isoler afin d'éviter la contamination des malades non Covid des autres services. Ils sont donc regroupés dans la même unité. 

"Avant d'hospitaliser les patients dans notre unité, on vérifie qu'ils n'ont pas besoin de réanimation", précise le Dr Julien Dumurgier, qui ajoute que le site Fernand-Widal ne disposant pas d'un service adapté, les besoins sont transférés vers le site Lariboisière qui se trouve à moins de 5 minutes. "On vérifie qu'il n'y a pas de besoins respiratoires, qu'il n'y a pas de désaturation, c'est-à-dire une diminution du taux d'oxygène dans le sang", ajoute-t-il. 

Gérer des doubles pathologies

Le défi est donc double dans une unité où les patients souffrent aussi d'autres pathologies. "On a des patients qui souffrent de troubles psychiatriques, de maladies bipolaires (Fernand-Widal est un des centres de référence des maladies bipolaires), donc ils doivent continuer à être suivis par leur psychiatre pour leur maladie de fond et en parallèle de ça, on les surveille pour leur infection", illustre le Dr Dumurgier. 

Fernand-Widal est aussi un centre de gériatrie, avec des patients qui nécessitent "une prise en charge spécialisée sur le plan gériatrique, en plus bien sûr, de la prise en charge de leur maladie Covid". "On accueille des patients qui sont extrêmement fragiles. On a eu des patients de 97 ou 98 ans", confie le médecin, dont la population accueillie est à risque. 

"Heureusement, c'est une minorité de patients qui développe des formes graves. On a dans notre unité 22 patients en permanence qui souffrent de cette maladie. On estime que le risque est maximum lors des 14 premiers jours après le début des symptômes. Après, une majorité de ces patients peuvent soit retourner dans l'unité d'où ils viennent, soit retourner à leur domicile", explique le Dr Dumurgier.

Hélas, un certain nombre de personnes sont décédées des suites d'une forme grave de coronavirus, et après plusieurs semaines d'épidémie il y a "régulièrement de nouveaux patients à prendre ne charge". "Notre unité est pleine. À l'heure actuelle, ça reste à flux tendu", conclut le docteur Julien Dumurgier. 

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